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{Info on A-Infos}
(fr) Emission de radio "Le Monde comme il va" special Amérique latine
From
Fernando Martins <nonda@free.fr>
Date
Sat, 21 Dec 2002 20:35:11 -0500 (EST)
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[titre d'A-infos-fr]
Le Monde comme il va
" HEBDO LIBERTAIRE D'ACTUALITE POLITIQUE ET SOCIALE, NATIONALE ET INTERNATIONALE "
Tous les jeudis de 18h40 à 19h
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
Alternantes FM 19 rue de Nancy BP 31605 44316 Nantes cedex 03
_____Emission n°14 du 19/12/2002_____
Sommaire : Amérique latine
Editorial________________________________________________
Le Monde comme il va, 3e année, 14e émission, auditeurs/auditrices de la
France d'en bas et d'Alternantes FM, bonsoir.
A la fin du mois d'octobre 2002, le Brésil s'est doté d'un nouveau président
de la République en la personne de Luiz Inacio Lula da Silva dit Lula,
leader au combien charismatique du Parti des travailleurs. L'arrivée au
pouvoir de cet ancien métallurgiste, ex-syndicaliste trotskysant, candidat
déçu lors des précédentes échéances électorales, n'a pas constitué une
grande surprise. L'Etat brésilien, comme partout en Amérique latine, va mal
: ses finances sont exsangues, sa monnaie fait le yoyo, les investisseurs
boudent, et le FMI maintient la pression pour faire du Brésil un pays
moderne et libéral… où il fait mieux vivre à l'étranger.
Longtemps, Lula incarna le candidat des pauvres, des laissés-pour-compte du
développement économique : paysans sans-terre, affamés du Nordeste, gamins
des rues, lumpen-prolétaires des favelas. Barbu et hirsute, il haranguait
les foules à grands coups de discours anti-impérialistes et socialisants.
Cela permit au Parti des travailleurs de devenir une force politique
importante. Mais voilà, le temps a passé ; le monde a même foutrement changé
depuis une décennie et ceux qui prétendaient le réformer ont fait de même.
Pour réussir en politique, ici comme là-bas, il faut savoir convaincre la
classe montante : la classe moyenne.
Lula fut donc relooké : la barbe fut taillée plus proprement, le costume
chic fit son apparition, les discours se firent moins idéologiques. La
grande gueule gauchiste céda donc la place au politicien social-démocrate,
assagi et responsable, ou comme l'a déclaré le président du FMI Horst
Kölher, à « un leader du XXIe siècle » parce qu'il veut lutter contre la
faim et la pauvreté « tout en respectant ses engagements internationaux »…
Arrêtez de rire à chaque fois qu'un chef du FMI dit quelque chose, c'est ni
sympa ni respectueux. Ils sont dans leur monde, basé sur une morale forte
qui fait de celui qui combat la misère et la faim sans payer le service de
la dette un Etat-voyou à rayer du Who's who illico presto ! Passons…
Cette lente métamorphose s'est soldée par un net succès : Lula est devenu le
nouveau président du plus grand pays latino-américain et de la douzième
économie mondiale. Reste qu'il n'a pas forcément fait le plus dur.
Durant toute la campagne, les opposants à Lula ont fait planer au-dessus du
pays l'ombre de la banqueroute : Lula élu, les investisseurs partiraient, la
monnaie s'effondrerait encore plus, ce serait la chaos, la misère, autant
dire l'Argentine ! Cela n'a pas suffi pour dissuader une majorité de
Brésiliens encore intéressés par la chose démocratique de se rendre dans les
isoloirs. Depuis cette mémorable fin octobre, certains attendaient avec
fébrilité la constitution de l'équipe économique de Lula. Allait-il sortir
de son chapeau un économiste marxiste et donc affronter les foudres du FMI,
de la Banque mondiale, de Washington, bref du monde dit libre ? Eh bien non.
Pas de stratégie de la tension chez Lula, mais de l'adaptation à l'ordre du
monde : à la tête de la Banque centrale, il a choisi Henrique Meirelles, ami
du président sortant Fernando Cardoso. Ce choix induit qu'il entend
poursuivre dans la voie néo-libérale de son prédécesseur. Aux finances, il a
placé son ami Antonio Palocci, un ex-trotskyste qui s'est reconverti dans la
privatisation et l'orthodoxie monétaire, bref, un lascar qui ne devrait pas
effrayer les encravatés du FMI et Georges W. Bush, même si, vous en
conviendrez, ce dernier est de toute évidence très facilement irritable.
Visiblement, Lula a préféré irriter sa base sociale… et c'est bien là le
drame à chaque fois répété : quand les pauvres élisent une personnalité
censée défendre leurs intérêts, cette dernière s'empresse aussitôt de donner
des signes d'allégeance aux responsables de leur maudite misère et de
réclamer à celles et ceux qui l'ont portée si haut patience et paix sociale.
Et ne venez pas me dire qu'il n'a pas le choix, que la conjoncture
économique, politique, géostratégique etc… laisse peu de marges de manœuvre
aux gouvernements. Cela fait bien longtemps que l'on sait que la
construction du socialisme dans un seul pays est une absurdité…
Allez, la lutte des classes continue, notre émission fait de même. A tout de
suite !
Sujet n°1__________________________________________________
A l'heure actuelle l'attention sur l'Amérique latine se porte plutôt sur la
Colombie et son taux d'homicide, sur le Venezuela d'Hugo Chavez en
pré-guerre civile, sur l'Argentine en crise ou le Brésil avec l'arrivée au
pouvoir du Parti des travailleurs. Le dernier ouvrage de Maurice Lemoine,
intitulé « Amérique centrale – Les naufragés d'Esquipulas » (Editions
L'Atalante), une somme de 800 pages combinant approche géopolitique et
approche socio-économique, tombe à pic pour nous rafraîchir la mémoire.
Les sept pays de l'isthme centre-américain occupés par 34 millions
d'habitants furent longtemps qualifiés de « républiques bananières » pour
deux raisons : la première, économique, pointe du doigt la monoculture
d'exportation sur laquelle se fonde toute l'économie nationale (café, cacao,
sucre, coton et surtout banane) ; la seconde, politique, souligne par là le
poids démesuré pris par les grandes compagnies agricoles étrangères dans le
destin de ces peuples. On se souvient qu'en 1954, c'est le géant United
Fruit Company dont les intérêts étaient menacés par la réforme agraire
déclenchée deux ans auparavant par le président Jacobo Arbenz qui poussa le
gouvernement américain à intervenir militairement et à remettre en place un
pouvoir en qui avoir confiance.
Ces pays ont connu à partir des années 1970 une réapparition des mouvements
de lutte armée (Nicaragua, El Salvador, Guatemala). Cette région,
profondément marquée par la misère économique et sociale où toute opposition
politique est physiquement éliminée, n'a jamais connu de réforme agraire
conséquente. Ces guérillas connaissent un brassage de références assez large
: marxiste, nationaliste, chrétienne et indigène pour le Guatemala tout du
moins. En 1979 – 20 ans après la chute de Batista à Cuba – la victoire des
Sandinistes au Nicaragua représente un espoir pour les pays voisins.
Les Etats-Unis qui suivent de très près ce qui se passe dans leur
arrière-cour vont donc de nouveau intervenir pour le droit, la démocratie,
le marché libre... bref, pour toutes ces bonnes raisons qui ont fait les
guerres d'hier et feront celles de demain. Dans les années 1980,
l'administration étasunienne a dépensé 8,6 milliards de dollars pour
protéger l'isthme du « cancer marxiste ». 350 000 centro-américain-e-s sont
morts durant ces années qui ont ravagé l'Amérique Centrale.
En 1987 un accord régional est signé à Esquipulas, une petite ville
guatémaltèque. Cet accord souvent considéré comme le point de départ de la
démocratisation et de la construction de la paix dans la région (même si le
conflit guatémaltèque s'arrête en 1997) n'est en fait destiné qu'à mettre au
pas le Nicaragua.
Si seul le FSLN (Nicaragua) arrive au pouvoir, le FMLN (El Salvador) et
l'URNG (Guatemala) auront quelques victoires. Depuis les guérillas se sont
transformées en partis politiques sociaux-démocrates (avec pas mal de
désillusion à l'appui pour leur base et de corruption pour leur direction),
le libéralisme coule des jours heureux, la pauvreté continue de
progresser... Mais entre-temps ce sont ces mouvements de lutte armée et le
large soutien populaire dont ils bénéficiaient qui ont mis fin aux
dictatures, à la terreur des groupes para-policiers et de l'armée, à une
négation des populations indigènes, etc.
La responsabilité des Etats-Unis, par CIA et Contras interposés dans ces
années de guerre est énorme. Mais le livre n'en oublie pas moins de
souligner le soutien dont la contre-insurrection à bénéficier de la part du
Vatican, des gouvernements – y compris sociaux-démocrates – occidentaux.
Depuis les Etats-Unis, bon gré mal gré, ont accompagné la fin des
dictatures, trouvant d'avantage d'intérêts économiques dans cette voie que
dans le financement et la formation de mouvements de contre-insurrection.
Cependant les Etats-Unis ne changent pas de politique : en 2001 le Pentagone
s'est vu octroyer par le congrès le financement de 38 opérations militaires
pour « lutter contre le narco-trafic, contrôler les guérillas et apporter
une assistance humanitaire ». De quoi envoyer 120 000 soldats en Amérique
Centrale, en Amérique du Sud (Colombie notamment) et dans les Caraïbes.
En l'an 2000, 60 % de la population vit dans la pauvreté (dont 36 % dans une
extrême-pauvreté). L'amélioration de l'économie régionale profite à moins de
10 % de la population qui peut consommer des produits luxueux dans des
centres commerciaux tout aussi clinquants que par chez nous. Une réforme
agraire reste toujours à faire ; il y a des dizaines de milliers de
réfugié-e-s, de déplacé-e-s et de démobilisé-e-s (armées et guérillas) qui
survivent. Parallèlement, nous assistons à une explosion du secteur
informel, une augmentation de la violence urbaine, avec des escadrons de la
mort qui assassinent des enfants des rues, etc. Face à cela les
manifestations et les émeutes contre la hausse des prix et les licenciements
se multiplient dans toute l'Amérique centrale.
Cet ouvrage, alternant lecture chronologique, géographique et thématique,
s'arrête plus longuement sur le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala (avec
notamment la tragique histoire des Communautés de population en résistance)
; il n'en oublie pas moins l'histoire du Panamá (à travers son Canal et
l'invasion des Etats-Unis en 1989) et du Honduras. Seul le Belize et le
Costa Rica sont évoqués rapidement. Des chapitres sont aussi consacrés aux
maquiladoras, ces zones économiques où le travail est moins cher et le
syndicalisme absent, aux immigré-e-s centro-américain-e-s fuyant vers le
Mexique et les Etats-Unis. Si les éventuels liens et/ou divergences entre
mouvement indigène et guérilla sont abordés par rapport au Guatemala, on
aurait aimé en lire davantage sur l'existence (ou la non-existence) de
mouvements sociaux (paysan-ne-s, femmes, travailleurs-euses...) dans tous
ces pays et sur leur autonomie avec les mouvements de guérilla. Que cette
réserve ne vous éloigne pas de ce livre : c'est certainement l'ouvrage le
plus complet sur l'histoire de l'Amérique Centrale de ces vingt dernières
années qu'il m'ait été donné de lire.
Pour finir, je ne peux que vous conseiller de lire également un ouvrage plus
ancien : « La région Amérique latine – Interdépendance et changement
politique » que l'on doit au chercheur Olivier Dabène. Dans ce livre, il
compare les vies politiques tumultueuses des pays latino-américains au XXe
siècle et essaie d'expliquer pourquoi ceux-ci passent souvent au même moment
par des phases de libéralisation et d'autoritarisme.
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