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{Info on A-Infos}
(fr) Contre la logique commerciale a l'universite Laval - Quebec
From
Dany Harvey <thecrachat@hotmail.com>
Date
Sun, 7 Apr 2002 13:55:36 -0400 (EDT)
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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
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[Titre d'A-infos-fr]
[Note d'a-infos : mercredi dernier avait lieu à l'Université Laval (Québec) une
action contre Sodexho et la commercialisation de l'université. Voici le
manifeste écrit par les étudiant-e-s participant-e-s à l'action, suivi d'un
communiqué de presse émis par l'Association des Étudiant-e-s en Science
Sociales concernant l'action.]
L'Université Laval : L'habiter collectivement, ou la vendre au plus offrant ?
Depuis quelques années, l'Université Laval est à la dérive. Devant le retrait
progressif des sources de financement publiques, l'administration de
l'Université s'est tournée vers deux remèdes-miracle : les compressions
budgétaires et le recours à des capitaux provenant d'intérêts corporatifs
extérieurs. Bien que la première dimension du problème nous préoccupe
également, nous concentrerons ici notre attention sur la seconde.
En effet, c'est tranquillement mais sûrement que ces intérêts privés se sont
immiscés au sein de l'espace public et du lieu de savoir que constitue
l'université et ont pu, progressivement, l'investir, jusqu'à ce que les
activités qui s'y déroulent leur soient subordonnées. S'inscrivant dans cette
logique, les publicités Zoom Média ont envahi la totalité du campus, allant
même jusqu'à nous harceler dans les toilettes ; en 1999, l'administration de
l'Université a tenté de nous imposer un contrat d'exclusivité avec un des deux
pétilleurs, dont la sale réputation n'est plus à faire.
Même la production du savoir est touchée. Avec des chaires d'étude qui
répondent aux commandes d'intérêts ciblés, l'université ressemble de plus en
plus à un supermarché, où la connaissance nous est offerte surgelée et prête à
consommer. Désormais, le savoir est toujours plus sollicité par des intérêts
qui influencent la recherche et ce, de manière de plus en plus inventive,
audacieuse et proactive (trois termes à l'avant-garde du vocabulaire
entrepreneurial si cher à l'administration de l'Université) ; ainsi, tout
savoir qui se veut critique et libre est taxé de délire idéaliste ou de
curiosité intellectuelle.
Il en est de même avec le matériel et l'immobilier du campus. La bibliothèque
devient de plus en plus virtuelle (... ) ; certains édifices ne battent plus
pavillon, ils coulent ; les coûts d'achat de matériel sont dorénavant absorbés
par les étudiants et les étudiantes à travers des frais afférents. Les
programmes Ulysse et Liber T sont deux autres exemples de cette incursion du
privé dans l'espace universitaire. Le programme Liber T se base sur le " don "
d'un serveur d'une valeur approximative de deux millions de dollars, en échange
duquel l'administration universitaire tente de transformer les étudiants et
étudiantes des départements d'informatique et de génie électrique en clientèle
captive de la multinationale IBM en les obligeant à se munir d'un ordinateur
portable produit par cette compagnie, qui bénéficie ainsi d'une entrée rêvée
dans le grand Laval-Mart, transformant ainsi les étudiants et étudiantes en
échantillon-témoin d'une étude de marché.
Dans cette optique, comment s'étonner qu'en 1995, l'Université Laval ait
accordé un contrat d'exclusivité à la multinationale de restauration
Sodexho-Alliance pour l'exploitation des services de restauration dans la
majorité des pavillons du campus, alors que partout dans le monde des voix
s'élevaient contre la présence de Sodexho sur les campus universitaires ?
Sodexho est la plus grande entreprise de restauration et de services dans le
monde, avec un chiffre d'affaire, pour l'année 2000-2001, de plus de 15
milliards de dollars canadiens. En accordant l'exclusivité des services de
restauration à Sodexho, l'Université Laval endosse les pratiques de cette
corporation dans le monde, et oblige ses étudiants et étudiantes à y
contribuer, alors que les agissements de Sodexho dans ses diverses activités
sont questionnables, sinon condamnables.
En juin dernier, après une campagne d'action et d'information à travers les
universités et collèges américains, qui a mené nombre de ceux-ci à rompre
l'entente qui les liait à cette compagnie, Sodexho s'est retirée de Correction
Corporation of America (CCA), une compagnie exploitant des prisons à but
lucratif aux États-Unis. Cependant, Sodexho continue d'être impliquée dans
l'industrie des prisons privées en Angleterre et en Australie, avec l'argent
des étudiantEs, forcéEs par les ententes d'exclusivité à acheter chez Sodexho
sur leurs campus. Ces prisons à but lucratif cherchent à minimiser leurs coûts
d'opération, ce qui résulte en des standards très bas au niveau de la santé, de
la nutrition et de l'éducation en milieu carcéral, et en un taux élevé
d'incidents violents et d'évasions. L'industrie des prisons privées est aussi
liée à des tentatives de s'assurer une population carcérale élevée, entre
autres en s'opposant à la libération sur bonne conduite et en faisant pression
pour un durcissement des lois et des sentences. Dans le cas des prisons comme
dans celui du monopole d'exclusivité sur les campus, Sodexho cherche à
s'assurer une clientèle captive, dans une logique de profit maximal. En signant
de telles ententes, l'administration universitaire se fait complice de
l'assujettissement d'une société démocratique et d'espaces d'éducation libres
et critiques à la loi du profit et à la primauté de bénéfices économiques.
D'autre part, Sodexho a été reconnue comme étant engagée dans des pratiques
anti-syndicales qui violaient les lois en vigueur aux États-Unis, notamment en
interrogeant des employés sur leurs opinions syndicales, allant jusqu'à menacer
de mettre à la porte ceux qui soutiendraient la syndicalisation, comme ce fut
le cas, entre autres, à l'Université Xavier en Ohio. Enfin, cette
multinationale est aussi réputée pour sa filiale Sodexho Defense qui fournit
divers services allant de l'alimentation à la gestion de munitions pour
diverses armées dont celles des États-Unis et du Mexique, cette dernière étant
réputée pour réprimer les autochtones au Chiapas.
Plus près de nous, la présence de Sodexho participe à la colonisation
progressive de l'espace universitaire par la logique marchande. Les règles
imposées par le contrat qui lie l'université à Sodexho briment le développement
des initiatives étudiantes, ce qui n'est qu'un symptôme du vol organisé de
notre espace par des intérêts corporatifs. Ce contrat empêche la création et
l'essor des cafés étudiants, même dans les pavillons où Sodexho n'exploite que
des machines distributrices. À preuve, de nombreuses initiatives étudiantes se
sont heurtées à la clause d'exclusivité : citons le cas d'Univert Laval et de
son projet de café végétarien, des associations de psychologie, d'éducation et
de philosophie et de leur projet d'ouvrir un café au pavillon
Félix-Antoine-Savard et enfin, de l'association de Relations Industrielles qui,
en raison du monopole, s'est fait retirer sa machine distributrice de boissons
gazeuses parce qu'elle entrait en compétition avec celles de Sodexho. Bref,
l'alliance Sodexho-Université Laval nous enlève notre droit d'agir
collectivement, d'habiter et de posséder notre espace.
L'Université Laval est administrée comme une entreprise par un recteur qui
marchandise le savoir et notre milieu de vie, désormais aseptisé, commercialisé
et envahi par la publicité, où le savoir s'achète. Nous nous voyons projetés
dans une logique absurde de clientèle étudiante, d'étudiants-payeurs, de
professeurs-vendeurs.
Nous, étudiants et étudiantes, citoyens et citoyennes, refusons ce modèle, et
c'est dans cet esprit visant à favoriser autant les volets académiques que ceux
concernant la vie étudiante et universitaire que :
± Nous exigeons que l'Université Laval redevienne un lieu de savoir et un
espace public et démocratique que tous et toutes peuvent habiter et occuper et
ce, sans contraintes économiques, politiques ou administratives.
± Nous exigeons que ne soit signé aucun contrat d'exclusivité impliquant un
financement privé extérieur à l'université sans consultation préalable de
l'ensemble de la communauté universitaire.
± Nous exigeons également que des mesures soient prises afin que soit invalidée
la clause d'exclusivité du contrat avec Sodexho d'ici l'automne 2002.
± Nous demandons l'appui financier et logistique de l'administration
universitaire aux projets étudiants visant à habiter le campus, entre autres
ceux concernant le développement d'aires de restauration étudiante sur le
campus.
Université Laval, 3 avril 2002
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Communiqué de presse
Pour diffusion immédiate
L'administration de l'Université Laval fait taire l'opposition :
Non au dialogue, oui à l'utilisation de la force
Université Laval (Québec) le 3 avril 2002- À l'occasion de la tenue du collège
électoral pour l'élection au rectorat, une cinquantaine d'étudiantEs et de
professeurEs se sont présentéEs aujourd'hui pour faire valoir directement leurs
revendications. Les responsables de la tenue de l'élection ont préféré
tergiverser durant deux heures et avoir recours à la police pour forcer la
ligne de manifestantEs plutôt que de prendre trente minutes afin de permettre
l'exercice de la démocratie directe par la libre expression et l'échange
d'opinions.
Ce groupe exigeait la tenue d'une période d'échange de trente minutes avec les
trois candidats au rectorat et avec le collège électoral. Jugeant que la
campagne électorale n'avait pas donné lieu à l'expression claire d'engagements,
les manifestantEs voulaient soulever directement la problématique de
l'intrusion des intérêts privés dans l'éducation et ses conséquences néfastes
sur l'université. Plus précisément, les personnes présentes exigeaient
l'annulation de la clause d'exclusivité qui permet à Sodexho-Alliance de
bénéficier d'un monopole sur les services de restauration sur le campus. Une
pétition avait été signée à cet effet par plus de 1300 personnes.
Arrivés sur les lieux avant le début de la rencontre du collège électoral, les
manifestantEs se sont vu refusés l'accès à la salle de réunion. Suite au
blocage des portes par le groupe d'étudiantEs et de professeurs, une
négociation s'est entamée avec André C. Côté, président d'élection. Les
étudiantEs ont accepté la proposition de ce dernier de lire leur manifeste au
collège et de quitter les lieux par la suite. Ils ont toutefois exigé la tenue
d'une période d'échange avec les membres du collège électoral, demande qui leur
a été refusée.
Voyant que les personnes présentes n'entendaient pas quitter les lieux sans
avoir pu faire valoir leur opinion, l'administration universitaire a fait appel
à la sûreté municipale de Québec afin d'évincer les manifestantEs. Ces
policiers ont brusquement séparé les manifestantEs afin d'ouvrir un passage aux
membres du collège électoral qui ont pu entrer dans la salle sous les huées des
manifestantEs qui scandaient " DÉMOCRATIE ". Une arrestation a été faite malgré
le pacifisme démontré par le groupe d'étudiantEs et de professeurs.
Le déroulement de ces événements démontre clairement que la démocratie directe
et le dialogue ne sont pas possibles à l'Université Laval. Malgré les beaux
discours des candidats lors de la course au rectorat, le rapprochement entre
l'administration universitaire et les étudiantEs s'est aujourd'hui traduit par
un simple recours à la force.
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Pour plus d'informations :
M. Martin Lambert, Mme. Karine Côté-Boucher
Association des Étudiants et des Étudiantes en Sciences Sociales (AESS)
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