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(fr) Entre chien et loup 2/2

From "Jean Rage" <gavrocheleberurier@hotmail.com>
Date Wed, 16 May 2001 15:18:31 -0400 (EDT)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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LE PROLÉTARIAT SE MEURT…

Jusqu'à ce jour, le réformisme n'est jamais venu seul.
Une tendance opposée en apparence mais complémentaire
dans ses profondeurs pratiques a aussi accompagné le
mouvement contestataire vers sa confusion actuelle. Ce
que certains et certaines caricaturent avec l'image
d'une " poule sans tête " a effectivement gangrené le
mouvement et cette gangrène c'est l'activisme. Mais
l'activisme d'aujourd'hui n'est pas le même que celui
des anarchistes de la fin du siècle dernier popularisé
sous le terme " propagande par le fait ". La
différence historique d'une grande importance pour
toutes analyses critiques du mouvement contestataire
se pose entre un prolétariat naissant et un
prolétariat en phase de disparition sans suppression,
un prolétariat qui se meurt sans mourir. 

Historiquement, il est bien connu que dans le cœur de
sa logique, le capitalisme a provoqué et provoque
encore des crises en organisant les rapports de
production sur des bases d'accumulation de capital et
d'exploitation du prolétariat. Également, si l'on
considère que c'est sur cette classe que prend forme
la dite exploitation et que varie la grandeur
d'accumulation, il devrait être admis que la réaction
contestataire du prolétariat est la cause toute
naturelle de ces crises. Cependant, et là se situe les
nouvelles conditions de la lutte de classes
aujourd'hui, le capitalisme a réussi en bonne partie à
intégrer le prolétariat dans la gestion du rapport
contradictoire capital/travail. En premier lieu, par
le déracinement/conditionnement historique qu'a opéré
le capitalisme autant au niveau de
l'institutionnalisation du prolétaire comme individu "
citoyen " d'un État démocratique ou d'une " société
civile " (avec ce que cela implique comme droits mais
aussi devoirs) qu'à celui de la dépossession des
moyens de productions, de l'immigration et de l'exode
rural. En second lieu, par la
fragmentation/intégration qu'ont provoqué les organes
de régulations corporatifs (syndicats, coopératives,
associations…) et étatiques (partis, organismes
gouvernementaux…) propre à la classe ouvrière et à la
petite-bourgeoisie. Pour enfin se conclure, dans les
années 60, par une expression contestataire dont la
forme dominante fut une mouvance d'identités
fragmentaires dont les représentations les plus
connues sont les mouvements de défense de droits des
noirs, des femmes, des gays et lesbiennes, des
communautés autochtones… et les groupes radicaux
étudiants, écologistes, pacifistes… Mouvement et
groupes qui, pour la plupart, se sont perpétués
jusqu'à aujourd'hui sous des aspects éclatés allant de
simples comités gestionnaires à des groupuscules
d'actions directes. 

La fin du cycle que nous venons d'observer rapidement,
est celui du prolétariat s'affirmant en tant que
classe antagoniste à l'intérieur du capitalisme. Une
fin de cycle qui tient ses origines dans l'échec du
prolétariat à se supprimer comme classe en produisant
le communisme contre toutes les formes d'autogestion
du salariat, de l'économie marchande et de sa misère
et trouve son aboutissement dans cette confusion
fragmentaire dont la plus évidente caractéristique est
son apologie de la démocratie (défense de droits,
lutte contre les abus de pouvoir, etc.). Cette simple
observation est déjà lourde de conséquence, car elle
nous permet maintenant de constater qu'au moment de
son effervescence contestataire dans les années 60-70,
cette mouvance fragmentée à la recherche de ses
racines révolutionnaires a directement contribué à
l'écrasement de son mouvement de contestation général
par le fait qu'elle a été incapable de dépasser d'une
façon critique les identités dissemblables - qui
donnent à chacun leurs raisons d'exister - afin de
prendre réellement en compte le problème de classes de
la société capitaliste marchande. Cette incapacité est
pour nous le résultat d'une idéologie où le principe
de l'unité - mouvement de masses - et de la
négociation - collaboration de classes - cherche
absolument à faire converger les luttes dans un
mouvement de revendication de droits à l'intérieur du
cadre démocratique de l'État - et du capitalisme - en
refusant d'établir le noyau de rupture : la révolution
communiste. Il est toutefois évident que ce mouvement
de citoyens et citoyennes ne peut produire la rupture
nécessaire contre le capitalisme puisqu'il va de soi
que cette rupture doit se faire aussi avec le "
démocratisme radical " auquel adhèrent ces activistes
de la citoyenneté et de l'autogestion généralisée.
C'est pourquoi nous en sommes venus à poser la
question de la pertinence d'une telle mouvance en
évaluant la part de confusion qu'elle tend à propager
dans le réel mouvement révolutionnaire qui se dessine
sous la terre du Capital et la part d'efficacité
qu'elle produit quant au développement d'une
conscience de classe révolutionnaire.

L'un des aspects de cette confusion que nous
retrouvons dans l'activisme est de croire que la fin
de ce cycle veut dire que la contestation a changé de
base et qu'il faut trouver un nouveau sujet
révolutionnaire à activer. Cette question des plus
absurdes fut posée dans les années 60-70 par la "
nouvelle gauche " et c'est ces derniers qui ont fourni
tous les éléments théoriques (féminisme, écologie
sociale, pacifisme, etc.) utiles à son expansion. Que
le prolétariat ne soit plus le sujet révolutionnaire à
l'intérieure même du capitalisme, c'est le genre de
conclusion qui tire ses sources dans l'idéologie
bourgeoise de la " fin des idéologies " et à laquelle
participe nombre de militants et militantes qui
cherchent à agiter les masses et à propager les
dernières idées à la mode radicale (…de la
contre-culture aux squats autogérés, de l'antifasciste
à l'antimondialisation, de…). Mais c'est le contraire
que tend à prouver le développement du capitalisme. En
effet, le capitalisme par l'expansion continue de son
champ d'activité, c'est-à-dire par l'accaparement de
plus vastes territoires ou secteurs de production sous
sa logique d'exploitation et par une dépossession des
moyens de production ou de subsistance à une plus
grande échelle de populations, a contribué à
multiplier le nombre de prolétaires sur la surface de
la planète. Ce n'est pas le prolétariat qui fond comme
neige au soleil mais seulement sa masse ouvrière par
la force des moyens techniques apportés par la
troisième vague d'industrialisation et la recherche
scientifique et universitaire et par une expansion
importante du secteur tertiaire de l'industrie : les
services. Donc, bien qu'aujourd'hui, la tentation soit
grande de vouloir donner à toutes les luttes la même
importance stratégique que celle de la révolution
communiste produite par le prolétariat, la pratique
révolutionnaire exige toujours de se concentrer sur la
question centrale de la révolution (et sur la
conscience de classes qui en découle logiquement) :
l'abolition du capitalisme. Car si nous voulons
sérieusement et réellement mettre fin au patriarcat,
au racisme et à toutes autres idéologies imbéciles qui
déciment le monde, il est urgent que les conditions
structurelles, organisationnelles et institutionnelles
d'exploitation et d'oppression, le capitalisme, soient
complètement effacées de la surface du monde.

Deux autres aspects de la confusion apportés par
l'activisme sont incontournables pour notre analyse du
mouvement actuel de contestation, celui de l'idéologie
du " consensus " et de la " diversité des tactiques "
et celui de l'idéologie des " alternatives ". Ces
idéologies qui creusent leurs racines dans l'absence
d'une conscience de classes font d'un côté la
promotion de l'unité du mouvement de contestation en
détruisant toutes possibilités de débats et de
développement théorique et de l'autre encourage un "
vivre autrement " en se contentant d'aménager des
zones temporaires d'autogestion de la misère
capitaliste. En d'autres mots, au nom d'une
mobilisation massive et citoyenne et pour des
solutions immédiates et citoyennes aux problèmes de
l'exploitation capitaliste, les critiques
révolutionnaires sont tout simplement évacuées. 

Les différentes coalitions qui se sont mises sur pied
ces dernières années pour lutter contre la "
mondialisation " du capitalisme, nous fournissent les
meilleurs exemples concrets de ces idéologies. À
commencer par celles qui font la propagande de
l'action directe non-violente et organisent des
campagnes de désobéissance civile afin de perturber
les nombreuses réunions de la classe dominante (O.M.C.
à Seattle, F.M.I. à Prague, ZLEA à Québec…). Ces
coalitions qui varient dans leur discours se
rejoignent dans leur pratique, principalement en
réduisant les problèmes à des questions de mauvaises
gestions démocratiques, en créant de faux débats sur
la question de la violence pour éviter les vrais
débats sur la nature réformiste de leurs principes et
enfin, en organisant des actions pour gagner l'opinion
publique à leurs idées et non pour préparer la
révolution. Mais ce qui est dit pour les coalitions
non-violentes est aussi valable pour les autres
coalitions qui se réclament d'une diversité des
tactiques. En fait, ce dernier principe qui est né
d'une volonté de faire perdre du terrain aux
non-violents et d'en finir avec les divisions internes
au mouvement de contestation se retrouve à devenir un
prolongement de ce qui a été dit pour les coalitions
non-violentes. Car reconnaître la diversité des
tactiques pour la CLAC et la CASA n'a pas voulu dire
reconnaître la nature de classes de cette diversité
mais seulement de prendre inconsciemment les moyens de
se déresponsabiliser tout en jetant le blâme sur
personnes ou encore sur la police. La CLAC et la CASA
ne se sont démarqués des non-violents qu'au niveau de
la solidarité qu'ils ont manifesté avec tout le monde
emprisonné (casseurs ou pas), mais en revanche, ils ne
se sont guère démarqués au niveau du " démocratisme
radical " de leurs discours et de leurs attitudes. En
réalité, ils ont endossé tout ce qui existait comme
contradictions autant en ce qui concerne les actions
en elles-mêmes qu'en ce qui concerne les raisons qui
se cachaient derrière ces actions. Bref, la diversité
des tactiques ne s'est résumée qu'en une simple
responsabilité collective de l'activisme.

De l'autre côté, l'idéologie des " alternatives " fait
son chemin sous le concept flou de la "
réappropriation " et dans la pratique militante qui
l'accompagne : l'agitation et la propagande. Par "
réappropriation ", il est habituellement entendu de
libérer des espaces sociaux (lieux de production et
lieux de reproduction) de la domination capitaliste.
L'erreur fondamentale de cette conception du problème
et de sa solution, c'est de penser le capitalisme
comme un système idéologique extérieur à la société,
c'est-à-dire justement comme une domination ou un "
spectacle " (pour reprendre un terme à la mode). Mais
le capitalisme, bien qu'il soit une domination qui a
aussi son corollaire dans l'aliénation, est avant tout
un rapport de production sur lequel s'est construit
cette domination idéologique, ces rapports sociaux "
spectaculaires ". Par conséquent, libérer un espace
quel qu'il soit du capitalisme implique directement la
transformation de la société dans ces fondements
matériels, sinon le projet tombe dans la pure utopie.
Pour paraphraser les surréalistes, changer la vie
exige de transformer le monde. Donc, cela veut tout
simplement dire que toutes tentatives de "
réappropriation " de notre vie ou de notre milieu de
vie se heurte systématiquement à une exigence
révolutionnaire. Par exemple, faire l'expérience de la
démocratie directe comme nous le proposent les
anarchistes, c'est faire l'expérience de l'autogestion
technique de situations prédéterminées par le
capitaliste, c'est-à-dire très loin d'être communistes
ou libertaires. Mais l'illusion utopiste serait de peu
d'intérêt si ce n'était qu'elle rajoute à la confusion
en conditionnant au militantisme. En effet, pour se
réaliser, la " réappropriation ", ou les multiples
alternatives qu'elle produit comme autant de causes à
défendre, réclame une pratique militante d'agitation -
donner l'exemple - et de propagande - diffuser les
mots d'ordre -  qui pousse les organisations
révolutionnaires dans une logique " avant-gardiste ".
Pour prouver la justesse de leurs idées et offrir des
exemples à suivre au mouvement de contestation, les
organisations révolutionnaires (marxiste-léninistes,
anarchistes et communiste-libertaires) s'enferment
dans une logique où le développement théorique et
pratique du prolétariat est négligé au profit d'une
dispute de chapelles révolutionnaires. Puisque la
révolution sera l'œuvre du prolétariat lui-même, nous
pensons que le rôle de l'organisation révolutionnaire
est d'apporter sa contribution critique au mouvement
afin que nous prenions conscience comme classe des
limites qui s'imposent et des tâches qui nous
incombent.

Nous pouvons donc conclure que le prolétariat, malgré
un déracinement et une fragmentation qui l'aurait fait
" spectaculairement " disparaître, est toujours
présent dans le cœur du capitalisme et que la limite
et la tâche du mouvement révolutionnaire, s'il veut
sérieusement préparer une révolution victorieuse, est
définitivement contenu dans sa capacité de se défaire
du réformisme et de l'activisme. Et c'est parce que
l'idéologie de la fin du prolétariat bat son plein
qu'il nous a paru important de reprendre la théorie
révolutionnaire dans ce quelle a de plus fondamental
pour nous : le projet révolutionnaire, le communisme,
et le sujet qui en porte la possible production, le
prolétariat, et ainsi nous pensons également
contribuer à mettre fin à la confusion qui règne dans
le mouvement contestataire d'aujourd'hui.


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