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(fr) Black bloc 7/8 : L'Après Seattle

From <leblackbloc@excite.fr>
Date Fri, 23 Mar 2001 15:37:25 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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Voilà que les luttes, les batailles menées par bien
des gens nous démontrent quelque chose de tangible.
L'après Seattle conduit indubitablement à une prise de
position politique des gens, et cette prise de
position se fait en faveur de l'action qui peut
parfois être violente. Nous voyons ainsi que les
arguments démagogiques des non-violents ne nous
atteignent plus.

Le Sommet de la Jeunesse y était pour quelque chose.
Les manifestations brutalement réprimées ont au moins
servies à montrer une chose : la violence peut être
employée comme solution lorsqu'il est impossible de
faire autrement, et voilà que l'on remarque bien que
l'autrement n'existe pas!

Et si les jeunes avaient décidé d'agir? Chronique de
la non-violence déboulonnée :

Les arguments non-violents que l'on entend ne riment à
rien, on le sait bien. Mais pourquoi? Voyons voir de
près ce qu'on peut entendre de la bouche des membres
de ces sectes, où le CANEVAS représente le Vatican
idéologique et Duhamel le grand pape gâteux.

1. " On ne peut changer les choses avec les mêmes
moyens que nos adversaires " : cette phrase est
souvent employée pour dire que si le gouvernement est
violent, en étant nous-mêmes violents, on devient
comme lui.  Il est tellement facile de mélanger les
concepts et les choses. Mais allons plus loin : en
aucun cas notre violence serait celle du gouvernement.
Nous ne voulons pas organiser une force policière pour
contrôler les gens. On se démarque de nos adversaire
dès cela. Nos moyens sont différents : nous ne prônons
pas l'utilisation de la force pour réprimer la
contestation. Nous ne sommes pas payéEs pour faire
cela. Les flics agissent violemment parce qu'ils en
ont reçu l'ordre. Si on leur demandait de pelleter de
la neige à la place, ils le feraient. Nous agissons
par nécessité, pas eux; que ce soit pour notre survie,
pour se défendre ou pour faire changer une situation
que nous considérons intolérable. Personne n'oblige
quelqu'un à devenir flic; nous sommes pauvres par
obligation, pas par choix. La violence devient alors
non pas un choix, mais une nécessité tactique.

2. " On ne répond pas à la violence par la violence "
: sentence clef du mouvement pacifiste qui tend à
démontrer (en conséquence de la première affirmation)
que la violence ne fait qu'engendrer d'autres
violences. À cela, on n'a qu'à répondre : oui, et
puis? Il n'y a aucun problème à vouloir qu'une
violence de la part des autorités engendre une réponse
violente de notre part. Et puis, la violence, on la
subit quand même, alors elle est présente, nous ne
décidons pas unilatéralement d'utiliser la violence de
n'importe quelle manière et sans raison. Nous sommes
capables de justifier son emploi ; que ce soit en cas
d'autodéfense ou parce que c'est la seule façon de
faire changer les choses.

3. " Il faut être conséquent : nous désirons une
société non-violente, alors nous employons des moyens
non-violents. " Oui, nous sommes conséquentEs, c'est
un fait, mais qui a dit que nous désirions une société
non-violente? Oui, nous désirons la fin des guerres,
la fin de la violence organisée par l'État. Mais nous
désirons surtout une société où les gens vont être
capables de répliquer à la violence, et de s'organiser
en fonction de la violence des autres, pour la
minimiser, pour jouir du plus de liberté possible.
Cette affirmation, de la part des pacifistes, dénote
une coupure radicale entre la théorie et la réalité.
Même si nous croyons que dans une société idéale,
personne ne devrait employer la violence contre
quelqu'un d'autre, cela ne veut pas dire que cette
visée de l'esprit peut s'appliquer ici et maintenant.
Il ne faut pas oublier que ce sont les intérêts de
grands capitalistes qui justifient leur emploi de la
violence pour arriver à leur fin. Tant que ces
conditions vont exister, il sera impossible d'enrayer
la violence, de leur part comme de la nôtre.

4. " Laissons à l'État le soin d'agir violemment. "
Cette affirmation de la part des non-violents est
terrifiante. Cela veut dire que nous acceptons illico
de ne pas nous battre à armes égales. Sous quels
prétextes? Simplement que nous voulons une société
non-violente (voir #3). La société capitaliste tire
une grande partie de sa force dans le monopole de la
violence et en ce sens, c'est bien plus jouer son jeu
d'accepter ce monopole que de le dénoncer en agissant.
Ne faisons rien de ce que l'État veut, plutôt que de
ne rien faire comme eux. Personne ne peut prétendre
que toutes les fonctions de l'État sont négatives et à
rejeter. Nous prétendons plutôt que l'État ne devrait
pas exister parce qu'il a le monopole de discours, de
représentativité, d'action sur ces fonctions et qu'il
agit selon ses propres intérêts et non dans les
intérêts des gens concernés. Nous voulons que chaque
personne, chaque groupe d'affinité, chaque
collectivité puisse décider du bien qui lui est
propre, et cela inclut aussi l'usage de la violence.
Une collectivité qui décide de s'organiser violemment 
contre une agression extérieure est légitime. Une
collectivité qui décide d'en agresser violemment une
autre ne l'est pas, et cela finit là. Il n'est pas
besoin d'être bien renseignéE pour voir la différence
entre les deux types de violence.

5. " Toute violence est mauvaise, parce qu'elle est
violente ". Souvent, les non-violents regroupent sous
une seule bannière toute sorte de phénomènes qu'ils
qualifient ainsi de violence. Le problème, c'est que
souvent, tout ce qui va à l'encontre de leur position
politique est considéré comme violent. C'est un moyen
que ces gens utilisent pour agir d'une manière
beaucoup moins radicale qu'ils ne veulent le laisser
croire. Le CANEVAS en est un bon exemple. Il est
théoriquement contre l'État, le capitalisme, etc. Mais
dès que vient le temps d'apporter une critique plus
globale de l'État et du capitalisme, critique qui
implique qu'on agisse contre ces phénomènes, on se
retrouve au banc des accuséEs parce que nos tactiques
sont considérées comme violentes. Si on regarde un peu
plus loin, on se rend bien compte que les
revendications de ces groupes restent tout à fait
réformistes sans grande envergure. Ainsi, la
destruction de la propriété privée devient violente.
Le fait de crier des noms aux flics que l'on déteste
est violent. Le slogan " la police au service des
riches et des fascistes " est même considéré comme
violent par le CANEVAS! Pourtant, ces gestes n'entrent
pas dans leur définition plus générale de la violence.
On catalogue après coup les actes qui sont mal vus de
la part des leaders du mouvement. En fait, toute
action ou parole subversive, ou qui peut entraîner un
débordement ou une perte de contrôle de l'action par
les organisateurs, est stigmatisées du sceau de la
violence, même si ça n'a rien à voir. C'est à se
demander si une femme qui assomme ou tue ses violeurs
pour ne pas être violée est considérée comme violente.
D'ailleurs, dans ces cas, on voit bien toute la
contradiction d'un tel système de pensée. Il ne faut
pas nier la source initiale de violence, celle qui
déclenche notre propre violence, car c'est toute la
différence. Les personnes qui déclenchent la violence
sont d'accord pour l'employer et donc la trouvent
d'avance justifiée et justifiable. En répliquant
violemment, nous nous battons avec des gens qui
acceptent l'usage des ces moyens. Nous sommes forcéEs
de les employer, alors que ceux-ci ne le sont pas. Ils
sont les seuls coupables de notre propre violence.

6. " Être non-violent est l'action la plus radicale
qui soit ". Cette idée court souvent, pour dire que
cela demande plus de courage et de radicalité de
s'asseoir devant une ligne de flics et de se faire
arrêter et même tabasser que de s'en aller devant une
forte pression. Il est assumé ainsi qu'il est plus
utile de tenter par tous les moyens de résister
pacifiquement, et donc que l'efficacité de l'action
est plus grande en restant assis, que de reculer
devant l'anti-émeute. Mais revenons sur terre. Si
notre objectif est d'empêcher une conférence, de
bloquer la rue, etc., ce n'est pas une fois dans le
panier à salade que nous sommes efficaces.
L'efficacité d'une action dépend de notre capacité à
tenir le plus longtemps possible. En reculant en temps
voulu, en revenant à la charge, en détruisant les
lieux physiques, nous gagnons en force, nous faisons
perdurer une situation au-delà du temps permis par les
autorités. Nous ne donnons pas le pouvoir aux forces
de l'ordre de décider du moment où l'action doit
prendre fin, nous agissons selon notre propre agenda,
nous gardons notre liberté d'action. Une personne est
rarement plus utile en prison que libre.

7. " Résister pacifiquement crée un " empowerment "
incroyable. " On emploie souvent cette phrase pour
dire que l'action pacifique permet aux gens de
reprendre confiance en eux et qu'elle apporte une
prise de conscience de la possibilité de résister. En
fait, la résistance, qu'elle soit violente ou non,
crée cet " empowerment ". Cependant, se faire arrêter
démontre très bien qui possède le gros bout du bâton,
tandis qu'être capable de défier impunément les canons
de l'ordre établi encourage à recommencer. Une
personne sous mandat ou qui fait face à des procédures
légales voit son autonomie d'action restreinte par
rapport à d'autres qui peuvent jouir de leur pleine
liberté. Voilà pourquoi il est ridicule d'accepter de
se faire arrêter. La première phase de
l'intériorisation de la répression passe par le
consentement que l'on donne aux forces répressives
d'agir à leur guise sur notre personne.

8. " L'action non-violente attire la sympathie
contrairement à l'action violente qui est tout de
suite dénoncée. " Il est vrai que dans la plupart des
cas, l'action non-violente ne sera pas autant
stigmatisée que l'action violente. Mais derrière cette
dénonciation/acceptation, il y a tout un système
médiatique et légal qui agit selon ses intérêts. Si
l'action pacifique est mieux présentée dans les
médias, c'est parce qu'elle dérange moins. Il ne faut
pas oublier que La Presse, Le Journal de Montréal, la
Gazette, le National Post, appartiennent à des grands
capitalistes qui n'ont pas envie que l'on s'en prenne
à eux. Une action violente est par définition
incontrôlée (par un groupe restreint, on s'entend) .
Donc ces gens vont vouloir que les manifestations
restent sous le contrôle de personnes qui ne désirent
pas s'attaquer à leurs intérêts. On l'a bien vu, dès
que les intérêts privés sont ciblés (i.e : Conseil du
Patronat) la répression et la couverture médiatique
change du tout au tout même pour une action
non-violente. Il s'agit donc de ne pas laisser aux
journaux bourgeois le soin de déterminer pour nous ce
qui est bien et ce qui ne l'est pas. On l'a vu à
Seattle, les manifs violentes ont aussi entraîné la
sympathie de bien des gens partout dans le monde,
parce que ce qui se passait touchait la planète
entière et que les intérêts de classe se
manifestaient. Les médias ont censuré, dénoncé, etc.,
mais la population (du moins une partie) a gardé sa
sympathie envers le mouvement.

9. La répression dans le cas d'une action non-violente
ne peut que nous être favorable. Dans le cas où les
autorités ne réagissent pas, nous atteignons notre
objectif, et dans le cas où les autorité réagissent,
nous entraînons sur nous la sympathie populaire qui
fera grossir le mouvement. " Cette affirmation est
loin de s'être réalisée par le passé. D'abord, il faut
se questionner sur les objectifs. Bloquer pendant une
journée un édifice gouvernemental (ex. : complexe G)
ou tenter de bloquer une conférence quelconque
(opération SalAmi) ne représente pas une énorme
victoire. Ce sont des actions sans lendemain. Obtenir
vraiment quelque chose nécessite un travail plus long.
Évidemment, si notre seul objectif est de bloquer tel
ou tel endroit pendant une journée, la victoire peut
être possible. Mais il semble que les revendications
de ces actions étaient plus importantes… Et si les
autorités réagissent et répriment l'action, un
mouvement de sympathie jaillira-t-il de la population
outrée? Non, ce n'est jamais arrivé. Les arrestations
à l'opération SalAmi n'ont jamais abouti sur rien.
Cette idée n'est qu'une vue de l'esprit sans lien avec
la réalité. Il ne faut pas oublier que pour attirer la
sympathie, il faut que les gens soient au courant des
dessous de l'action, et ce ne sont pas les médias qui
vont le faire. Alors, ce doit être les gens qui
participent à ces actions, par le biais de journaux,
de comités de mob, etc. qui en promulguent le pourquoi
du comment.

10. Enfin, l'argument suprême : " Gandhi et
Luther-King " ont réussi à changer les choses sans
violence. Voilà, voilà, on ressort les fantômes du
passé pour justifier notre action présente, dans un
tour de force de démagogie. Mais en fait, qu'est-ce
qui a vraiment changé? Gandhi a libéré l'Inde?
D'abord, ce n'est pas Gandhi seul qui a fait libérer
l'Inde. Des mouvements pacifistes comme celui-là, il
en existait depuis un siècle en Inde; pourquoi celui
de Gandhi aurait-il libéré l'Inde? La population,
d'ailleurs, était loin d'être unilatéralement
non-violente (ex. : Poulandavie [je ne suis pas
certain de l'orthographe]). L'Angleterre était
d'ailleurs en train de perdre une à une ses colonies,
dont la Chine qui était loin de le faire d'une manière
non-violente), et le coût du système colonial était de
plus en plus élevé pour la couronne qui ne jouissait
plus des avantages du mercantilisme dans une société
capitaliste industrielle. D'ailleurs, les grand
bourgeois Anglais ne se sont jamais retirés de l'Inde.
Pourquoi? Tout simplement parce qu'ils étaient
toujours les bienvenus. Et puis en se retirant de
l'Inde, l'Angleterre a laissé un cadeau empoisonné :
la partition du Pakistan, aujourd'hui dictature
religieuse. C'est donc ça la victoire de Gandhi?
Victoire arrachée alors que le système colonial se
démantelait?

Et Martn Luther-King là-dedans? Il aurait été, à lui
seul, l'acteur de l'émancipation des noirs américains,
et ce d'une manière non-violente. Mais faut-il
rappeler que le bon pasteur collaborait avec l'État
qui l'oppressait, et qu'il a gentiment accepté la
répression violente des émeutes noires à Chicago? À
cette époque, des groupes tels que le Black Panthers
Party étaient en train de déstabiliser le système
capitaliste et de recueillir un énorme support dans la
jeunesse de la classe moyenne blanche, qui elle aussi
se révoltait. Le danger d'une insurrection était bien
réel, et Luther-King a plutôt servi à canaliser les
plus modérés, et surtout les plus conservateurs, pour
empêcher une vrai libération du peuple noir et des
autres peuples. De toute façon, le résultat est
toujours mitigé, plus de 30 ans après. Les noirs sont
toujours un des peuples les plus opprimés en Amérique,
et la pseudo-action de Luther-King n'a que contribué à
empêcher une libération plus totale.

Il ne faut pas plier face à la démagogie de la
non-violence. Dans l'espoir que ces quelques arguments
puissent enfoncer un peu leur beau discours dans une
abîme insondable.


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