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(fr) Black bloc 4/8 : Le spectacle non-violent

From <leblackbloc@excite.fr>
Date Fri, 23 Mar 2001 15:35:33 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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C'est un spectacle désolant de voir ces milliers de
jeunes, qui, dans les rues de Washington, la capitale
illusoire de l'Amérique, se précipitent bravement au
devant du matraquage, de la répression et des ennuis.
Désolant, car les pseudo-militants, pseudo-militantes
vont ainsi par centaines se donner bêtement à
l'ennemi, tout en pensant changer le monde. Un
spectacle, car le tout est chorégraphié en grande par
les médias, relais de l'idéologie bicéphale de la
contestation dans les normes. D'une voix outré, ce
protestataire non-violent, venant de perdre son
quartier général au main de la police, nous déclamait
la lithanie de l'Amérique main-stream, celle de la
constitution et de la contestation de surface. "On
viole nos droits et le 1er amendement de la
Constitution". Exit la lutte de classe, exit le
radicalisme. Le FMI ne devient qu'une agression
constitutionnelle. La Banque Mondiale doit être
réformée pour tenir compte de nos droits. Voilà
acheveée la mise en scène orchestrée par tous les
Duhamel(s) et les Canevas de l'Amérique du Nord.

AssisEs devant des flics ou couché-e-s devant des
voitures, on projetait une image unitaire et terne de
la contestation: celle de la soumission. Se soumettre
à la bonne volonté des forces de l'ordre quant à
savoir le nombre de points de suture ou le nombre de
jours de prison obtenus. Se soumettre au médias pour
qui tout ceci est mis en place; car sans eux, la
non-violence devient impossible, la résistance
pacifique ne sert à rien si on ne peut toucher
l'opinion public. L'humeur était à la fête des deux
côtés. Les protestataires voyait enfin le moment venu
de s'exprimer "publiquement"; les policiers de se
défouler abondamment.

La foire anti-FMI, contre-BM se transforme en foire du
dégoût. Dégoût du matraquage, dégoût de voir les gens
rester impassibles quand leurs camarades se font
démolir par les plus méprisables d'entre les humains
(les policiers pour ne pas les nommer). Mais aussi, un
haut le coeur de savoir que tout cela était planifié.
Planifié et inutile. Car toute action, en fait, est
expliquée, démontrée, mis à jour à l'avance. Il n'y a
pas de secret chez les non-violents. On communique
toute la stratégie, à tout le monde, en tout temps,
même au flics. On appelle ça transparence. Tellement
transparent en fait que ça devient inefficace. Il
suffit de changer les plans de l'autre côté de la
clôture, et voilà, des mois de travail à l'eau.

C'en est trop de voir cela. Nous ne supportons plus
que les non-violentEs monopolisent l'espace de
contestation. Si ces gens désirent vraiment se faire
matraquer, libre à eux et à elles. Mais nous désirons
vivre debout. La différence est frappante. Lorsque
nous sommes assis, le flic nous parait deux fois plus
grand. Lorsque nous sommes debout, il perd tellement
de son prestige! Et il peut même avoir peur de nous.
Et nous le savons.

Nous ne voulons pas nous laisser faire. C'en est assez
de la passivité. Nous n'avons jamais considéré que de
rester à porté d'un jet de poivre de Cayenne ou à la
disponibilité des flics, cela constituait un acte de
résistance. Cela n'est qu'une action irraisonnée,
basée sur de faux arguments. Jamais nous ne nous
sentirons plus forts, plus surs de nous par terre
devant une voiture de police, en prison, dans le
panier à salade ou dans un procès où l'État est juge
et partie. Le fait que le public soit au courant de
certains enjeux (comme l'AMI), même si cela aurait pu
être suffisant pour repousser ou empêcher ces choses
de prendre place, ne saurait constituer un victoire
pour nous. Ce ne serait qu'une victoire pour les
médias et une faction du capital hostile à ces
accords. Mais nous n'avons pas non plus été naïf au
point de croire que l'action non-violente avait réussi
à mettre fin aux traités de l'AMI.

Quant à l'OMC, nous savons bien que les actions
"violentes" du Black Bloc comme l'opportunisme
économico-électorale de Clinton ont été au moins aussi
importante dans la balance que les quelques heures de
retard du congrès occasionnées par des fanatiques
respirant le grand air des gaz CS au son de la caisse
claire. Nous pensons même que les premières heures,
les plus " hardcore " ont été décisive dans le
déroulement de la rencontre. Quand Nike, Planet
Hollywood et consorts ont eu perdu quelques millions
de dollars en dommage ou en vente, on peut dire que le
Black Bloc avait alors touché le centre du problème.

Le système capitaliste, patriarcal et spectaculaire ne
carbure pas à coup de rencontres, fussent-elle
ministérielles ou celles de dignitaires. Le coeur de
la société spectaculaire-marchande est constitué de
crystal, de vitres polies qui fait refléter en même
temps le portrait du consommateur, de la
consommatrice, que ne présente la marchandise déifiée.
En brisant les symboles de l'oppression,
l'envitrinement et la mise sous tutelle de bien qui
pourraient être utiles à d'autres, le Black Bloc
remportait la première victoire qui allait ouvrir les
années 2000.

Pendant que les non-violents étaient tournées vers le
passé, vers les vieilles croûtes qui prétendent
dominer le monde (mais qui ne seront plus là dans 5
ans), il se passait des choses bien plus importantes
dans les rues de Seattle comme de Londres. On s'en
prenait au vrais responsables. La marchandise était
prise à partie. Jamais une révolution ne s'est faite
sans la désagrégation des systèmes d'oppression, et
c'est toujours vrai aujourd'hui. Nous rions des
non-violentEs soi-disant libertaires,
révolutionnaires, mais qui vont tout de suite nous
pointer du doigt sur toutes les tribunes (y compris au
poste de police) quand nous attaquons ce que nous
dénonçons et détestons. Ces gens, pacifistes et
patriarches de la connerie humaine, ne sont ni
militantes, ni anarchistes, ni révolutionnaires; elles
ne sont que ridicules.

Nous voulons être efficaces. Nous prenons partie en
faveur de la radicalité, de la destruction de la
propriété privée par tous les moyens qui soient. Nous
ne sommes pas fondamentalement violentEs. Nous sommes
pour une résolution pacifique et sans contraintes des
conflits si ceux-ci ont lieu entre deux personnes
jouissant d'une égalité en droit et de facto, et
bénéficiant de la liberté de se retirer du conflit.
Mais quand l'inégalité est de mise, tant qu'existera
le patriarcat, le capitalisme et l'État, nous ne nous
résignerons pas à la position la plus faible que nous
puissions adopter: la non-utilisation de la violence.
Car il ne s'agit pas d'un débat sur la non-violence.
Comme le gouvernement parfait ou l'État de bonheur
absolu, la non-violence n'existe pas. Dès qu'une des
deux parties emploie la force, la brutalité, la
non-violence n'existe plus. C'est comme le vide. Dès
qu'il y a quelque chose pour le remplir, il perd sa
propriété de vide.

Alors, puisque nous voulons tout le plus vite
possible, nous employons le chemin le plus court pour
arriver à ce but. Nous ne laissons pas dans les mains
de l'ennemi son arme la plus forte: la légitimité et
l'usage exclusif de la violence, ou son contrôle et sa
répartition en fonction de ses besoins. Nous prenons
ce que nous voulons. Si cela constitue un acte de
violence, et bien tant pis. Mais ultimement, c'est
l'ordre établi qui se trouve à être violenté, lézardé.

Nous l'avons dit: nous voulons être efficaces. Nous
avons donc décidé de nous organiser selon cet
objectif. Formons nos Black Blocs, prenons le pouvoir
de la rue. Créons nos Women Blocs et prenons le
pouvoir sur notre vie. Organisons nos Commandos bouffe
et prenons le pouvoir sur notre faim. Bâtissons nos
Squatts et prenons le pouvoir sur nos logements.
Faisons la révolution et redonnons le pouvoir à
chacunes et chacuns pour que personnes n'en ait plus
que les autres.


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