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(fr) Faux-semblants sans fard en combinaisons blanches

From Organisation communiste libertaire <oclibertaire@hotmail.com>
Date Mon, 9 Jul 2001 16:59:55 -0400 (EDT)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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[traduction d'un texte paru dans Umanita Nova, journal de la Fédération 
anarchiste italienne]


Faux-semblants sans fard en combinaisons blanches


La naissance du mouvement dénommé Tute Bianche remonte à 1988, quand les 
centres sociaux se réferant à la « Charte de Milan » décidèrent de 
s’éloigner, au moins par leur image, du reste du mouvement antagoniste qui 
n’adoptait pas leurs positions politiques.

Cette Charte est apparue dans une assemblée qui s’est tenue le 19 septembre 
88 à Milan, au centre social Leoncavallo. Elle constitua le point de 
convergence de différentes démarches, venant de l’aire des centres sociaux, 
comme Leoncavallo, le « milieu » des centres sociaux du nord-est italien 
(Padoue, Venise, Mestre, etc.) ainsi que certains de Rome (Corto Circuito, 
Forte Prenestino). Les centres de Ligurie et des Marches s’y rallièrent 
ensuite.

Ces différentes démarches n’étaient pas totalement homogènes, mais s’étaient 
construites au cours de la période précédente autour de la tendance de 
certain-e-s militant-e-s en recherche d’une (re)définition et d’un nouveau 
rôle politique ; la pratique se constitua à partir de connections avec la « 
gauche » institutionnelle comme avec certains secteurs associatifs et des 
militant-e-s bénévoles, dont des catholiques. Dans le même temps des 
contacts avaient été pris avec des maires, même de droite, pour obtenir une 
reconnaissance politique et une légalisation des centres squattés avec 
l’argumentation qu’ils offraient des services publics et des spectacles, 
organisés par des coopératives sociales liées au secteur non-marchand.

À Mestre (Venise) en particulier, des négociations menées au conseil 
municipal autour du centre squatté « Rivolta », une ancienne usine, pour un 
coût approximatif d’un million de dollars US venant de fonds publics et 
soutenu par le groupe économique Benetton, déboucha sur une légalisation de 
ce centre. Un tel « tournant » politique, applaudi à la fois par la presse 
de gauche et la TV, fut alors présenté comme la conséquence d’une révision 
théorique assumant la fin de la période de la lutte des classes et de la 
subversion communiste, la reconnaissance d’une « société civile ». Mal 
définie, celle-ci n’en est pas moins considérée comme une nouvelle 
interlocutrice visant une « réforme conflictuelle de l’État-providence » par 
la revendication de droits universels, avec en premier lieu le « revenu 
citoyen ».

Pour soutenir ces thèses, les centres sociaux de la Charte de Milan 
dénichèrent un fédéralisme ambivalent : le municipalisme et l’autogestion 
n’apparaissaient plus comme des alternatives radicales pour une 
auto-organisation sociale mais plutôt comme un « nouveau » modèle de 
participation démocratique et de représentation politique dans les 
institutions comme dans les administrations locales. Ainsi le Centre 
Leoncavallo a fini par soutenir un démocrate-chrétien comme Martinazolli, 
dans la course à la mairie de Milan. Tout en regardant à la dérobée de 
derrière le drapeau du néo-zapatisme, l’étape suivante a été la 
participation de membres de cette mouvance aux élections locales dans les 
rangs du Parti Vert ou de Refondation Communiste avec une position exprimant 
tout sauf l’opposition aux gouvernements de centre-gauche. Lucas Casarini, 
un porte-parole (mais un vrai : le leader !) des Tute Bianche fut désigné 
comme conseiller de Livia Turco, ministre des Affaires sociales dont le nom 
est associé à la loi créant les camps de rétention pour sans-papiers et 
clandestins en attente d’expulsion.

Depuis 1998, suite à cette « nouvelle » évolution politique, une profonde 
rupture s’est installée dans le mouvement antagoniste, avec d’un côté les 
Tute Bianche de plus en plus impliqués dans un cadre institutionnel et 
social-démocrate; et de l’autre les centres sociaux, les squatts et les 
expériences d’auto-organisation sociales et syndicales qui prennent leurs 
points de référence dans « l’Autonomie de Classe » ou les expressions 
bigarrées de l’anarchisme depuis les squatteurs jusqu’à la Fédération 
anarchiste italienne (FAI).

Durant les manifestations de rue, une question contribuait à aggraver les 
fractures, la prétendue « désobéissance civile ». À plus d’une occasion, il 
apparut clairement que certains affrontements entre les Tute Bianche et la 
police avaient été arrangés préalablement, comme un article de L. Quagliata 
le dénonça dans le journal Il Manifesto du 1er février 2000 sous le titre : 
« Guérilla urbaine ? Mais je vous en prie... ». D’autant qu’à plusieurs 
reprises et en différents endroits (Bologne, Aviano, Trévise, Trieste, 
Venise, Rovigo...) les Tute Bianche ont commi agressions physiques, menaces 
ou délation contre des autonomes, des anarchistes, des communistes 
révolutionnaires et d’autres composantes du mouvement pour 
l’auto-organisation qui rejettent l’hégémonie politique que les Tute Bianche 
prétendent imposer, avec la complicité des médias, à la totalité du 
mouvement d’opposition.

SANDRA K. (traduction OCL Nantes)

ENCADRÉ - Morceaux choisis:

« ...Excusez-nous, camarades, mais pour nous votre inflexibilité à suivre 
des principes et le refus de toute médiation avec les institutions se 
rapprochent plus de la pensée anarchiste et du maximalisme populiste, digne 
de l’ancienne organisation de gauche Lotta Continua, que de la formation 
politique de nos militants. Il n’y a rien de pire que cela, éclaircissez 
donc cette question. Permettez-nous seulement d’observer que les 
propagandistes néo-anarchistes de l’action directe et les néo-communistes 
orthodoxes et fondamentalistes ont en commun le même extrémisme en ce qui 
concerne le langage pseudo-révolutionnaire ». (extrait de la déclaration « 
Camminiamo interrogandoci », écrit par Radio Sherwood à Padoue en réponse au 
mouvement antagoniste toscan, octobre 1996).

« L’État n’est plus dorénavant l’ennemi à abattre, mais l’homologue avec 
lequel nous devons discuter les choses » (interview de Luca Casarini, 
supplément du quotidien Il Gazzetino, 23/04/98).

« Les squatteurs de Turin sont trés éloignés de nous, qui discutons les 
choses avec les institutions et qui travaillons sur des projets et des 
initiatives. Ils occupent les centres sociaux seulement pour y vivre et 
s’isoler eux-mêmes du reste de la société. Hier Valentino Castellani (le 
maire de Turin) m’a téléphoné pour demander mon aide. Nous avons pris 
rendez-vous » (interview de Luca Casarini - avril 98).

« Dans les centres sociaux du nord-est du pays, nous avons sorti des 
nouveaux dirigeants, des gens sérieux comme Luca Casarini. Ne sont-ils pas 
des nôtres ?! Maintenant certains centres sociaux s’orientent eux-mêmes vers 
un esprit d’initiative indépendant. Ils ont Cacciari (le maire de Venise) 
comme interlocuteur intelligent, ils se pensent comme un lobby démocratique 
» (Interview de Fausto Bertinotti, secrétaire du parti Refondation 
communiste, dans Il Manifesto du 16/07/98).

« Le jour où ils ne nous appelleront plus « autonomes » sera une fête... 
L’idéologie est dépassée » (interview de Max Gallob, porte-parole du centre 
social Pedro à Padoue dans le quotidien Il Gazzettino du 15/03/00)

« À Davos, en accord avec José Bové, le leader des agriculteurs français, 
nous avons invité par mégaphone à isoler ceux qui brisaient les vitrines. 
Nous y avons réussi avec l’aide des plus jeunes des centres sociaux de 
Mestre.. J’ai rencontré les garçons des centres sociaux de Mestre et de 
Padoue... J’ai parlé avec eux, je leur ai dit qu’à la première action 
violente ils seraient repoussés, ensuite j’ai écouté leurs raisonnements. En 
fait à Davos ils sont restés de notre côté, ils n’ont jeté aucun molotov » 
(interview de Grazia Francescato, parlementaire et leader du parti Vert dans 
le quotidien Corriere della Serra du 25/05/00).

« Dans le vieil atelier nous trouvons les restes des traditions 
révolutionnaires qui ont traversé l’histoire du XXe siècle: la communiste, 
l’anarchiste, la travailliste (?) et les autres. Observons les, 
désenchantées par ce qu’elles sont : des fragments d’une époque dépassée, 
avec sa splendeur et sa misère, ses victoires et ses défaites, qui ne 
reviendront plus jamais, qui ne peuvent être reconstruites » (extrait d’une 
déclaration en direct sur Radio Sherwood, printemps 2000).

« ...Ainsi il existe aussi une gauche réactionnaire, pleine de nostalgie 
pour l’identité de classe, avec sa manière idéale de spéculer sur les petits 
pays (de Haider) » (interview de Beppe Caccia, conseiller municipal de 
Mestre et chef de file des Tutti Bianchi, dans le supplément « Musica » du 
quotidien La Republica en novembre 2000).


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