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{Info on A-Infos}
(fr) Les luttes pour l'eau ont commencé
From
"Courant Alternatif" <oclibertaire@hotmail.com>
Date
Thu, 20 Dec 2001 13:22:14 -0500 (EST)
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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
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La mobilisation populaire en Espagne contre le " Plan hydrologique national "
(PHN), plan qui aurait une répercussion en France avec le projet d'un pipe
Rhône-Barcelone, et les luttes menées dans le sud-ouest contre les
barrages-réservoirs d'irrigation jettent les bases d'un réseau interrégional
et international de défense " pour les fleuves vivants ". La bataille pour
l'eau a vraiment commencé avec deux camps clairement identifiés : celui des
bénéficiaires des grands travaux hydrauliques, des gros irrigants, des hommes
politiques ayant des intérêts dans ces grands travaux et dans cette agriculture
productiviste irriguée, et le camp de " simples " citoyens ou " simples "
usagers de l'eau, des petits agriculteurs, des habitants expulsés des sites
noyés par les barrages, des défenseurs de l'environnement.
La " marche bleue " contre le PHN national
Au mois d'août 2001, une délégation d'une centaine d'Espagnols motivés
organisait une " marche bleue " sur Bruxelles pour réclamer à l'Europe l'arrêt
de son financement des grands travaux hydrauliques contestables, barrages et
transfert d'eau. Cette délégation représentait quarante associations s'opposant
au Plan hydrologique national présenté en septembre 2001 par le gouvernement
Aznar (1). Ce plan prévoit la réalisation d'une centaine de nouveaux
barrages-réservoirs et des transferts d'eau. La plupart de ces ouvrages se
situent dans le bassin de l'Èbre et seraient destinés à fournir l'eau à la
moitié sud de l'Espagne. Les trois principaux barrages actuellement projetés
sont ceux de Yesa, Biscarruès et Santaliestra. Le PHN avait toutefois été
engagé dès les années 80 dans la foulée de la politique de l'eau mise en place
par Franco. Que ce soit avec les fascistes ou avec les " démocrates " qui leur
succédèrent, les barrages se firent de la façon la plus dictatoriale. En
1986-87, par exemple, est réalisé " l'embalse " (réservoir) de Riano dans le
Haut Léon. Les habitants de Riano et de huit autres villages sont expulsés " a
punta de pistola " (manu militari), soit 1 200 personnes.
En 1988 est confirmé le projet du " pantano " (barrage) d'Itoiz en Navarre. Les
travaux commencent en 1993. En 1995 le collectif " Solidarios con Itoiz "
engage une lutte contre la militarisation du chantier. Le 6 avril 1996, huit
résistants effectuent un important sabotage détruisant le système téléphérique
amenant le béton (2). La répression est féroce : les huit saboteurs sont
tabassés par les vigiles et la Guardia civil et traduits en justice. Ils
écopent jusqu'à 5 ans de prison. L'un d'entre eux, Daniel Unziti, est détenu
depuis 1996. Maintenant, pour Yesa, les méthodes sont les mêmes. " C'est comme
du temps de Franco " nous disent les habitants délogés de chez eux. Ce n'est
pas seulement Madrid qui impose le PHN, les assemblées régionales sont aussi
pour les barrages, leur seule critique étant que l'eau ne soit pas exportée de
la région. Des hommes politiques de Navarre ont trempé dans les opérations
mafieuses du chantier d'Itoiz. La Généralité de Catalogne a fait réaliser le
grand barrage de Rialb, sur le Sègre, pour les gros irrigants de la plaine de
Lerida. Si Barcelone manque d'eau, on demandera à la France d'en fournir, ce
qui n'est pas tellement du goût de Aznar qui vise des transferts d'eau " 100 %
espagnols ". D'où une apparente opposition entre les gouvernements d'Aragon et
de Catalogne et le pouvoir de Madrid. Les habitants ne sont pas dupes : " Yesa
No ", " Stop travaux ", " Non aux barrages, non aux transferts d'eau ". Des
rassemblements énormes rassemblant jusqu'à 400 000 personnes ont eu lieu à
Zaragosa, Barcelone, Pampelune et Madrid. Nous avons pu constater avec la "
Marche bleue " et la manif de Bruxelles du 9 septembre que cette mobilisation
populaire se faisait hors des partis politiques : les drapeaux étaient
seulement régionaux ou bien de la couleur de l'eau : bleue.
Le pipe Rhône-Barcelone
Les soi-disant besoins en eau de l'agglomération de Barcelone ont fait germer
un beau projet du côté français : proposer aux Catalans de l'eau du Rhône grâce
à un pipe venant de Montpellier. Ce projet a été cogité par la Compagnie
Bas-Rhône-Languedoc (BRL), dont un des administrateurs est un homme politique,
Blanc, président du conseil régional Languedoc-Rousillon (3). Le projet
intéresse pas mal de sociétés : la SAUR, filiale de Bouygues, actionnaire dans
la BRL, Alsthom, CGE-Vivendi, La Caisse des dépôts et consignation,
Pont-à-Mousson, Providex-EDF... et l'ATLL qui assure la distribution de l'eau à
Barcelone. La note de cet aqueduc de 400 km de long serait salée : entre 8 et
10 milliards de francs. Les promoteurs tablent sur un financement européen d'au
moins 50 %. Une fois de plus, les contribuables payeraient pour des grands
travaux au profit de sociétés privées, d'hommes d'affaires, d'hommes politiques
(souvent les mêmes) et de gros consommateurs d'eau (grandes exploitations
agricoles, complexes touristiques...)
La dictature des établissements publics territoriaux de bassin (EPTB) et des
sociétés d'économie mixte en France
En France, les barrages réservoirs liés aux centrales nucléaires furent voulus
par Paris. Ils se firent dans les années 70-80. Ensuite, les grands travaux
hydrauliques furent programmés par des instances régionales : conseils
généraux, conseils régionaux, comités de bassin et surtout EPTB, la
décentralisation de 1981 donnant aux élus des assemblées territoriales de
mirifiques pouvoirs financiers. Les EPTB sont, en effet, composés par une large
majorité d'élus et même par 100 % d'élus comme dans le cas de l'Institut Adour.
Ces messieurs Jourdain, totalement incompétents en hydraulique et en écologie
des milieux aquatiques, se targuèrent pourtant de projeter divers aménagements
à finalité souvent brumeuses (bassins et barrages " compensateurs de crues ",
par exemple) et à l'impact destructeur pour les cours d'eau et les
hydrosystèmes. L'EPALA (établissement public pour l'aménagement de la Loire et
de l'Allier, présidée par l'inénarable Royer, alors maire de Tours, avait
programmé une kyrielle de barrages. Grâce à une lutte exemplaire menée pendant
plusieurs années par le collectif " Loire vivante " et le comité " SOS
Loire-vivante ", le projet du barrage de Serre-de-la-Fare a été mis au placard
et celui du barrage de Chambonchard est plus ou moins gelé. Même scénario dans
d'autres régions de France : sous la pression de comités et de collectifs de
défense, des projets de barrages sont abandonnés ou gelés : à La Borie dans les
Cévennes, dans la Vallée du Gijou (Tarn), dans le bassin de l'Adour (projet de
l'Ousse et d'Arrayou-Lahitte...) Rappelons aussi la victoire des opposants au
délirant " Canal à grand gabarit " Rhin-Rhône. Si les EPTB sont les promoteurs
de barrages et de transferts d'eau, les maîtres d'ouvrage sont, très souvent,
les sociétés d'économie mixte. Nous avons parlé de la Compagnie du Bas-Rhône
(BRL) qui sévit en Languedoc. Citons maintenant la CACG (Compagnie
d'aménagement des côteaux de Gascogne) qui réalise réservoirs, pipes et canaux
au sud de la Garonne.Ces sociétés d'aménagement rural sont les compères des
EPTB, un même élu pouvant être administrateur dans les deux institutions.
Comme " juge et partie " et comme " prise illégale d'intérêt " on ne peut pas
faire mieux ! Cette situation antidémocratique et dictatoriale va à l'encontre
de la loi sur l'eau de 1992, qui prévoit la gestion des bassins, lacs et
grandes zones humides par des commissions locales de l'eau (CLE) composées "
seulement " de 50 % d'élus. Or, peu de CLE ont vu le jour, presque tous les
bassins hydrographiques en France se trouvant sous la mainmise de trente EPTB.
Le monopole des sociétés d'économie mixte pour l'exclusivité des travaux
hydrauliques dans une zone géographique va, lui, à l'encontre de la loi Sapin
sur la libre concurrence. Il y a pire ! La Chambre régionale des comptes de
Midi-Pyrénées devait constater que la CACG ne faisait pas d'appels d'offres
pour le choix des entreprises de travaux publics qui se chargeaient des
chantiers !
Les luttes dans le bassin Adour-Garonne
Au mois d'août, la " marche bleue " des associations ibériques fut accueillie
dans deux sites du Sud-Ouest concernés par des barrages réservoirs :
Eslourenties dans le Béarn et Charlas, dans le Comminges, au sud-ouest de
Toulouse. Dans le Bassin (administratif) Adour-Garonne, les barrages réservoirs
récemment réalisés ou projetés sont destinés à l'irrigation, principalement
celle du maïs (4). Le financement des barrages et des primes d'irrigation par
les contibuables européens (en vertu de la PAC) a fait tripler, en dix ans, la
superficie des cultures irriguées. En Poitou-Charentes, dans le bassin de
l'Adour et dans une grande partie du bassin de la Garonne, cette monoculture
irriguée du maïs s'avère catastrophique tant sur le plan écologique qu'au
niveau économique et social. L'irrigation massive épuise les ressources
hydrauliques et contribue à la pollution des eaux de distribution par les
pesticides (5). Comme en Espagne, les barrages privilégient les gros irrigants,
pénalisent les agriculteurs qui ont le courage de cultiver des céréales et des
fourrages non irrigués (6) et, de ce fait, accélèrent la désertification
rurale. Le réservoir d'Eslourenties (actuellement en début de chantier) a été
programmé par l'Institution Adour ; celui de Charlas par le syndicat mixte
d'aménagement de la Garonne. Pour les deux, le même maître d'ouvrage : la CACG.
Le collectif " Adour eau transparente " a engagé une partie de bras de fer avec
l'Institution Adour, dénonçant l'incompétence, la non représentativité et
l'illégitimité des vingt conseillers généraux qui la composent. Le collectif
(comprenant l'association locale de défense d'Eslourenties, la Confédération
paysanne, ATTAC, France-nature-environnement et d'autres associations) a porté
sa contestation aux réunions des États généraux de l'Adour, parodie de
démocratie, organisés par cet EPTB. Le point fort de l'affrontement aura lieu
lors de la réunion plénière du 20 novembre à Pau.
Plate-forme européenne pour les fleuves vivants
La mobilisation espagnole contre le PHN a permis de tisser des liens entre les
diverses organisations ¦uvrant pour une gestion écologique et démocratique de
l'eau et des rivières. Les collectifs contre les barrages d'Eslourenties et de
Charlas ont élaboré une " plate-forme Adour-Garonne pour des fleuves vivants "
et devaient envoyer une délégation au rassemblement de Bruxelles le 9
septembre. Le réseau européen " European rivers network " s'est redynamisé,
ainsi que le WWF France, pour soutenir les " marcheurs de l'eau ". La marche
bleue de cette année est le début d'une bien plus large mobilisation et d'une
plus forte radicalisation des actions.
Le Desman des Pyrénées
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E-mail : oclibertaire@hotmail.com
Site web : http://oclibertaire.free.fr/
Notes :
(1). Voir l'article sur le PHN dans Courant Alternatif n° 111 (été 2001).
(2). Voir Un barrage saboté c'est un peu de liberté gagnée, Courant Alternatif
n° 66 (février 1997). " Solidarios con Itoiz " organise chaque année en août un
camping international (CA n° 111, été 2001).
(3). Voir Courant Alternatif n° 111, page 12. Un dossier sur le pipe
Rhône-Barcelone a été publié par Science et Vie, n° 1005, juin 2001.
(4). Voir article " Barrages-réservoirs dans le Sud-Ouest : pourquoi, pour qui
? ", Courant Alternatif n° 83 (novembre 1998).
(5). Voir l'article " L'eau va-t-elle devenir chroniquement impotable ? ",
Courant Alternatif n° 104 (décembre 2000)
(6). La prime à l'hectare de maïs irrigué est de 3 000 francs, la prime à
l'herbe est de 300 francs.
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