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(fr) Six theses et une proposition d'action

From Quilombo <quilombo2001@yahoo.fr>
Date Thu, 23 Aug 2001 13:41:52 -0400 (EDT)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
            http://www.ainfos.ca/
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Voici un texte en provenance d'APOYO MUTUO, nouvelle organisation libertaire 
dans l'Etat espagnol.

Celui-ci se termine par la demande suivante : "nous appelons 
particulièrement les organisations européennes du réseau libertaire à 
participer au débat et à étendre cette proposition d'action".

Tout est dit...

Jeff

---------------


APOYO MUTUO Juillet 2001

Six thèses et une proposition d'action


- 1 -

En 2002, la monnaie unique de l'Union Européenne (UE) sera dans les 
commerces, les banques, les rues et les maisons du vieux continent. L'"euro" 
représente symboliquement le triomphe du projet capitaliste et 
l'articulation matérielle d'une infrastructure "régionale" au service de la 
globalisation économique.

Le Traité de Maastricht signé en 1992 par les Etats membres de l'UE traçait 
la route d'une longue traversée sans fin qui, dix années plus tard, devait 
atteindre le Port-Euro, avec des escales importantes à Amsterdam (1997) et 
Nice (2000). La main qui a défini ce cap obéit au lobby des entreprises 
multinationales et a toujours pu compter avec de fidèles pilotes au sein de 
la Commission Européenne. En suivant les directives de la ERT, la table 
ronde où s'assoient les entreprises d'origine européenne les plus puissantes 
(Unilever, Fiat, Siemens, Nestlé, British Petroleum, Daimler Benz, Philips, 
Cepsa, Iberdrola, Repsol, Telefónica, Shell... au total, 45 sociétés), les 
chefs d'Etats de l'UE réunis à Maastricht établirent une série de conditions 
pour accéder à la monnaie unique et décidèrent de créer la Banque Centrale 
Européenne (BCE) qui aura en charge de diriger la politique monétaire 
commune. Ces conditions impliquaient de déployer une politique de réductions 
des dépenses sociales, de privatisations des entreprises et services 
publics, d'investissements dans de grandes infrastructures pour faciliter le 
marché unique et de dérégulation sociale dans chacun des pays membres. La 
politique monétaire, instrument fondamental pour le capital financier, était 
placée dans les mains de la BCE, laquelle n'a de compte à rendre à aucun 
gouvernement ou parlement, et doit servir docilement les capitaines sur la 
route à suivre, à savoir les grands marchands.

Les référendums convoqués pour ratifier le Traité de Maastricht peuvent se 
compter sur les doigts d'une seule main, et encore il reste des doigts. 
Gagnés avec de faibles marges ou perdus comme au Danemark, malgré les moyens 
inégaux entre les partisans du oui et du non, ils ont reflété l'étroitesse 
des habits démocratiques dans laquelle se pare la politique dictatoriale 
décidée à Maastricht. Comme dans le régime d'usine, l'ordre hiérarchique et 
le commandement résident dans le conseil d'administration ; les institutions 
communautaires et les parlements nationaux ne sont qu'une représentation 
formelle équivalente aux réunions des conventions collectives ou des comités 
d'entreprise et la direction des affaires communautaires échappe au moindre 
contrôle démocratique.

Le Traité d'Amsterdam de 1997 aborde le problème du chômage et des coûts 
salariaux élevés dans l'UE par rapport aux autres parties de la planète dans 
un marché mondial férocement compétitif et décide l'organisation d'une 
Conférence Extraordinaire sur l'emploi au Luxembourg où seront spécifiées 
les caractéristiques du nouveau marché du travail multinational : mobilité, 
flexibilité, politiques "actives" de l'emploi, en définitive précarité du 
travail pour les personnes qui entrent sur le marché de l'emploi, jeunes, 
femmes, immigrés et dérégulation de la grande partie de la législation 
sociale qui protégeait les travailleurs à emploi fixes. Si à tout cela nous 
ajoutons le poids du travail "noir" de l'économie souterraine dans le marché 
du travail (autour de 20% de la population active), les plans nationaux pour 
l'emploi supervisés par l'UE à partir d'Amsterdam ne visent qu'à masquer des 
réalités plus profondes où l'euro régnera au prix de la détérioration des 
conditions de vie pour de larges couches de la population.

A Nice en décembre 2000, ils ont accouché d'un autre Traité. Présenté 
formellement comme un pas dans l'élaboration d'un texte constitutionnel 
européen, les accords de Nice recommandent, légitiment et ratifient les 
différences de droits du travail et sociaux dans chaque pays de l'UE, 
facilitant ainsi le dénommé dumping social permettant aux entreprises de 
s'installer où cela leur convient le mieux et imposant des facteurs de 
discrimination entre les travailleurs selon le territoire où ils 
travaillent. Le marché du travail se structure en se segmentant encore plus 
avec des droits différents (ou sans droits) pour le secteur public, les 
travailleurs fixes, les précaires, les sans papiers et dorénavant selon les 
pays, ils bénéficieront ou pas d'un salaire minimum interprofessionnel, 
d'allocations de chômage ou de pensions plus ou moins élevées, de revenus 
sociaux différents et de droits à la santé ou à l'éducation les plus divers. 
Le Traité de Nice ébauche un texte constitutionnel basé sur l'inégalité 
sociale et spatiale.

Pour se protéger des vagues migratoires venues d'Afrique, d'Asie et 
d'Amérique Latine, l'Europe riche a commencé la construction de sa 
forteresse le 14 juin 1985 : Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, France et 
Allemagne signèrent les accords de Schengen. Le fort accroissement des flux 
migratoires au cours des premières années de cette décade amenèrent 
plusieurs pays européens à établir un contrôle commun en la matière : 
suppression des contrôles aux frontières communes et transferts de ceux-ci 
aux frontières externes. Pour cela, furent prises des mesures 
complémentaires qui se résument à la mise en place d'un contrôle policier 
renforçant les frontières du territoire "Schengen", qui aujourd'hui s'étend 
à tous les pays de l'UE plus la Norvège et l'Islande. A partir de 1989, la 
forteresse Europe doit construire un nouveau mur avec les pays de l'Est 
européen pour empêcher la déferlante migratoire. A partir des années 80, 
tous les pays faisant partie de l'UE se sont dotés de lois sur l'immigration 
ou durcissent celles déjà existantes. A Dublin, en 1990, les pays membres de 
la CE - aujourd'hui UE - ont établis un critère de répartition des demandes 
d'asile qui parviennent à être présentées sur le territoire de l'UE. Il fut 
créé le système EURODAC qui contrôle les empreintes digitales des demandeurs 
d'asiles et des immigrants détenus. Le Traité de Maastricht déclare que les 
citoyens européens sont les nationaux des Etats membres, rejetant ainsi d'un 
trait de plume le droit à la citoyenneté à tous les réfugié et immigrés, 
indépendamment de leur situation légale. Plus tard, en 1999, avec l'entrée 
en vigueur du Traité d'Amsterdam, l'immigration et l'asile deviennent 
compétence de l'UE, se donnant l'échéance de 2004 pour disposer d'une norme 
réglementaire complète. A l'automne 1999, à Tamper (Finlande) les ministres 
de l'Intérieur et de la Justice se réunirent pour harmoniser les mesures en 
matière de politique migratoire et commencer l'élaboration du dispositif 
réglementaire qu'une Conférence Intergouvernementale devra approuver 5 ans 
plus tard. Les lois sur les étrangers et la forteresse-Europe sont 
perméables aux réseaux mafieux de trafic d'immigrants. En les transformant 
en sans-papiers, le demi-million de personnes qui annuellement traversent 
illégalement les frontières de l'UE grossit les rangs de la classe 
travailleuse multinationale la plus précarisée : celle employée dans 
l'économie souterraine.


- 2 -

La résistance sociale au projet capitaliste de l'UE au cours de la dernière 
décennie s'est traduite par d'importantes luttes qui n'ont pas empêché 
l'arrivée de l'"euro" et l'instauration de la majeure partie des conditions 
imposées par les Traités dans chacun des sommets des chefs d'Etat. Cette 
résistance sociale a cependant considérablement discrédité et détérioré les 
institutions européennes. La vague de grève de 1995 en France contre la 
privatisation des services publics, l'apparition sur la scène d'un 
mouvements de chômeurs dans différents pays la même année, l'okupation de 
logements par des jeunes dans toutes les villes du vieux continent, les 
grèves des transports sur toutes les routes européenne en 1997 et 2000, les 
luttes ouvrières contre les restructurations de la production, les 
licenciements de masse et les privatisations d'entreprises publiques pendant 
cette dernière période montrent que les luttes sociales ont manqué de la 
puissance nécessaire pour mettre en déroute les intérêts des grandes 
entreprises représentées dans l'UE. La guerre sociale n'est pas terminée et 
les assauts du capital obligent la résistance sociale à redoubler d'effort, 
à gagner en puissance et à perfectionner ses stratégies. L'utopie du capital 
est de terminer la guerre par la victoire absolue de son projet. Mais là où 
il y a domination, toujours apparaît l'insubordination, là où il y a 
pouvoir, la vigueur de la lutte sociale surgit, comme en témoigne le 
mouvement anti-globalisation de ces deux dernières années.

Le syndicalisme institutionnel et les formations politiques de la gauche 
traditionnelle ont perdu une grande partie de leur crédit au cours de la 
dernière décennie. Leur alliance avec le projet de l'UE a empêché que les 
luttes ouvrières contre les privatisations, les licenciements massifs et le 
travail précaire s'étendent au-delà de conflits ponctuels. 
Sociaux-démocrates, communistes, Verts gouvernent en coalition dans 
plusieurs Etats et régions de l'UE et sont ainsi coparticipants de 
l'ensemble des Traités. Quant à leurs courroies de transmission syndicales 
ou sociales respectives, elles ont agis en pompiers, désarticulant les 
luttes sociales là où elles pouvaient influer et pactisant sur tout ce qu'on 
leur donnait à signer, légitimant ainsi les politiques de l'UE.

Cependant, les luttes des sans-logis, sans-papiers et sans-emplois ont été 
des expressions novatrices dans l'Europe du capital de ces dernières années. 
Avec peu ou pas de liens avec la gauche traditionnelle, ils sont devenus 
l'anomalie sauvage car l'auto-organisation, la réappropriation sociale de la 
richesse et des identités sont impossibles à domestiquer. Autre phénomène 
nouveau qui se répand entre clandestinité et grève ouverte : le résistance 
ouvrière dans des secteurs précarisés que les entreprises de télémarketing, 
de la mal-bouffe(1) ou parmi les employées et employés de l'agriculture 
intensive. Le sabotage, l'anti-label (action mettant sur la place publique 
les effets négatifs pour les consommateurs de produits ou services des 
entreprises) et les grèves illégales (selon le patronat) contre les 
licenciements massifs sont des formes de lutte totalement étrangères au 
syndicalisme institutionnel, d'ailleurs sans présence significative dans le 
monde du travail précaire.

De toutes les luttes opposées au projet de l'UE, il faut mettre en relief 
les Marches européennes contre le chômage, la précarité et l'exclusion 
sociale. La première eu lieu en 1997, avec plusieurs colonnes partant de 
différents points d'Europe (et une depuis Tanger) pour confluer toutes vers 
Amsterdam où des milliers de personnes ont demandé dans la rue le partage de 
la richesse et du travail. La seconde marche européenne avait comme 
destination finale Cologne en 1999. Elle fut spécialement consacrée à la 
lutte contre les attaques racistes subies par les immigrés en Allemagne au 
cours des années 1998 et 1999. Une fois de plus, des milliers de personnes 
crièrent "des papiers pour tous" de Bruxelles à Cologne et d'une certaine 
manière, ce fut là le germe de la lutte des sans-papiers dans l'Espagne de 
2000 et 2001. Une nouvelle marche sur Nice eut lieu en décembre 2000 
revendiquant une Charte des droits sociaux européens. Les Marches ont obtenu 
que des centaines d'organisations sociales les plus diverses (associations 
de chômeurs, syndicats, organisations politiques, collectifs d'immigrés, de 
femmes, écologistes, etc...) confluent pour impulser la mobilisation de 
dizaines de milliers de personnes tous les deux ans dans les pays de l'UE 
avec des objectifs communs : revenu social et droits sociaux pour toutes et 
tous, liberté de circulation. La perplexité et la peur des représentants du 
Sommet d'Amsterdam apparurent clairement lorsqu'ils s'aperçurent qu'il n'y 
avait aucun interlocuteur "valide" de la gauche traditionnelle parmi les 300 
organisations qui avaient mobilisé plus de 50000 personnes dans la rue.

En 2002, la Marche aura comme objectif Séville, au mois de juin, coïncidant 
avec le sommet des chef d'Etats de l'UE, dans une des capitales de la 
précarité, pour le dixième anniversaire de l'Exposition universelle, grande 
vitrine annonciatrice de la globalisation.


- 3 -

Le projet de l'UE a été et est très coûteux en matière d'environnement et de 
santé publique. Le Traité de Maastricht faisait le pari - avec des fonds 
communautaires - de créer un réseau d'infrastructures transeuropéennes de 
transport, avec construction de nouvelles autoroutes, superports, grands 
aéroports, lignes ferroviaires à Haute Vitesse pour faciliter le marché 
unique, la circulation rapide des marchandises et des services, principe de 
base de l'autovalorisation du capital.

En plus des impacts environnementaux directs sur le territoire, ces réseaux 
transeuropéens de transport vont accroître annuellement les émissions de 
CO2, le plus important - par la quantité - des gaz à effet de serre, cause 
du réchauffement de la planète. Ainsi, l'UE qui dans les forums 
internationaux se présente comme le plus grand défenseur du Protocole sur le 
Changement Climatique, est en train de faire exactement le contraire avec la 
taille croissante et démesurée de son système de transport par route. Mais 
il y a plus ; les pays riverains de la Méditerranée accueillent dans leur 
bande littorale sensible et dans les terrains proches des côtes une des plus 
importante industrie touristique du monde ainsi que le jardin maraîcher et 
fruitier européen avec prolifération des cultures sous plastic. Les 
autoroutes et autres voies rapides, l'urbanisation de presque tout le 
littoral méditerranéen en Espagne, France, Italie (qui accueille 80% du 
tourisme de toute l'aire méditerranéenne), l'agriculture intensive, mettent 
en danger les écosystèmes côtiers. La mer Méditerranée elle-même est 
affectée par la surexploitation aquifère contaminant les eaux en surface et 
souterraines, l'érosion des sols et la construction en bord de plage 
d'immenses masses de béton qui constituent le "paradis" gériatrique 
européen. La Méditerranée agonise entre les rejets polluants des 
agglomérations et des industries, la surexploitation de la pêche et les 
faibles apports en eau douce et en sédiments : seuls trois fleuves (l'Ebre, 
le Rhône et le Pô) se jettent en elle et ils sont de plus en plus régulés et 
pollués. Les activités économiques de la bande côtière méditerranéenne 
nécessitent d'énormes quantités de ressources hydrauliques. Pour y faire 
face, la solution logique du capital est la construction de grandes 
conduites de transvasement pour amener le liquide là où il est le plus 
rentable et donne les plus grands bénéfices économiques. Le jardin potager 
de l'Europe a très soif et l'industrie touristique aussi. De sorte qu'en 
Espagne, le gouvernement et le parlement ont fini par approuver un Plan 
Hydraulique National (PHN) qui vise à transvaser l'eau de l'Ebre(2) vers le 
littoral méditerranéen, travaux pharaoniques qui coûteront des milliards(3) 
financés par des fonds de l'UE.

L'opposition sociale au PHN dans la région de l'Ebre est totale : 
organisation d'intenses mobilisations pour arrêter un désastre écologique 
qui est aussi social, car une fois l'eau emmenée, les gens et les villages 
disparaîtront, seront forcés d'émigrer vers les grandes villes et... le 
littoral méditerranéen, là où se concentrent les activités économiques et la 
population. Pour que les salades et les poivrons d'Almeria, les oranges 
valenciennes et les citrons de Murcie parviennent sur toutes les tables 
européennes et que le classe moyenne de l'UE puisse profiter d'une semaine 
de vacances dans les eaux chaudes de la Méditerranée, le patrimoine naturel 
est en train d'être ruiné à tel point que la "poule" aux *ufs d'or elle-même 
se retrouve en danger. Mais cela n'a guère d'importance pour les 
multinationales qui dominent l'"agrobusiness" et les "tour operators" : 
quand les affaires déclineront, le monde globalisé leur offrira d'autre 
parages, d'autres poules à plumer.

Et plus encore : les phénomènes comme le poulets belges à la dioxine, les 
vaches folles, le bétail bourré d'antibiotiques et d'hormones, 
l'autorisation des aliments transgéniques précarisent la santé des personnes 
vivant dans l'UE. Les affaires de l'industrie agro-alimentaire sont bien 
défendues dans les institutions communautaires et seuls des scandales comme 
ceux cités plus haut, authentiques bombes à retardement, attentats criminels 
contre la santé publique perpétrés par de "respectables" dirigeants 
d'entreprises terroristes, parviennent à ce que toute la pourriture du 
système capitaliste si bien défendue par l'UE, soit mise sur la place 
publique et provoque un rejet social de la part des consommateurs. 
Conséquence : les instances communautaires ont bien été obligées de créer 
l'Agence de Sécurité Alimentaire Européenne, mais en faisant cela, ils ont 
mis un renard pour veiller sur le poulailler !

Le projet capitaliste de l'UE triomphe mais n'a pas d'avenir, la 
précarisation de l'environnement nous pousse à lutter contre la barbarie.


- 4 -

Dans le monde de l'économie globale, les institutions "régionales" comme 
l'UE servent aux entreprises multinationales pour les lancer dans de 
nouveaux espaces. Pour cela, elles utilisent d'amples territoires comme 
"arrière-cours" où peut être localisée la production la plus polluante et 
celle nécessitant de grandes quantités de main d'*uvre, obligeant la 
population - exceptées les minorités privilégiées - à vivre dans la 
précarité ou à émigrer si leur vie en dépendait.

Les pays européens de l'Est, de l'Afrique méditerranéenne et d'Amérique 
latine sont les "arrière-cours" de l'UE. De l'Est sont importés sur le 
territoire communautaire des mineurs polonais, des journaliers lithuaniens, 
des mécaniciens tchèques et des femmes ukrainiennes ou russes afin 
d'alimenter le marché de la prostitution. De l'autre bord de la Méditerranée 
viennent les travailleurs maghrébins et subsahariens pour laver les rues et 
ramasser les ordures, travailler dans les chantiers et les champs, et dans 
leur pays respectifs, ceux qui ont plus de chance s'incorporent dans des 
entreprises manufacturières avec des salaires de misère et des journées de 
travail interminables. Nos frères et s*urs d'Amérique latine viennent comme 
employées domestiques, travaillent dans les champs, dans l'hôtellerie ou 
"font" le trottoir. Dans les entreprises subsidiaires ou absorbées par 
REPSOL, ENDESA, TELEFONICA, EL CORTE INGLES et autres multinationales 
d'origine espagnole au Maroc, en Algérie, en Amérique latine, la 
surexploitation et le travail précaire sont le lot quotidien. Le projet 
l'élargissement de l'UE vers l'Est, la signature d'un accord de libre 
échange avec l'aire méditerranéenne à partir de 2005 et les accords 
préférentiels avec l'Amérique latine serviront à amplifier et consolider les 
marchés des entreprises multinationales et à précariser encore plus les 
conditions de vie de la population travailleuse. Dans les "arrière-cours", 
il n'est pas nécessaire de respecter les formes pour défendre les intérêts 
pétroliers et gaziers des grandes entreprises : les rebellions sont écrasées 
en Equateur ou noyer dans un bain de sang comme en Algérie. Les grèves 
menées par les travailleurs argentins de AEROLINAS, les attaques menées aux 
intérêts "espagnols" en Argentine et les révoltes berbères dans la Kabylie 
algérienne montrent que la résistance sociale s'affronte à la précarité 
imposée par l'UE. Le travail précaire dans les "arrière-cours" est la 
condition déterminante pour l'obtention de grands bénéfices économiques de 
la part du capital transnational. Depuis l'année 1975, la dette extérieure 
de l'Amérique latine a été multipliée par 10 atteignant le chiffre 
astronomique de 697,8 milliards de dollars en 1998. Une seule entreprise, 
REPSOL, multinationale d'origine espagnole, a réalisé, en 2000, 400 
milliards de pesetas (4) de profits, desquels les deux tiers proviennent de 
sa production en Amérique latine.

L'UE a une énorme "empreinte écologique"(5) qui s'étend à ses 
"arrière-cours". En construisant de grands barrages, des exploitations 
minières, pétrolifères et gazières, en installant des industries polluantes 
et des décharges de résidus dangereux, en taillant les forêts et en 
construisant des autoroutes, en imposant la monoculture du cacao et du café, 
la production et la consommation dépendante de l'UE sont en train de 
dégrader et de détruire les forêts équatoriennes, l'Amazonie brésilienne et 
péruvienne, les montagnes et les bois colombiens et guatémaltèques, les 
rivières chiliennes, argentines et paraguayennes, le désert algérien et la 
rive sud de la Méditerranée, les ressources minières et agraires des pays de 
l'Est. Les empreintes écologiques laissées par l'UE, les Etats-Unis et le 
Japon menacent la vie sur la planète. Nous nous installons dans la précarité 
environnementale et les institutions comme l'UE aspirent uniquement à gérer 
la catastrophe.


- 5 -

Les institutions internationales et les entreprises multinationales sont la 
cible de la colère des manifestants lors des campagnes anti-globalisation. 
L'UE en tant qu'institution "régionale" au service de la globalisation 
n'échappe pas à ce phénomène et ces deux dernières années, les deux réunions 
annuelles ou sommets des chefs d'Etats ont toutes été le théâtre d'une 
contestation sociale sous la forme de marches, de contre-sommets ou de 
manifestations.

Il y a une tentative de criminaliser les mouvements anti-globalisation. 
Ainsi, en décembre 2000, le gouvernement français "de gauche" n'a pas hésité 
à utiliser les clauses exceptionnelles des accords de Schengen pour rétablir 
les contrôles aux frontières nationales et à transformer Nice en une ville 
fortifiée, comme les gouvernements belges et espagnols n'ont pas tarder pour 
annoncer qu'ils utiliseront eux aussi des règles exceptionnelles pour 
contrôler les mobilisations anti-globalisation contre les sommets de l'UE 
qui se dérouleront dans leur territoires. Les gouvernements suédois et 
espagnols n'ont pas non plus hésité à ordonner une répression dure pendant 
les manifestations de Göteborg et à infiltrer des policiers provocateurs 
dans les affrontements de Barcelone pendant la mobilisation contre la Banque 
mondiale. A Gênes un jeune manifestant a été assassiné par les coups de feu 
tirés depuis un fourgon de la police et le gouvernement de Berlusconi avait 
préparé toute une armée pour défendre la forteresse du Palais Ducal où se 
réunissaient les leaders mondiaux du G8. Au cours des derniers mois, 
l'appareil médiatique au service de la société de contrôle a fabriqué la 
figure démoniaque de l'ennemi : "l'anarchiste violent membre d'un bloc noir 
qui se protège dans les manifestations anti-globalisation pour déchaîner sa 
folie destructrice..." ; l'épouvantail noir qu'ils introduisent dans nos 
esprits leur sert pour qualifier de "malheureux incident" le crime du 20 
juillet dans les rues génoises et occulter les millions de personnes qui 
meurent tous les ans à cause des politiques homicides du capitalisme 
globalisateur. Un rapport de la police allemande signale et traite de 
violents les groupes qui selon eux font partie du black bloc : Reclaim the 
streets, Tutte Bianche, Globalization from below et les réseaux libertaires. 
Groupes qui tous ont saisi le drapeau de l'action directe mais pas celui de 
la violence organisée : ce sont les Etats qui ont le monopole et exercent 
légalement la violence et des organisations armées leur répondent violemment 
parce qu'elles aussi aspirent à légitimer leur violence par la constitution 
de nouveaux Etats. Les groupes signalés par la police sont anti-étatistes et 
la violence ne fait pas partie de leurs stratégies, ce qui n'empêche pas que 
des actes violents imprègnent certaines de leurs actions directes, comme ne 
sont pas exempts de violence les grèves pacifiques, l'insoumission ou la 
désobéissance civile pratiquée par le pacifisme militant.

La violence qu'exerce les entreprises multinationales sur les communautés 
locales, les morts du SIDA dans le continent africain et les tentatives 
criminelles des grands laboratoires pharmaceutiques pour empêcher la 
fabrication de médicaments génériques, les milliers d'assassinats du 
gouvernement algériens, les milliers de morts perpétrés par l'aviation des 
Etats-Unis et ses alliés de l'OTAN dans la guerre du Golfe et dans les 
conflits yougoslaves sont des actes violents au service de la globalisation 
capitaliste : en comparaison, les bris de vitrines d'entreprises 
multinationales ou d'établissements financiers, les destructions de cabines 
téléphoniques et de mobilier urbain occasionnés par les protestations 
anti-globalisation peuvent être considérés comme un soulagement irréfléchi 
de colère devant les vitrines obscènes de la globalisation. Irréfléchi parce 
que cela n'est guère utile pour démasquer le capital et les institutions à 
son service. Ces actions ne peuvent être dangereuses pour le capital si ses 
propres forces policières s'y mettent avec des provocateurs. Dans la lutte 
contre la globalisation capitaliste, les grandes manifestations et les 
contre-sommets ne sont qu'une petite partie - fut-elle la plus visible - de 
la guerre sociale qui se livre tous les jours sur de multiples fronts, dans 
toutes les parties du monde : occupation de terres, de maisons, 
d'entreprises, défense des communautés, des forêts, des rivières, actions de 
hackers ou sur des piquets, ou les grèves contre les privatisations et la 
précarisation du travail : sur tous ces fronts les blocages et la résistance 
sociale à la globalisation sont nécessaires, et dans toutes ces luttes 
affleurent la colère et la rébellion lorsque les dominés ressentent leur 
puissance face au pouvoir.

Mais, dans les contre-sommets, tous se passe comme sur une scène, en 
essayant d'enlever les masques de la globalisation capitaliste et ce qui 
peut avoir le plus d'effets n'est pas précisément de casser des vitrines, 
des bancs ou des pots de fleurs. La grande beauté des contre-sommets et des 
manifestations de la multitude est sa diversité d'options et de couleurs ; 
beauté qui se transforme en base stratégique face à la pensée unique et à 
l'action monocorde du capital. Diversité d'options qui exclue les agressions 
violentes contre les personnes et qui s'exprime dans une manifestation 
unique avec des cortèges séparés, ou en ateliers et actions publiques pour 
tous les goûts. Affronter nettement le commandement unique avec la diversité 
sociale n'est pas un menu qui réjouit le gouvernement du moment et c'est 
pour cela qu'ils essaient d'"égaliser" le combat, de réduire la pluralité 
des options en présentant les anti-globalisations comme violents, criminels, 
et en mettant en scène médiatiquement la bataille entre l'Ordre et le Chaos. 
Il n'y a pas de violence contre les personnes ni crimes entre manifestants 
contre la globalisation - tout au plus quelques destructions matérielles des 
symboles du capitalisme globalisateur - par contre il y a bien une réponse 
violente de la part des forces de l'Ordre pour réprimer et dissoudre les 
preuves de la diversité et de la liberté qui gênent tant les gouvernements. 
Depuis Seattle, il a été démontré que les sommets des gouvernements et des 
dirigeants des institutions internationales peuvent être bloqués par les 
manifestants. Les grands hôtels, les restaurants de luxe et les larges 
avenues ne sont plus des endroits tranquilles pour les criminels qui étalent 
le monopole légal de la violence ou se font servir par elle. Il est certain 
qu'aujourd'hui, les chefs d'Etats de l'UE ne passeraient plus dans les rues 
- vides et fortifiées - à bicyclette comme ils le firent à Amsterdam en 1997 
pour vendre une image de proximité en opposition à la distance des 
gouvernements et des institutions internationales. La répression violente 
des contre-sommets et les affrontements de rue sont transformés en une 
marchandise médiatique et la nouvelle s'nvole autour du monde. Des millions 
de personnes se réjouissent de voir que la pensée unique et la globalisation 
capitaliste aient des milliers de jeunes opposants et dans leurs c*urs les 
clameurs des rues du monde font leur nid.

Parmi les manifestants anti-globalisation il y a aussi des partisans de 
l'ordre, de la réponse civique, d'utiliser les grandes démonstrations comme 
support médiatique à des fins électorales : le travail fondamental de 
quelques organisations politiques consiste à réformer les institutions, 
démocratiser les Etats. Ils considèrent comme accessoires les luttes 
quotidiennes contre la globalisation, tout juste des appendices permettant 
d'accumuler les envies, les désirs et des gens pour des actions de masses 
qui en définitive pourront donner les meilleurs spots publicitaires de leurs 
campagnes électorales. Ces organisations n'aiment pas qu'on leur casse les 
photos bucoliques d'une représentation dans laquelle il y a trop d'acteurs 
et où beaucoup préfèrent jouer leur propre rôle imprévisible. C'est 
pourquoi, s'ils le peuvent, ils amènent leur propre service d'ordre pour 
réprimer ceux et celles qui ne suivent pas le bon chemin et sont toujours 
prêts à dénoncer les minorités qui provoquent la réponse violente de la 
police. Parmi les forces anti-globalisation, il existe de multiples opinions 
et la diversité des options est plus que garantie. A grands traits, il y a 
deux options stratégiques défendues par deux blocs : l'anti-capitaliste et 
anti-étatique et le réformisme fort, anti-néolibéral et partisan de plus de 
pouvoir pour les Etats. Le bloc anti-capitaliste - dont fait partie le 
"black bloc" de la police allemande - est cordonné majoritairement dans le 
réseau Action Globale des Peuples (AGP) né dans la chaleur des rencontres 
Contre le Globalisation et pour l'Humanité lancées par les zapatistes et se 
donnant comme objectif central la lutte contre l'Organisation Mondiale du 
Commerce (OMC). Dans ce réseau se retrouvent de nombreuses communautés 
indigènes, des organisations paysannes (comme le MST du Brésil ou le KRRS de 
l'Inde), des écologistes et des libertaires. Il ne considèrent pas le 
lobbying comme une manière d'agir, ni ne participent aux élections 
politiques : ils plaident pour la confrontation. Le réformisme fort est 
coordonné dans plusieurs réseaux, ATTAC étant un des plus important. Née en 
France sous l'impulsion du Monde Diplomatique, elle a une présence dans 
presque toute l'Europe et petit à petit s'étend aux autres continents. Elle 
agglutine la gauche traditionnelle radicale (trotskistes, syndicalistes 
alternatifs, militants d'organisations populaires, etc...). Au début, la 
demande principale d'ATTAC était la mise en place de la taxe Tobin (impôt 
sur le capital financier) mais aujourd'hui ils ont élargi leur champ 
d'intervention (abolition de la dette extérieure, anti-OMC, etc.) et se 
déclarent partisans de renforcer le pouvoir des Etats-nations face à la 
globalisation. Le réformisme fort était très bien représenté au Forum de 
Porto Alegre (Brésil, 2001) où confluèrent ATTAC, les restes des partis 
communistes autrefois puissants, quelques forces politiques Vertes et des 
secteurs liés à l'AGP (comme le MST), tous invités par le maire de la ville, 
dirigeant connu du Parti du Travail brésilien. En choisissant les mêmes 
dates que le Forum de Davos où se réunissent les laquais les plus sélects de 
la globalisation, il se sont présenté comme une alternative non pas à la 
globalisation capitaliste mais comme ce qu'ils sont en train de devenir : 
une solution de rechange au néolibéralisme.

Le réformisme fort sait trop bien que son unique façon de se convertir en 
alternative au néolibéralisme est de s'allier avec le réformisme faible - la 
social-démocratie - ce qui les transformerait en alternative de 
gouvernement, comme cela se passe déjà dans quelques villes, régions et dans 
plusieurs Etats du monde où ce type de coalitions est aux commandes. A Porto 
Alegre, le réformisme fort fit bien les choses ; ouvrant largement la porte 
au réformisme faible (pour lui donner un nom) il peuvent présenter en bonne 
compagnie au monde globalisé un nouveau Forum - le Forum Social de Barcelone 
ou de Paris ? - dans lequel pourront briller de mille éclats la 
social-démocratie et le syndicalisme institutionnel. Les politiques 
réformatrices face à la globalisation peuvent être synthétisées dans un 
programme en trois points : 1) Approfondir les mécanismes démocratiques pour 
obtenir la gouvenabilité de la globalisation 2) Mettre en place des 
régulations sur le marché des capitaux au moyen d'un impôt ou une taxe qui 
module leurs mouvements 3) Palier les inégalités entre les pays et les 
personnes au moyen de l'abolition de la dette extérieure des pays "pauvres" 
et avec la mise en place d'une allocation basique de citoyenneté. En premier 
lieu, ils centrent leurs efforts dans le renforcement du rôle de l'Etat 
comme collecteur d'impôts et redistributeur de rentes par l'intermédiaire 
des services publics. Le capital financier dispose d'une infinité de moyens 
pour échapper à un contrôle imposé par les Etats, ce qui explique 
qu'aujourd'hui la crise fiscale soit si évidente. Les Etats empruntent 
auprès des banques et la part des budgets des Etats destinée à payer les 
intérêts de la dette publique va en s'accroissant. Les services publics sont 
privatisés et leurs prestations en devenant des marchandises commerciales 
sont monétarisées. Le réformisme prétend recouvrer des impôts auprès du jeu 
financier qui se développe dans le casino mondial mais la grande partie de 
jeu peut continuer d'engranger de gros bénéfices car, entre autres choses, 
elle ne désire aucunement se soumettre à la moindre légalité étatique, aussi 
caritative que soit l'aumône Tobin.

D'autres comme nous, en revanche, veulent faire sauter la banque du casino, 
en finir avec le jeu financier qui ruine la vie de centaines de millions de 
personnes au profit de quelques-uns uns, même si elles sont plusieurs 
millions les classes moyennes qui parient en bourse. En second lieu, comme 
dans l'histoire de la marchande de lait, dans les rapports des conseillers 
économiques de Jospin, dans le programme du PSOE, dans les écrits 
trotskistes et dans ceux de quelques universitaires, dans les proclamations 
de diverses organisations chrétiennes, ont fait ses comptes et on calcule : 
taxes, échelle d'imposition, rente basique pour éviter la "pestilence" de 
l'exclusion sociale. Une rente, qui rappelle dans sa fonction les lois sur 
la pauvreté de l'Angleterre du XVIIIè siècle, compatible avec la 
globalisation. La face "verte" des demandes de plus d'Etat, on la trouve 
dans l'écotaxe : payer pour polluer, mettre à prix le milieu ambiant, 
monétariser les ressources naturelles. Alors que les restes dispersés de 
l'Etat-providence ne subsistent que dans quelques pays du monde, l'utopie du 
réformisme fort, combatif et vert, est celle de l'Etat-providence social et 
environnemental universel. Dans les institutions régionales comme l'UE ils 
sont les plus grands partisans d'une Europe socialement et 
environnementalement responsable. Utopie qui ne dépasse pas le stade de la 
rêverie et s'il fallait la rabaisser à des politiques "réalistes", elle 
servirait d'alibi dans des situations où la précarité sociale et écologique 
interdisent le futur et rendent le présent très difficile à vivre. Comme 
l'eau avec le vin, la globalisation capitaliste et l'UE sont incompatibles 
avec la vie communautaire, avec la liberté. Le réseau libertaire veut 
contribuer par des stratégies anti-capitalistes et anti-étatiques à la 
résistance sociale contre la globalisation, en luttant pour l'autogestion, 
la défense des communautés locales, contre la précarité, pour la liberté.

C'est le moment d'avancer, et dans les moments où la lutte 
anti-globalisation se fait plus visible - dans les marches, les grandes 
mobilisations, les contre-sommets - nous devons descendre des généralités 
vers les questions les plus concrètes et exprimer les revendications 
centrales de la lutte sociale contre le travail précaire, la précarité 
sociale et environnementale.

- 6 -

Dans les pays membres de l'UE il existe différents types de rentes ou 
d'allocations d'insertion : en France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, dans 
les régions et communautés de l'Etat espagnol, au Danemark, etc.. : elles 
sont toutes un moyen de poser une feuille de paie sur la misère. Ce sont là 
des concessions faites aux pauvres exclus du marché du travail, la finalité 
est l'insertion dans la société et non l'intégration sociale car celle-ci 
passe obligatoirement par la présence sur le marché du travail en échange 
d'un salaire.

Les Marches européennes contre le chômage, la précarité et l'exclusion 
sociale ont mis le Revenu Social pour tous ceux qui n'ont pas d'allocation 
ou de salaire en tête de leurs revendications, et cela dès les premières 
marches vers Amsterdam en 1997. Elles recueillaient ainsi les aspirations 
des mouvements de lutte contre chômage qui avaient émergé quelques années 
auparavant, surtout en France dans les années 1995-96. Cette revendication 
s'est maintenue et répétée lors des Marches à Cologne (1999) et Nice (2000). 
Mais le Revenu Social que réclament les Marches est quelque chose de 
totalement différent des allocations ou revenus d'insertion. Il ne s'agit 
pas de partager un peu d'argent entre les pauvres, ni d'établir un nouveau 
droit de citoyenneté par le fait de naître, une allocation basique 
universelle qui dans ses versions social-démocrates et possibilistes peut 
être un complément idéal pour la globalisation capitaliste. Non, le revenu 
social est lié à une répartition plus juste de la richesse, c'est un droit 
social. La richesse est aujourd'hui le fruit de tous (bien que sa plus 
grande partie soit appropriée par quelques-uns uns, les dénommés 
entrepreneurs), pas seulement des salariés mais aussi du travail des 
étudiants et des femmes qui ne reçoivent aucun salaire. Les premiers 
travaillent durement pour acquérir des connaissances nécessaires qui ensuite 
permettront une "valeur ajoutée" dans la production des marchandises, biens 
et services ; les secondes, les femmes, sont en charge des tâches les plus 
ardues de la reproduction sociale (travail ménager, s'occuper des enfants, 
des malades, etc.) et les plus sensibles (production d'harmonie, 
d'affectivité...) sans aucune rémunération.

Tout au long de leur vie professionnelle, les chômeurs et les retraités ont 
travaillé, beaucoup d'entre eux et elles travaillent occasionnellement dans 
l'économie souterraine à des emplois beaucoup plus rentables et productifs 
que bien d'autres emplois salariés. Si la richesse est produite socialement, 
nous voulons donc un salaire ou revenu social pour toutes les personnes qui 
ne reçoivent ni allocation, ni rémunération monétaire. Avec la médiation 
salariale, le capital met les femmes dans la précarité car elles sont 
dépendantes du salaire de leurs maris, pères, frères ou fils. De la même 
manière, la vie de l'étudiant se caractérise par la précarité sociale 
pendant ses années d'études, dépendant toujours de maigres bourses et des 
revenus familiaux. Parce qu'il n'ont pas ou peu de prestation chômage, les 
chômeurs et précaires doivent accepter tout type de travail au noir ou avec 
des sous-contrats, des salaires minables et des journées de travail 
interminable. La médiation salariale liée à l'emploi sert à développer la 
précarité, à flexibiliser et à imposer la mobilité du marché du travail, 
dans lequel le bas de l'échelle est occupé par les immigrés. Les revenus ou 
allocations minimales d'insertion qui existent dans l'UE correspondent à des 
niveaux minimaux de subsistance pour certains pays ou régions et parfois ne 
dépasse même pas le seuil de pauvreté défini par les technocrates 
communautaires.

Le revenu social réclamé par les Marches est de caractère individuel : un 
salaire suffisant pour vivre dignement et pourquoi pas égal dans tous les 
pays de l'UE. Pour commencer, nous pourrions revendiquer un revenu social 
égal à celui des Pays-Bas qui est le plus élevé de tous les pays 
communautaires. Il devrait s'appeler Revenu Social Européen, s'appliquer 
dans tous les pays de l'UE et être alimenté par des fonds communautaires. De 
cette manière, la répartition de la richesse serait plus équitable 
socialement et territorialement. L'UE destine plus de la moitié de son 
budget aux fonds FEOGA subventionnant les entreprises agricoles. Elle 
consacre aussi une quantité moindre, mais très importante, aux Fonds 
Structurels pour la construction d'infrastructures qui facilitent la 
pénétration du marché unique dans les régions où le niveau d'allocation est 
le plus faible. Seule une "pincée" de millions sont alloués au Fonds Social 
Européen dont la finalité est de financer l'occupation des chômeurs par des 
formations. Nous réclamons moins de subventions pour les entreprises et plus 
de fonds européens directement pour les personnes sans revenus.

Le Revenu Social est une revendication centrale contre la précarité du 
travail et la précarité sociale que le capital nous impose : avec cette 
exigence, la lutte sociale doit articuler une redoutable coalition 
d'exploités, qui petit à petit, dans un processus plus ou moins long 
dépendant de l'accumulation et des rapports de forces, pourra placer la 
revendication du salaire pour une meilleure répartition de la richesse là où 
elle devrait être aujourd'hui : au niveau social, au niveau de toute la 
société. Le Revenu Social sera l'objet d'une longue bataille comme c'est le 
cas pour le salaire dans les lieux de travail. Mais il ne cesse pas pour 
autant d'être une médiation salariale ; il ne nous conduit pas directement à 
la révolution sociale ni n'est anti-capitaliste comme l'affirme les exégètes 
du "revenu garanti contre le capital". Il n'est ni plus ni moins qu'une 
revendication qui améliorera la répartition de la richesse et les conditions 
de vie des personnes, en les libérant de l'entrave des situations les plus 
précaires pour lutter contre la globalisation capitaliste. Il faut également 
garantir la répartition de la richesse avec des droits sociaux pour toutes 
les personnes : l'accès gratuit au logement, à l'enseignement, à la culture, 
à la santé, aux transports et à la communication. Les droits sociaux sont 
inclus dans la plate-forme revendicative des marches, de même que les 
"papiers" pour tous, immigrés et travailleurs en général de l'économie 
souterraine.

Revendication centrale contre la précarité environnementale : villes 
durables(6), transports publics, énergies renouvelables, défense du 
patrimoine naturel, production propre, etc... Ces thèmes qui appartiennent à 
la lutte de l'écologie sociale, visent à générer de la proximité face aux 
grands réseaux d'infrastructures économiques, hydrauliques et de transports 
européens et à déstructurer les mégapoles productrices d'empreintes 
écologiques si profondes et si larges sur l'ensemble de la planète. Seule la 
Proximité et l'ensemble des mesures qui en découlent sont capable de freiner 
le changement climatique. Ecoagriculture et alimentation saine contre 
élevage industriel et agriculture intensive remplie de produits chimiques et 
de modifications génétiques. Il faut ouvrir un grand front de la lutte 
sociale en vue d'autogérer et garantir une alimentation saine.

Mais au-delà des revendications, les Marches ont toujours opté pour appuyer 
les réappropriations sociales de la richesse et du territoire : les 
sans-toîts, sans-emplois, sans-terres, sans-voitures ont le droit d'occuper 
des logements et des terres, de cultiver leur jardin, d'occuper la rue pour 
se promener ou en bicyclette, de voyager gratuitement dans les transports 
publics, de remplir le caddie de leur courses dans les supermarchés, et même 
de festoyer dans des restaurants de luxe sans payer la note ; ce sont là les 
pratiques sociales des mouvements SANS, générant de la communauté autogérant 
ses besoins. L'extension de la réappropriation sociale de la richesse 
dépasse les médiations salariales et oriente la répartition vers l'équité, 
questionnant ainsi le caractère parasitaire du capital.

- 7 -

Les Marches européennes ont commencé en 1997 à partir du ferment social qui 
donna lieu à un mouvement réel contre le chômage en de nombreuses villes du 
continent au début des années 1990 quand le taux moyen de chômage dans l'UE 
dépassait les 18% et où dans certains pays comme l'Espagne il atteignait le 
double.

A partir de la mise en *uvre de nouveaux plans sociaux pour l'emploi en 1999 
qui ont réformé le marché du travail en échangeant du chômage contre du 
travail précaire, les pourcentages officiels du chômage ont été en diminuant 
dans l'UE et avec eux l'activité du mouvement social des chômeurs : il est 
entré dans une espèce de reflux pour laisser place à la lutte sociale contre 
la précarité, l'exclusion sociale et le racisme (slogan de l'Euromarche 
Cologne '99) avec des campagnes fortes contre les Entreprises de Travail 
Temporaire (ETT) et les contrats précaires ou celle des "Papiers pour toutes 
et tous" les immigré-e-s. Si les luttes contre le chômage nous ont servi à 
nous mettre en marche la première fois jusqu'à Amsterdam, la résistance 
sociale contre la précarité et les luttes des sans-papiers pendant les deux 
dernières années doit nous conduire à marcher contre la précarité vers 
Séville en juin 2002. Les revendications fondamentales des Marches, le 
Revenu Social et les droits sociaux pour toutes et tous sont aujourd'hui 
plus d'actualité que jamais et autour d'elles il faut nous commencer à 
tisser le réseau des SANS qui pourra mettre mouvement la lutte contre toutes 
les précarités.

Si au début du XXè siècle, au sein du mouvement ouvrier, ils furent capables 
de construire le syndicalisme révolutionnaire en partant des mutuelles, des 
bourses du travail, des sociétés ouvrières et des syndicats de métiers en 
centrant l'action dans l'usine (figure émergente dans la nouvelle 
organisation du travail après la seconde révolution industrielle), sur le 
salaire, la journée et les conditions de travail, au début du XXIè siècle, 
la résistance sociale et les réseaux organisés ne se concentrent plus sur le 
seul emploi salarié, l'usine et le syndicat mais s'étend à tout le travail 
(avec ou sans rémunération) et à l'ensemble du territoire. Le réseau a pour 
objectif d'articuler toutes les expressions organisées des SANS : 
sans-toîts, sans-papiers, sans-emploi, sans-droits parce que ce sont ces 
carences, les besoins et les désirs qui donnent les signes d'identité à un 
mouvement qui vise à bannir la précarité au moyen des revendications du 
Revenu Social, des droits sociaux et environnementaux, et la réappropriation 
de la richesse, du temps et du territoire.

Voilà le défi, la formidable proposition d'action que nous vous proposons : 
faire un premier pas en organisant la Marche de Séville en juin 2002 sous le 
slogan : MARCHE DE LA RESISTANCE SOCIALE, en ayant comme point de départ 
quatre revendications de base que nous devons populariser parmi des millions 
de personnes sur le parcours de la marche : Revenu Social Papiers pour 
toutes et tous Egalité des droits pour toutes les personnes Agriculture et 
élevage écologique pour une alimentation saine

Ceci est un pari ferme, de travail continu dans chaque endroit, d'alliance 
entre toute la gauche rebelle et anti-capitaliste, pour lequel nous appelons 
particulièrement les organisations européennes du réseau libertaire à 
participer au débat et à étendre cette proposition d'action. Nous demandons 
aux libertaires vivant et luttant contre l'Etat espagnol un engagement 
organisé contre toutes les précarités en construisant le réseau APOYO MUTUO 
dans chacune des villes ou nous sommes présents.

Juillet 2001 APOYO MUTUO

[Trad. : Jeff]
 _______________________

Notes du traducteur :

1. Le terme espagnol couramment utilisé, "comida-basura" est plus fort, 
littéralement : alimentation-ordure

2. En fait, cela concerne l'Aragon

3. D'euros, pas de pesetas...

4. Un dollar vaut autour de 200 pesetas

5. D'après une définition qui semble faire autorité dans le milieu des 
chercheurs en écologie : "L'empreinte écologique est la surface 
correspondante de terre productive et d'écosystèmes aquatiques nécessaires à 
produire les ressources utilisées et à assimiler les déchets produits par 
une population définie à un niveau de vie matériel spécifié, là où cette 
terre se trouve sur la planète" William E. Rees, Professeur de Planification 
Communautaire et Régionale à l'université de British Columbia à Vancouver.

6. Au sens de développement durable : "un développement est durable s'il 
permet de satisfaire aux besoins des populations actuelles sans compromettre 
ceux des générations futures" d'après une définition courante, c'est-à-dire 
prenant en compte l'économique, le social et l'environnemental.


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