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(fr) Genes : police infiltree par le black bloc ou le contraire

From tlcwebzine@free.fr
Date Thu, 16 Aug 2001 18:09:04 -0400 (EDT)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
            http://www.ainfos.ca/
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Voilà un texte reçu à propos de Gênes, de la paranoïa de l'infiltration 
policière, du rôle de contrôle joué par les Tute Bianche et cie... On l'a 
reçu non signé, on le fait donc circuler comme ça. Il a le mérite de 
répondre aux discours délirants de la gauche dans son ensemble, notamment de 
l'ex nec-plus-ultra de la radicalité, relloké en nouvelle gauche-intello; 
l'avant garde du réformisme radical (?)  (suivez mon regard). Voilà un texte 
reçu à propos de Gênes, de la paranoïa de l'infiltration policière, du rôle 
de contrôle joué par les Tute Bianche et cie... On l'a reçu non signé, on le 
fait donc circuler comme ça. Il a le mérite de répondre aux discours 
délirants de la gauche dans son ensemble, notamment de l'ex nec-plus-ultra 
de la radicalité, relloké en nouvelle gauche-intello; l'avant garde du 
réformisme radical (?)  (suivez mon regard).

tlcwebzine@free.fr

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Genes : La police infiltrée par le Black Bloc… ou le contraire


Ce que les événements de Gênes ont mis en crise c’est l’absurde croyance 
aveugle des classes moyennes envers la démocratie. Ce qui a été remis en 
question à Gênes c’est la pratique de la “gauche de la gauche” (“le peuple 
de Porto Allegre”, la fraction mouvementiste de la social-démocratie, le 
Ministère Européen délégué à la manipulation et au contrôle des “mouvements 
sociaux”) qui consiste à utiliser la révolte réelle des “masses” contre le 
système capitaliste, pour servir dans la guerre inter-impérialiste, 
Socio-Européens contre Libéralo-Américains. L’affirmation gratuite de 
l’infiltration des Black Blocs par la police veut nous masquer les enjeux 
qui ont été posés pendant et depuis Gênes. A savoir transférer le débat, qui 
porte sur le dilemme gestion citoyenne du capitalisme (1) ou transformation 
radicale (révolution ?), sur la question subsidiaire et afférente 
violence/non-violence. Casarini (porte parole des Tute Bianche) a déjà 
tranché, puisqu’il déclare le 22 juillet : “nous devons combattre sur deux 
fronts, contre la répression policière et contre les violents”, évidemment, 
pour lui il s’agit de combattre “démocratiquement” la répression, et 
d’affronter “la fraction violente” à coups de manche de pioche.

Ce sont les Tute Bianche et le GSF qui ont décidé de clouer le mouvement 
dans cette impasse en pratiquant la bonne vieille méthode stalinienne, la 
calomnie, affirmant sans en apporter aucune preuve que les Black Blocs 
seraient manipulés par les services secrets. Ce mensonge a une triple 
fonction :

– disqualifier comme “extrêmement dangereux”, “sujets à toute les 
manipulations” (toujours et partout),  tout ceux qui posent de façon 
radicale et pratique la question du renversement de l’ordre du monde (de 
manière violente ou non-violente) ;

– renforcer la croyance selon laquelle l’action directe auto-organisée 
serait inatteignable : cela serait affaire de spécialistes ou de flics (de 
sujets mythiques, mais en tout cas pas de “tout un chacun”) ;

– ramener l’ensemble des pratiques, et donc des théories, dans le cadre du 
jeu démocratique : les calculs politiciens, la délégation aux leaders. Dès 
le 20 juillet au soir, les “leaders du mouvement” (Casarini des Tute Bianche 
et Agnoleto du GSF) déclaraient qu’ils avaient des preuves irréfutables de 
la collusion entre Black Blocs et police, que ces preuves étaient en lieu 
sûr. Ils dévoilaient une photo et un film vidéo.

– La photo : sept personnes en civil, agressifs, qui gardent le portail 
entrouvert d’une caserne de carabiniers. L’un est armé d’un bâton, un autre 
est casqué (casque de moto) et deux d’entre eux ont le visage masqué par un 
foulard. Il s’agit de carabiniers qui sont sortis en civil pour protéger 
leur caserne au passage de la manif, d’ailleurs les deux foulards sont des 
foulards d’uniforme en dotation chez les carabiniers, facilement 
reconnaissables.

– La vidéo : sur une place tout à fait calme, un type balèse – blue-jean, 
T-shirt noir, un foulard blanc (un bout de drap visiblement) sur le bas du 
visage, un manche de pioche à la main – discute avec un flic en tenue 
anti-émeute. Le premier est un flic en civil, indéniablement. Deux jeunes en 
scooter s’arrêtent à leur hauteur et leur adressent la parole, puis 
repartent. C’est tout ! (2)

Des appels à témoin sont lancés par tous les “leaders” du “peuple de 
Seattle” : il faut à tout prix des preuves, des témoignages, des dépôts de 
plaintes (sic) pour prouver la collusion Black Blocs/police. Tous les 
journaux reproduisent cet appel, les télés s’en font l’écho, des sites 
internet sont ouverts à cette fin. Cette assurance dans le ton et ce 
martelage médiatique ont atteint leur but, ça y est la manipulation des 
“violents” est considérée comme acquise, presque un “fait historique”. Plus 
le mensonge est gros et plus il se pose comme une évidence qui n’aurait pas 
besoin d’être étayée par des faits. Impossible de parler de Gênes avec qui 
que ce soit sans que l’on entende : c’est prouvé, les Black Blocs étaient 
infiltrés. Prouvé par qui, par quoi ? On ne sait pas. Et chacun de raconter 
son anecdote. Pour ma part j’en ai entendu des salées, mais absolument 
jamais une seule de sérieuse. “J’ai bien vu que les première personnes qui 
ont chargé les flics sur la place Kennedy n’étaient pas masquées, c’est bien 
la preuve que c’étaient des flics”, j’imagine que s’ils avaient été masqué 
cela aurait également constitué une preuve. Je suis allé éplucher les 
“témoignages” recueillis sur internet et j’ai remarqué que tous les récits 
faits à la première personne, dès qu’ils abordent la question des 
“violents”, deviennent indirects (on m’a dit que… des gens m’ont dit qu’ils 
avaient vu que… je sais de source sure que… etc.) et généraux (on ne précise 
jamais le lieu ni le moment). Beaucoup, par ignorance, ne décrivent que 
l’activité classique des flics en civil : infiltrer les cortèges pour 
renseigner et éventuellement procéder à des interpellations (j’ai vu des 
flics en civils traverser le rang de flics en uniforme, j’ai vu des flics en 
civil portant des bâtons, etc.). Quand ce n’est pas un mélange des deux : 
“on m’a dit que quelqu'un avait vu des civils charger des bâtons dans un 
fourgon de flic”.

On trouve surtout des délires paranoïaques (3) :

– l’un a vu des casseurs vêtus de noir parler avec un type habillé avec des 
vêtements clairs ;

– plusieurs témoignages font mention de gens habillés en noir qui se cachent 
pour changer de vêtements et se fondre dans la foule ;

– beaucoup s’étonnent que les “casseurs armés jusqu’aux dents” aient pu 
traverser les frontières avec “tout leur matériel”… (oui, toutes ces pierres 
qu’ils ont ramenées d’Angleterre et ces bâtons qu’ils ont taillés dans la 
Forêt Noire !) ;

– plus nombreux encore sont ceux qui, ayant tellement intériorisé leur 
impuissance, trouvent probant que “les violents arrivent à s’en tirer” alors 
que les pacifistes (qui refusent de s’enfuir devant les charges de police) 
se font matraquer ;

– un perspicace a reconnu des “nazi-skin” à leur “crâne rasé”.

On trouve quelques faits troublant, mais assez délirants et très peu étayés 
(en fait des mensonges grossiers), quand on dit des grosses conneries on 
s’arrange pour le faire dans le style indirect (on m’a dit que) :

– “des amis belges m’ont dit avoir vu un groupe de Black Bloc avec des 
transmetteurs et des microphones installés dans leur casque de moto, ils se 
déplaçaient de manière coordonnée après avoir reçu des ordres via les 
transmetteurs…” ;

– “j’ai échangé quelques mots avec un gars du Bici-G8 […] il me dit avoir vu 
des policiers [en uniforme] casser des cabines téléphoniques…” ;

– “des témoins directs ont déclaré avoir vu des Black Blocs parler 
tranquillement avec la police…”.

Des témoignage criant de vérité (mais pas d’intelligence) :

– “pour repartir de Gênes, les trains étaient complètement désorganisés et 
volontairement désorganisés pour augmenter la tension […] il y a eu de 
l’obstructionnisme de la part des cheminots, eux aussi alignés sur la 
stratégie de la terreur…” ;

– [dans le cortège pacifiste, aux abords de la zone rouge] “un jeune homme 
commence à insulter les policiers en allemand. […] Je le regarde dans les 
yeux et je lui demande pourquoi il fait ça. Aucune réponse. Il continue 
imperturbable. […] Il s’éloigne […] Je le suis, lui tape sur l’épaule et lui 
demande comment il s’appelle. Il ne me répond pas […] me dit de ne pas le 
toucher. […] Il s’en va. Toute relation est impossible, il est clair qu’il 
récite un rôle. [… le lendemain] B. me dit “regarde, ce sont des types du 
Black Bloc qui descendent de cette camionnette”. […] Parmi eux il y a le 
type [que j’ai vu la veille], maintenant c’est clair : ce n’est pas un 
manifestant.”

Ce qui me stupéfait c’est que ce vieux tour de passe-passe stalinien 
fonctionne aussi bien, y compris dans “nos” rangs. De nombreux camarades qui 
ont participé aux Black Blocs à Gênes me disent en gros : “il n’y a pas de 
fumée sans feu, si autant de gens l’affirment, cela est certainement vrai. 
Qu’il y ait eu une poignée de provocateurs ne change pas grand chose à 
l’affaire vu que ce sont des milliers de personnes qui ont participé aux 
affrontements”. En dehors de toute considération sur le rôle de la “vérité”, 
ce point de vue me semble dangereux car il ne prend pas en compte le rôle 
stratégique que cette calomnie occupe. Ce mensonge va jouer un rôle 
prépondérant dans les débats qui vont suivre la “fracture de Gênes”, un rôle 
de disqualification à priori de toute prise de position radicale. De plus ce 
mensonge joue un rôle également (et paradoxalement) dans le dispositif 
répressif qui va se mettre en place contre les “violents”. Paradoxalement 
parce que, suivant une étrange logique, si les Black Blocs sont de mèche 
avec les flics il n’y a aucune raison de leur affirmer une quelconque 
solidarité. Sans remarquer la contradiction : si les Black Blocs étaient de 
mèche avec les flics, ils ne subiraient pas la répression. Déjà cette 
logique a servi à mettre en place des instruments de délations, des sites 
internet (“Notre recueil de témoignages et de plaintes sur les violences 
visent autant les forces de l’Ordre que  les groupes d’extrêmistes violents. 
Si nous pouvions aider à mettre en prison ceux qui ont dévasté des rues 
entières de Gênes nous en serions très heureux : les violents sont nos 
ennemis” - Peacelink).

Certains qui, jusqu’à présent, pouvaient passer pour “être du mouvement”, 
ont d’ores et déjà choisi de se positionner contre les “forces du désordre”, 
de rajouter à la confusion en alimentant la calomnie. Par exemple Serge Q. 
qui aurait “remarqué un trio de types masqués, sportifs à la petite 
quarantaine qui s’agitaient beaucoup et que les autres BB, manifestement 
évitaient.”(4) Ce ne serait que bouffon si notre ex-camarade n’était pas 
conscient que ce sont ces genres de saloperies qui ont permis de former les 
pelotons d’exécution tout au long de l’histoire du stalinisme.


Je joins ici quelques éléments afin de comprendre quels sont les enjeux et 
la situation en Italie.

1- Les Tute Bianche Les Tute Bianche ne sont pas des “autonomes”, à moins de 
considérer que Serge July est toujours maoïste et Jospin trotskiste. Ce ne 
sont que (sous diverses appellations) des ex de l’Autonomia Operaia, 
héritiers de la dissociation, ayant virés au gauchisme (type trotskard) dans 
les années 80 et qui, depuis dix ans, pratiquent l’entrisme chez les Verts 
et le PCI (refondation). Une sorte de Gauche Socialiste, un mélange entre 
SOS racisme, Motivé et Droit Devant, pratiquant tant un simulacre d’action 
directe médiatique que l’organisation de méga-concert frites-merguez. Les 
Tute Bianche constituent en premier lieu une très grosse entreprise 
commerciale, avec les plus grosses salles de concert et les plus grands 
débits de boissons du pays (accompagné bien sûr du monopole des substances 
illicites qui se vendent dans leurs “espaces libérés”, libérés de tout sauf 
du rapport marchand). Un “Centre Social” Tute Bianche est un hybride entre 
le Zénith (pour la taille et le SO) et un bar branché de la rue Oberkampf 
(pour les rapports sociaux qui s’y développent), c’ est un lieu auprès 
duquel la moindre MJC de banlieue passerait pour un antre de la subversion. 
Leur énorme richesse financière s’accompagne évidemment d’un système de 
clientèlisme puisqu’elle représente un nombre considérable d’emplois 
salariés.

Les Tute Bianche sont une institution (aux deux sens du terme) elles sont 
complètement imbriquées dans la gauche parlementaire, elles possèdent des 
conseillers municipaux dans certaines grandes villes et font partie de la 
majorité municipale aux côtés de la coalition de l’Olivo (ex-communistes, 
démocrates chrétiens de gauche, verts, centre gauche). Aux élections les 
Tute Bianche appellent à voter PC(refondation).

Les tute Bianche, pour tout ce qui précède et aussi pour leurs pratiques 
staliniennes du manche de pioche à l’encontre des radicaux (5) réussissent à 
faire l’unanimité du mouvement contre elles. Chose intéressante puisque la 
critique de leur crapulerie tend à produire une radicalisation et une 
homogénéisation de l’ensemble du mouvement, dans un espèce de “front du 
refus”. A tel point qu’au rassemblement de Naples en avril, où l’on a vu 
pour la première fois depuis dix ans des assemblées communes autonomes, 
anti-impérialistes et anarchistes (insurrectionnalistes ou non), les Tute 
Bianche on été exclus de la manif.

Ceci étant posé, les Tute Bianche étaient en osmose avec le GSF (un autre 
nom d’ATTAC-international, c’est à dire de l’Internationale Socialiste) et 
elles ont formé un cortège commun avec les jeunesses communistes 
(refondation) et la LCR (6). La “stratégie” de tout ce beau monde était de 
faire massacrer leurs troupes pour se poser en victime devant les caméras et 
ainsi dénoncer la violence unilatérale de l’Etat (“créer du consensus” comme 
dirait le lèche-botte Casarini). Ceci au seul profit électoraliste de la 
gauche qui a intérêt à diaboliser Berlusconi (ponctuellement, car ils 
peuvent être copains comme cochon). Leur illusion a été de penser qu’ils 
allaient pouvoir rejouer l’affrontement simulé (et négocié auparavant avec 
la police, comme ils avaient l’habitude de le faire avec la gauche (7)), 
franchir les cordons de flics par un usage modéré de la force et que ces 
derniers réagiraient avec une violence proportionnée, reconnaissant avec 
fair-play leur défaite (?). L’ “objectif militaire” étant posé, regardons 
maintenant l’objectif politique, le discours. Contrairement à ce que 
beaucoup croient en France, le discours des Tute Bianche n’est en rien 
différent du discours social-chrétien que l’on peut trouver dans Le Monde 
Diplomatique, mélange de démagogie et de bons sentiments : abandon de la 
Dette (on aimerait bien savoir ce que ça va changer pour les prolétaires de 
l’hémisphère sud, que leurs dirigeants s’en mettent encore plus plein les 
fouilles), taxe Tobin et citoyennisme à tout crin. Des conneries du genre 
“les 8 grands qui dirigent la planète et que l’on va influencer”.

2 - Les Black Blocs à Gênes Pour ce qui regarde la fraction radicale, les 
nombreuses discussions préalables ont mis en lumière deux approches 
différentes. D’un côté ceux qui voulaient coller au mouvement et donc 
participer à l’attaque de la “zone rouge”, mais avec du matériel et des 
méthodes adaptées, de l’autre ceux qui pensaient que cela signifiait rentrer 
dans un piège, non seulement militaire mais aussi politique (le capitalisme 
est un échafaudage de rapports sociaux et de dispositifs et non pas 8 chefs 
d’Etat qu’il faudrait changer). Les propositions de porter l’attaque sur 
divers objectifs symbolisant l’Etat et le Capital furent bien accueillies, 
en revanche celle de mettre une raclée aux journalistes a soulevé des 
objections. Tous ont cependant fonctionné solidairement. Le Black Bloc, 
constitué principalement par les étrangers, a rejoint les autonomes et 
anarchistes des Centre Sociaux au lieu où ils s’étaient fixé rendez-vous (à 
midi, place Nuovi) et où nous attendions les trains du Sud Rebelle. Les 
cortèges (1500 des Black Blocs et 2000 des Centres Sociaux) ont fusionné. 
Mais le retard des trains a eu raison de notre patience et après les 
premières banques attaquées les charges de flics (vers 12h 30) ont fait que 
500 d’entre nous se sont perdus sur le front de mer. Ils ont rejoint les 
COBAS (syndicat de base) qui les ont acceptés (malgré quelques tensions) 
dans leur cortège, ont attaqué une caserne, monté des barricades et ont 
réussi à rejoindre la zone-est deux heures après. Durant ce temps, le gros 
de la troupe, poursuivie par la flicaille et des nuages de lacrymogènes est 
parvenue à occuper une zone d’à peu près 1 km2 autour de la Piazza Giusti 
(8) en bloquant un tunnel et en dressant systématiquement des barricades 
partout où cela était nécessaire (9). Alors que nous étions continuellement 
rejoint par de nouveaux groupes de manifestants et des jeunes prolétaires du 
coin (des “casseurs”), une épicerie, un tabac, un magasin d’accessoires de 
moto et une station service (qui n’a pas pu être mises en route pour 
fabriquer des molotovs mais où nous avons trouvé des ballons, ce qui nous a 
permis d’improviser quelques parties de Foot) ont été pillés. Tous les 
édifices administratifs ainsi que les banques ont étés saccagés. Cela 
faisait déjà deux heures que nous combattions et courrions, alors nous avons 
pris quelques répits et pique-niquer (en oubliant de payer l’addition, il 
est vrai). De là, un cortège s’est formé pour partir à l’assaut de la “zone 
rouge”, et un autre pour attaquer la prison, de nombreux camarades restaient 
à l’arrière pour garder les barricades. Après avoir mis les carabiniers en 
déroute, le groupe d’assaillants de la prison a incendié le bâtiment 
administratif puis a été obligé de se replier vers l’Ouest, les renforts de 
flics ayant réussi à le couper de sa base arrière. Il s’est donc retrouvé 
dans la zone dévolue aux pacifistes où les flics l’ont poursuivi. Finalement 
il s’est dissous pour revenir, “en civil”, vers la Piazza Giusti. Vers 16h 
les affrontements se concentraient au sud-est de “notre” zone (Corso Torino, 
Piazza Alimondi) où luttaient au coude à coude, Black blocs, autonomes, 
anarchistes, racailles et Tute Bianche de base (au grand dam de leurs 
chefaillons qui courraient partout en tentant désespérément d’arracher les 
pierres et les bâtons des mains de “leurs” petits soldats). Cette bataille a 
débuté vers 15h et a duré plus de trois heures, les flics en ont pris pour 
leurs grades, plusieurs fois ils ont dû battre en retraite, laissant des 
fourgons à la proie des flammes… pour s’achever par l’assassinat de notre 
compagnon Carlo (à 17h30). Il n’y a rien à raconter sur ce fait que vous ne 
sachiez déjà.

Ensuite ce fut l’amère défaite…


En guise de conclusion Aujourd'hui en Italie, la rupture entre tenant de la 
participation citoyenne au capitalisme et mouvement radical est consommée. 
Alors que les "de gauche" continue leur œuvre de criminalisation, la 
principale activité actuelle du mouvement s'est recentrée sur la solidarité 
avec les emprisonnés de Gênes. La campagne de diabolisation du Black Bloc 
n'a pas fonctionnée puisqu'anarchiste et autonomes travaillent ensemble 
contre la repression. à Venise, les Tute Bianche ont d'ores et déjà attaqué 
à coups de manche de pioche un stand de solidarité. Pas de doute, qu'en 
France aussi les débats vont être apres. Il doit être clair que la rupture 
est inévitable à très court terme, autant "la gauche de la gauche" a 
l'intention de donner toujours plus de gages de respectabilité au Pouvoir, 
autant il est exclu que le mouvement radical se contente du rôle de 
mercenaire au service du jeu politicien. La seule question est de savoir 
dans quel camps chacun va se ranger. Qui d'entre les soi-disant 
"anti-capitalistes" va considérer que sa tâche prioritaire est de déclarer 
la guerre aux subversifs ?


Notes :

(1) Pour une documentation plus complète, cf. les débats en cours sur 
http://web.tiscalinet. it/anticitoyennisme

(2) Cf., dans Le Monde du 24 juillet, un article qui tourne en dérision 
cette conférence de presse.

(3) toutes les citations qui suivent sont extraites d’un recueil de 
témoignage trouvé sur italy.indymédia.org, site proche des Tute Bianche, je 
n’en ai omise aucune.

(4) Dans un texte “Les multiples visages de la révolte globale et la face 
assassine de Big Brother”, où il fait l’apologie des Tute Bianche, dont il 
aime “la façon de faire respecter leurs propres principes en respectant ceux 
des autres”. Il doit surtout apprécier leurs appels à la délation et leurs 
pleurnicheries sur la trahison de la gauche. Lire à ce propos le texte 
“Répression et géométrie euclidienne”, traduit et diffusé par Serge Q. sur 
samizdat.org.

(5) A Gênes, l’année dernière, les Tute Bianche ont chargé le cortège qui 
s’affrontait avec les flics, sans parler des escarmouches quasi quotidiennes 
ni de la violence débile que peuvent déployer ces “militants” quand ils 
accomplissent leur tâche habituelle c’est à dire celle de videurs de 
concert.

(6) Sud Ribelle par contre a refusé de fonctionner avec les Tute Bianche, 
ainsi que la grandes majorité des Centres Sociaux italiens. Les autonomes 
n’ont plus aucuns rapports avec ces gens-là. Voir le communiqués, du Ska de 
Naples, du 25 juillet où ils affirment “nous sommes tous des Black Blocs” ce 
qui est le contre-pied des Tute Bianche qui eux réclament à grands cris 
l’arrestation des “casseurs” et déplorent la faiblesse de la répression à 
leur encontre.

(7) “Quand à l’intérieur des régimes démocratiques se manifestent des 
mouvements collectifs de contestations, un quota de violence est 
physiologique et constitue un coût incontournable. Il s’agit de décider si 
il faut le réprimer de manière indiscriminée, ce quota, au risque de 
radicaliser la violence et de l’étendre ; ou alors justement “de la 
contenir”. […] Au cours d’une réunion à la préfecture d’une ville du Nord, 
les responsables de l’ordre public et certains leaders du mouvement [des 
Tute Bianche] discutèrent pointilleusement et enfin convinrent 
minutieusement tant du trajet que de la destination finale du cortège. Et 
nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il y avait une limite, 
matérialisé par un numéro de rue, atteignable avec le consensus des forces 
de l’ordre, et un autre point délimité par un autre numéro de rue plus 
élevé, non “consenti”, mais “toléré”. L’espace entre ces deux lignes 
imaginaires - une centaine de métres - fut ensuite le “champs de bataille” 
d’un affrontement non sanglant et presque entiérement simulé (mais il 
n’apparaissait pas ainsi sur les retransmissions télévisées) entre les 
manifestants et la police”. In La repubblica du 14 juillet 2001, interview 
de Luigi Manconi, ex reponsable du SO de Lotta Continua, porte-parole des 
Verts jusqu'en 2000, actuellement sénateur du Centre Gauche et sociologue.

(8) Contrairement aux Tute Bianche, les radicaux ont évité de pénétrer au 
cœur du dispositif policier (la zone orange) sans assurer leurs arrières.

(9) D’après un ex-camarade (Serge Q.), dresser des barricades et répondre 
aux lancers de grenades lacrymogènes envoyées à tirs tendus par des jets de 
pavasse serait “tomber dans le piège de la violence spectaculaire”.



on peut télécharger ce texte au format rtf :
http://tranquillou.free.fr/glob/down/lapoliceinfiltree.rtf

Guerre de klasses et bande passante
http://tranquillou.free.fr/


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