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(fr) Le monde libertaire 1238 en ligne et article Mujeres libres

From "monde libertaire on line" <acratie@multimania.com>
Date Tue, 17 Apr 2001 11:42:04 -0400 (EDT)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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Le Monde libertaire n°1238( 29 mars au 4 avril 2001 )
est en ligne vous pouvez le trouver sur :

http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1238/index.html
 Dans ce numéro, entre autres
 facs à vendre
 Manifestation des étudiants de Metz sur le pavé de
Paris
 Montpellier : Un mois de grève pour l'université
Paul-Valéry
 Débattre sur l'unité du mouvement libertaire
 Unité ! - Appel pour un mouvement libertaire : Le
chemin se trace en marchant !
 Les sages-femmes dans la rue
 Squat : La trêve d'hiver s'achève par une nouvelle
ouverture !
 SNCF : Le printemps 2001 comme l'automne 1995 ? 
Mobilisation à Perpignan : La justice s'acharne sur
les sans-papiers
 Bush succède à Clinton : La politique de la matraque
continue !
 Communiqué de l'IFA sur les sans papiers de
Montpellier
 Solidarité contre la guerre en Tchétchénie : l'action
continue « Nous allons montrer que le PCF a entendu le
message »
 Note de lecture : La Cecilia
 
Et ci-dessous l'article sur le mouvement espagnol
Mujeres libres

  Pour un humanisme intégral
 
Les groupes féminins dérangent souvent dans les
milieux anarchistes, comme si l'existence de groupes
sexués mettait au grand jour des dysfonctionnements.
il en est même que l'on a complètement relégué dans
les poubelles de l'histoire et qu'il est encore
téméraire de vouloir exhumer de nos jours.

 Ainsi en est-il des femmes libertaires de la
révolution espagnole, l'histoire sociale ayant
bizarrement omis de leur rendre hommage.

Ces militantes, à l'avant-garde de leur époque, ont
pourtant contribué à la construction de la société
libertaire espagnole de 1936 à 1939. Elles ont eu un
rôle fondamental dans la formation sociale de leurs
compagnes, elles ont encouragé les femmes à secouer le
joug de la soumission atavique, en dénonçant les
fondements même de l'organisation sociale : le
patriarcat.

Elles ont milité pour un « humanisme intégral »,
contre un patriarcat qui n'est pas une situation
naturelle, inhérente au genre humain mais une
conjoncture d'abus de pouvoir, une situation
pathologique qui dessert les deux sexes, autant celui
qui opprime que celui qui est opprimé.
Extraordinairement en avance sur leur temps, elles
analysent les mécanismes éducatifs qui poussent les
êtres à légitimer les rapports de domination et
l'usage de la force. Elles militent d'abord à
l'intérieur des organisations libertaires (CNT et
FAI), au coude à coude avec leurs compagnons, puis, en
désespoir de cause, parce que leurs propres compagnons
ne veulent pas ou ne peuvent pas les comprendre, elles
fondent leur propre mouvement.

Les femmes de « Mujeres Libres » ne veulent pas qu'on
les classe parmi les féministes. Elle se présentent
seulement (si on peut dire) comme des femmes
libertaires, regroupées entre elles.  Elles ne
défendent pas la « parité » (au sens où on essaie de
nous la faire avaler aujourd'hui, dans la
collaboration aux institutions de pouvoir), ni le
matriarcat, elles aspirent à une véritable équité hors
de tous les pouvoirs, c'est en cela qu'elles sont
anarchistes. Les fondatrices du mouvement répètent
sans trêve aux femmes que leur devoir premier de
femmes et de mères est de s'émanciper de toute
tutelle, de collaborer à la création de la nouvelle
société, de participer à la lutte auprès de leurs
compagnons. Pour éduquer leurs enfants hors des
schémas ancestraux, elles doivent d'abord et de toute
urgence s'éduquer, s'instruire et se former
professionnellement elles-mêmes, entre elles. La tâche
essentielle du mouvement Mujeres Libres sera
d'éduquer, d'instruire et de former des femmes en
majorité analphabètes et sans qualification
professionnelle.  L'originalité de Mujeres Libres
Mujeres Libres est d'abord une revue fondée à Madrid
en mai 1936 par trois femmes instruites : Mercedes
Comaposada, Amparo Poch et Lucía Sanchez Saornil.
Instigatrices du mouvement, militantes syndicalistes
engagées, elles savent d'expérience que pour libérer
les femmes de leur condition d'esclave, il ne faut
rien attendre du mouvement libertaire dans son
ensemble où leurs revendications spécifiques ne sont
pas entendues.

  Elles se regroupent, dès les premiers jours de la
révolution, au niveau national en une organisation
fédérale, calquée sur le syndicat libertaire quant aux
modalités de fonctionnement, mais spécifiquement
féminine. Elles savent qu'elles ne parviendront à
aider leurs compagnes à se libérer du joug de
l'éducation qu'au prix de leurs propres efforts.

Des femmes de Catalogne, de Valencia de Guadalajara se
joignent à elles et ainsi, en septembre 1936 elles
fondent officiellement la Fédération de Mujeres
Libres. Au début elle ne compte que quelques centaines
d'affiliées. Malgré la guerre, elle atteint le chiffre
d'environs 20 000 cotisantes en 1938, dans la zone
républicaine. (Il ne faut pas oublier que plus de la
moitié du territoire était occupé par les troupes
nationalistes). 170 groupes locaux sont créés dans les
villes et les villages de toute l?Espagne
républicaine, le plus grand nombre en Catalogne,
ensuite le Centre, puis Aragon, Valencia et
Andalousie.

  Construire la société libertaire 

L'originalité du groupement Mujeres Libres est de
n'être ni à la solde ni impulsé par aucun parti ou
syndicat comme le furent les groupements de femmes
manipulés et soutenus par le Parti communiste, les
Catalans ou le Parti socialiste. Sa création
résolument « en dehors », incomprise par les militants
anarchistes et même par certaines femmes, lui coûta la
désapprobation des trois autres branches du mouvement
libertaire qui lui refusèrent officiellement leur
appui, leur intégration au sein du mouvement
libertaire et souvent les finances nécessaires à mener
à bien leurs actions.

Pour Mujeres Libres peu d'aide du mouvement libertaire
et encore moins d'aide de l'État (alors que les
groupements des autres femmes antifascistes en
bénéficiaient largement). Tout ce que ces femmes ont
créé elles ne le doivent qu'à elles-mêmes, à la force
de leur conviction et de leur investissement dans la
création de la société libertaire. Elles ont donné
sans compter trente mois de leur vie et elles disent
encore aujourd?hui, à quatre-vingt ans passés, que ce
furent les meilleures années de leur vie.

La Fédération Mujeres Libres se revendique comme une
organisation anarchiste à part entière. Elle a pour
objectif « de libérer les femmes du triple esclavage
qui les soumettait : leur propre ignorance, leur
condition de femmes et leur condition d'ouvrières ».
Elles prennent en charge en commun les enfants,
ouvrent des réfectoires collectifs, des crèches, pour
pouvoir se libérer des tâches domestiques. Elles
savent rapidement que la guerre allait durer et qu?il
faudrait tôt ou tard remplacer les hommes dans
l?industrie de guerre, tout en assurant le
fonctionnement de tous les secteurs de l?économie.
Elles tentent de venir à bout de la prostitution.
C'est tout cela que nous révèle l'ouvrage collectif «
Mujeres Libres ». Des femmes libertaires en lutte. Il
regroupe des textes d'époque et des témoignages de
femmes ayant participé à une saga inédite : trente
deux mois de vie dans une société libertaire en
construction. Ce livre témoigne des réalisations
fantastiques de ces femmes grâce à qui de nombreux
secteurs collectivisés purent continuer à fonctionner
pendant 32 mois, malgré la guerre qui amena sur le
front presque tous les hommes valides, les militants
les plus actifs et aussi beaucoup de femmes, malgré
les attaques des staliniens destructeurs acharnés de
la liberté, malgré les efforts de la bourgeoisie
républicaine qui ne pouvait accepter l'avènement du
Monde Nouveau inauguré le 19 juillet 1936. De nombreux
ouvrages racontent tout cela bien mieux que je ne
saurais le faire. Il manquait encore la version
féminine de ces événements, avec cette Mémoire vive de
femmes libertaires dans la révolution espagnole voilà
une lacune en partie réparée.  Des questions qui
appellent toujours des réponses Petites mains de la
révolution, nos compagnes espagnoles ont réalisé de
grandes choses sur le chemin de la libération des
êtres humains, avec un coeur grand comme ça et un
courage à la mesure de leur convictions. À
l'avant-garde de leur époque, elles ont remis en cause
la place atavique de la femme dans la société, elles
ont posé des questions dérangeantes auxquelles nous
tentons encore de donner une réponse 65 ans plus tard.
Militantes indéfectibles, fidèles à leur idéal d'amour
et de justice, elles ne voulaient pas que leur vie
s'achève sans laisser un témoignage écrit de ce qui a
constitué la période la plus exaltante de leur vie.
Elles ont presque toutes été des ouvrières
autodidactes, et non des professionnelles de
l'écriture, leur témoignage n'en est que plus
authentique. Je vous invite à en goûter la simplicité
et la saveur en lisant les pages que Sara Berenguer a
patiemment rassemblées et que nous avons mises en
langue française pour que vous puissiez être nombreux
à en prendre connaissance.

 Jacinte Rausa
 
Mujeres Libres. Des femmes libertaires en lutte.
Ouvrage collectif. Éditions du Monde libertaire.
Collection L@s Solidari@s - 80F.

 Pour avoir une idée de ce qu'a pu être la vie de ces
femmes hors du commun on peut lire aussi les
biographies de Sara Berenguer et de Pepita Carpena
deux militantes catalanes de Mujeres Libres. (Dans la
collection « Graine d'Ananar » Ed du Monde
libertaire).

--- http://www.federation-anarchiste.org -------------


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