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(fr) Métro c'est trop ! Première grève dans le métro à Rennes avec la CNT

from worker-a-infos-fr@lists.tao.ca
Date Tue, 7 Mar 2000 07:10:47 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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Du mardi 25 janvier au mercredi 3 février 2000, la
grève victorieuse des ouvriers de la société COGIFER
(1), oeuvrant à la construction du métro rennais
(VAL), a marqué significativement le mouvement social
de région. Elle fut en effet la première grève sur ce
chantier d'importance (3e chantier public français)
débuté il y a un an. Elle constitue le premier conflit
depuis de nombreuses années dans le bâtiment en
Bretagne, elle est en outre la première grève menée
avec l'appui décisif de la seule CNT, dans ce secteur
particulièrement difficile et sinistré socialement, où
la présence syndicale (0,2 %) est presque nulle.

Au-delà des résultats obtenus par les ouvriers, ces
éléments montrent à eux-seuls l'importance de
l'événement pour l'organisation syndicale CNT, et en
particulier pour le syndicat du bâtiment SUB-TP 35,
qui s'enrichit ainsi de sa première grève, mais aussi
et surtout pour l'ensemble des ouvriers de la branche
qui redécouvrent enfin dans la lutte, dignité et
volonté de vaincre.

Préliminaires

Une grève ne saurait être victorieuse sans une
préparation attentive, sans une volonté militante des
protagonistes, sans que les conditions nécessaires à
son déroulement ne soient réunies.

Depuis octobre 99, des ouvriers de la COGIFER, dont
l'un avait quelques sympathies pour la CNT, prirent
contact avec notre syndicat afin de nous faire part de
leurs mauvaises conditions de travail, du mépris de
l'encadrement à leur encontre, avec le désir encore
flou de constituer une section syndicale sur le site.
En effet, il n'y avait à ce jour aucune présence
syndicale sur le métro à l'exception d'un délégué du
personnel, chef de chantier. Les militants du bâtiment
du STIV-CNT déjà préoccupés de la situation sur le VAL
depuis de nombreux mois, avec l'ensemble de la CNT,
accueillirent ces camarades, afin de les aider et de
répondre efficacement à leur demande. Après plusieurs
rencontres à nos permanences, et la venue de camarades
du SUB de Paris, une première assemblée générale se
tint le 20 décembre afin de discuter des problèmes
rencontrés et de trouver ensemble une réponse
appropriée. Une première liste de revendications
étaient avancée, signée « collectif ouvrier COGIFER »,
qui informa la direction de l'entreprise. Lors de
cette AG, l'idée de la grève était abordée. Il était
décidé, à la veille des fêtes, de se donner le temps
pour la réflexion et pour permettre aux camarades de
contacter l'ensemble des ouvriers du site. Une
pétition circulait pour recueillir l'adhésion au
principe de la grève. Les contacts étaient maintenus
entre nos camarades de la COGIFER et notre syndicat.
La CNT de son côté rassemblait l'information juridique
nécessaire pour la création d'une section d'entreprise
et pour la conduite d'un prochain conflit. Dès lors
nous nous préparions à la grève.

Début janvier, il a été convenu, à notre initiative,
d'organiser une seconde assemblée des ouvriers de la
COGIFER afin de confirmer ce qui avait été exprimé fin
décembre. 5 camarades de la COGIFER constituaient une
section syndicale CNT, enregistrée à l'inspection du
travail et présentée à la direction de l'entreprise.
Le 19 janvier, l'assemblée générale qui réunit 31
ouvriers (dont 1/4 d'immigrés) sur 45 signataires pour
62 salariés de l'entreprise (encadrement compris) vota
après débat, à l'unanimité l'appel à la grève pour le
25 janvier à 10 heures. Elle établit définitivement la
liste des revendications en 8 points. Elle désigna 3
délégués, dont 2 membres de la CNT, pour la
négociation avec la direction.


Les revendications

Les 8 points développés dans la charte revendicative
qui exigent l'application de la loi et affichent des
revendications salariales en disent suffisamment long
sur les conditions de travail qu'endurent les gars sur
le chantier, sur le niveau extrêmement bas des
salaires 6100 F brut sur le non respect des
conventions collectives et l'application de la loi sur
les 35 heures signée en août 98 : 

-> élection de représentants du personnel et de
délégués CHSCT sur le site de Rennes
 
-> reclassification des postes de travail 

-> 35 heures payées 39 

-> respect des normes d'hygiène et de sécurité 

-> prime d'insalubrité de 10% du taux horaire 

-> prime de rendement de 3000 F par trimestre 

-> application des conventions collectives 

-> aménagement des bungalows 


La grève LE VAL AVANCE, LE SOCIAL RECULE

Le 25 janvier 2000 à 10 heures l'ensemble des ouvriers
de la COGIFER, à l'exception d'une équipe venues des
VAL de Lille, affectée au béton, se rassemble à une
station du métro, l'occupe et cesse le travail. Une
délégation est reçue par la direction qui rejette d'un
revers de manche les revendications et refuse toute
négociation. Le médias sont immédiatement informés du
début de conflit et accourent sur le chantier. Dès le
soir les télévisions régionale et locale informent que
la première grève du VAL vient d'éclater. C'est
l'événement !

Les grévistes devant le refus de la direction décident
de changer de station et bloquent un points
névralgique ; la station qui reçoit le béton. Le
chantier du VAL est paralysé. Les négociations
reprennent.

Des assemblées générales se tiennent tous les matins à
l'arrivée des grévistes vers 8 heures, avant le départ
de la délégation et au retour de celle-ci en fin de
matinée. Les grévistes suivent en direct, par
portables, le cours des négociations. Une caisse de
grève est ouverte. Des équipes sillonnent la ville
pour recueillir des fonds et distribuent des tracts.
Un point presse sur le chantier est organisé par les
grévistes pour accueillir les journalistes qui suivent
jour après jour le déroulement du conflit.

25 à 35 grévistes sont présents quotidiennement au
piquet de grève, aidés par 4 ou 5 camarades du STIV,
casque sur la tête. Des braseros sont allumés, des
repas organisés. Malgré le froid (en dessous de zéro)
le moral est excellent. Les ouvriers sont déterminés
et unis derrière leurs délégués. A noter qu'à chaque
délégation qui dure 3 à 4 heures chaque jour, parfois
la journée entière, 2 à 3 grévistes, à tour de rôle,
accompagnent les délégués et assistent à la
négociation avec la direction. Ce qui la fait hurler !

De leur côté les militants du STIV (6 à 8 personnes)
de 8 heures du matin jusqu'à tard dans la soirée se
relaient pour assurer la logistique et l'information
juridique indispensable pour la négociation. Collages
et diffusions de tracts sont effectués
quotidiennement. Un appel à la solidarité est lancé en
direction des centrales syndicales réformistes, à
l'ensemble du mouvement libertaire et auprès de la
population.

Au troisième jour de grève, le 27, la direction semble
lâcher du lest en accordant un affichage des
conventions collectives simple application de la loi ,
une prime individualisée et propose de clore le
conflit par un accord. Les délégués quittent la table
des négociations. L'assemblée à l'unanimité rejette en
bloc les « avancées » de la direction.

Le coup de la direction Alors même que la direction
semblait faire quelques concessions à la délégation,
les grévistes sur le site apprenaient que des
intérimaires étaient envoyés à leur place pour faire
le boulot. Les délégués aussitôt avertis rompent les
négociations.

Pendant que des équipes de grévistes vont à la
rencontre des intérimaires pour leur faire cesser leur
sale boulot, le mouvement des chômeurs et précaires en
lutte de Rennes par solidarité et sur les indications
de la CNT, occupaient les agences d'intérim employant
les jaunes. Au bout de quelques heures, les
intérimaires cessaient le travail, et 2 agences
rompaient le contrat avec COGIFER. Des intérimaires
par solidarité firent don d'une heure de leur salaire
aux grévistes.

La CNT dénonça la provocation de la direction et
déposa un recours pour délit d'entrave auprès de
l'inspection du travail. Le dossier de celui-ci
commence à s'épaissir sur le cas COGIFER ! La
direction refuse maintenant de nous revoir. La grève
continue.

La CFDT pointe son nez Cependant MATRA, maître d'
uvre, nous fait savoir que COGIFER est allée un peu
loin, et souhaite que le conflit cesse au plus tôt.
Par ailleurs, le maire de Rennes, Edmond Hervé,
inquiet sans doute que son joujou pharaonique se
grippe, laisse entendre qu'il serait prêt à nous
revoir. De bons signes pour les grévistes ! On sent
que ça branle dans la direction de COGIFER.

C'est à ce moment que nous voyons arriver sur le
chantier la CFDT et ses permanents. Deux grévistes ont
en effet adhéré subitement à la CFDT, inquiets, car «
la CNT n'est pas représentative » ! Une discussion
vive s'engage avec les permanents CFDT qui tentent
vainement de nous faire « suspendre » le mouvement,
nous encourageant à poursuivre la lutte sur le seul
terrain juridique, au chaud dans leurs locaux. Les
grévistes rejettent unanimement cette tentative de
dévoiement de la grève et décident de se réunir le
soir pour faire le point dans les locaux de la CNT !
D'autant que nous apprenions, par hasard en
téléphonant à la mairie, qu'un permanent CFDT avait
pris rendez-vous avec le maire, et en privé s'il vous
plait, à propos de la COGIFER, sans consulter
l'assemblée des grévistes. L'assemblée générale
condamna ce comportement irresponsable,
bureaucratique, qui sent la magouille. Les permanents
CFDT seront virés du chantier et n'assisteront pas aux
AG. L'entrevue avec le maire n'aura jamais lieu.
Parallèlement le seul délégué CGT parisien, frais et
repas payé, avec la direction, se présente au cours
d'une négociation et tente sans succès de nous faire
céder par « réalisme ». 

La médiation Les grévistes font appel à l'inspection
du travail pour une médiation, la direction refusant
toujours de nous recevoir. La direction tente alors de
nous déstabiliser en faisant intervenir la chambre
patronale du bâtiment et ses conseillers. Nous
refusons de siéger en leur présence et quittons la
table des négociations. L'inspecteur du travail
enregistre les faits. Finalement, la direction cède et
retire ses conseillers patronaux. Les négociations
reprennent le mardi 2 février, toute la journée. A 15
h 30 un accord semble être trouvé. Le document de fin
de conflit est signé par nos délégués ainsi que par le
représentant CGT, qui est revenu à la demande de la
direction, et qui , à l'oreille de notre délégué
syndical, lui assure qu'"il a des visées" pour lui à
Paris ! c'est le gag ! Le soir c'est la fête !

Le mercredi matin à 8 heures se tient une dernière AG
pour clore le conflit. Cependant une discussion animée
s'engage sur un des points de l'accord qui reste flou
et mal formulé. En effet un amalgame est fait entre la
reclassification et l'augmentation de salaire, point
sensible que les délégués, épuisés, n'ont pas relu.
L'AG reconduit à l'unanimité ses délégués et décide de
les accompagner tous ensemble à la direction pour
additif. La direction cède. Satisfaits les grévistes
décident la reprise du travail.


Ils ont obtenu

A l'exception de la prime d'insalubrité : 

-> élection de représentants du personnel en mai 

-> reconnaissance de la section syndicale CNT et
confirmation de son délégué jusqu'en mai, auquel sont
associés deux autres délégués choisis au cours de la
grève 

-> reclassification des postes de travail, effective
dès février. Ce qui fait en moyenne une augmentation
de 350 F pour l'ensemble du personnel 
une augmentation salariale de 3F/heure, correspondant
au salaire différentiel 35/39 

-> une prime de rendement qui sera distribuée
équitablement au sein des équipes, mais dont le
montant n'est pas encore chiffré (fin février). Le
combat continue sur ce point ! 

-> l'application stricte des normes d'hygiène et de
sécurité avec visite de l'inspection du travail (3
visites déjà effectuées !) 

-> aménagement des bungalows et affichage des
conventions collectives 

Il va sans dire que les ouvriers de la COGIFER et leur
section syndicale CNT vont restés vigilants sur
l'application des accords signés. Par ailleurs,
n'ayant pas obtenu dans le cadre de la loi sur l'ARTT,
les 35 heures payées 39, nous entamons prochainement
une procédure prud'homal pour son application, qui
concernera toute l'entreprise et ses 900 ouvriers en
France !

La lutte continue L'exemplarité de cette grève, dans
ce secteur particulièrement difficile, la nouveauté
que fut l'émergence de la CNT dans ce conflit et
l'accueil chaleureux que nous avons reçu de la part
des camarades de la COGIFER ont démontré qu'il était
possible de mener à bien un travail syndical, malgré
nos faibles moyens et la maigreur de nos troupes. Ceci
est encourageant et porteur d'espoir ! Nous
reviendrons sur ce conflit, car de nombreux
enseignements sont à tirer. Ensemble nous continuerons
le combat.



Salutations anarcho-syndicalistes


SUBTP 35

[Extrait du Combat Syndicaliste de mars. http://www.cnt-f.org/cs/]
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