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(fr) Russie : Tout pour le pouvoir

from worker-a-infos-fr@lists.tao.ca
Date Wed, 1 Mar 2000 03:30:07 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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Le 31 décembre 1999, les habitants de la Russie ont
reçu un beau cadeau de Nouvel an : le Président
Eltsine, qui signalait encore quelques heures
auparavant son intention de rester au pouvoir jusqu'en
été 2000, s'est brusquement retiré et a donné les
pleins pouvoirs à son Premier ministre Poutine.
Jusqu'à présent, il est difficile de savoir si Eltsine
a vraiment compris ce qu'il a fait en démissionnant et
dans quelle mesure il était libre de ses actes. En
fait, cela est plutôt secondaire, l'important, ce sont
les circonstances politiques qui ont produit et
accompagné ce nouveau tournant de l'histoire russe.

Aujourd'hui, plus de six mois après la nomination de
Poutine au poste de Premier ministre, il est clair que
ce changement de pouvoir a été préparé depuis le début
et planifié dans le dos de l'opinion publique russe,
qu'il a été menée à bien de manière conséquente et
qu'il est lié très étroitement à la nouvelle guerre de
Tchétchénie.

Au Printemps 1999, un impeachment contre Eltsine
échoue au Parlement, mais son pouvoir est de plus en
plus vacillant : les informations au sujet de la
corruption de la famille Eltsine et de son entourage
le plus proche se font toujours plus insistantes et
les scandales prennent des proportions
internationales. Dans la presse russe et
internationale, on parle continuellement de millions
volés, de palais à l'étranger, etc. Les gouverneurs,
véritables princes régionaux, sont de plus en plus
réticents. Et lorsqu'Eltsine limoge le procureur
général qui s'occupe des affaires de corruption,
ceux-ci ne veulent pas entériner cette décision. La
popularité du maire de Moscou Louchkov grandit à
mesure qu'il critique violemment et à haute voix la
corruption (naturellement, pour son seul intérêt
politique). Dans cette situation, l'entourage et la
famille d'Eltsine cherchent désespérément un
successeur possible qui pourrait leur donner quelques
garanties de sécurité. Le Premier ministre Primakov -
le "vieux renard" - n'est pas très fiable et est
relevé de ses fonctions. Mais le nouveau Premier
ministre Stepachine ne jouit pas non plus de la
confiance du clan au pouvoir.

Lorsqu'Eltsine nomme soudainement Poutine au poste de
Premier ministre et comme son successeur, on comprend
mal comment il va, selon ses propres voeux, parvenir à
: « changer la configuration politique toute entière
». En effet, Poutine est peu connu et le fait qu'il
soit désigné comme le successeur d'un Eltsine
extrêmement impopulaire le rend lui-même impopulaire.
Ses chances à la présidentielle apparaissent comme
irréelles. D'autant plus que les "princes"
d'opposition organisent une coalition puissante autour
de Primakov et Louchkov. Seul un miracle peut sauver
la clique d'Eltsine.

Ce miracle est alors organisé en quelques semaines et
modifie radicalement la configuration politique. Après
des combats au Daghestan, contre des élites
d'opposition unies sous la bannière de l'Islam et
jouissant du soutien de certains groupes tchétchènes,
plusieurs maisons d'habitation, à Moscou, Volgodonsk
et Bouniaksk, explosent provoquant des centaines de
morts et de blessés. Bien qu'aucun des groupes armés
tchétchènes ou islamistes ne revendique ces actes
insensés, qu'aucune preuve n'existe concernant
l'identité de leurs auteurs et que personne ne soit
arrêté, le pouvoir attribue ces actes aux Tchétchènes
et déclenche, ainsi, une hystérie anti-caucasienne et
nationaliste sans précédent. Sur toutes les chaînes de
télévision, dans toute la presse, dans tous les partis
et chez tous les politiciens, on entend : « Vengeance
et guerre ! Mort au terrorisme ! Les Caucasiens dehors
! ». Razzias et les déportations commencent et les
sondages d'opinion montrent que, contrairement à la
première guerre de Tchétchénie, la majorité de la
population soutient d'éventuelles opérations de
guerre. 

Alors, Poutine lance la guerre. Cela le rend
extrêmement populaire en quelques semaines. C'est la
première fois depuis plusieurs années que le
gouvernement et le pouvoir jouissent d'une telle
confiance et d'un soutien aussi large et unanime dans
la société. C'est qu'il ne s'agit pas simplement d'une
guerre contre la Tchétchénie : après une décennie
d'humiliation nationale des Russes, l'Empire répond.
Comme le déclare ouvertement un des oligarques les
plus puissants, connu pour les privatisations qu'il a
menées et pour son cynisme : « la Tchétchénie en tant
que telle n'est pas importante ; là-bas, dans le
Caucase, c'est la restauration de la glorieuse armée
russe qui se passe et s'y opposer, c'est de la haute
trahison ». Aucun politicien ne se risque à dire quoi
que ce soit contre cette guerre. Tous nagent avec le
courant bien qu'ils comprennent que dans l'affaire,
certains perdent ainsi leurs chances électorales. Car,
seul reste sur le devant de la scène, le Rambo russe,
l'homme de la loi et de l'ordre, le sauveur de
l'honneur de la Russie, hier inconnu, aujourd'hui
favori de tous : POUTINE.

Dans ce contexte, les élections législatives de
décembre 1999 sont des élections de guerre. Les listes
et les partis qui soutiennent Poutine gagnent
largement (on parle aussi de falsification des
résultats, mais cela est une autre affaire). Les
groupes dominants voient les résultats comme un
plébiscite pour leur candidat. L'homme qui leur donne
toutes les garanties qu'ils garderont entre leurs
mains le pouvoir et les richesses, cet homme devient
le favori du moment. Donc Eltsine peut s'en aller.

La Russie est maintenant gouvernée par un homme qui a
bénéficié de ce plan, et dont le rôle dans son
organisation est loin d'être clair. Il faut souligner
que le nouveau chef de l'État russe est issu de la
police secrète FSB, qui a succédé au fameux KGB. Lors
de la journée des employés du FSB, en décembre, il a
déclaré ouvertement qu'il se considérait comme le
représentant de cette autorité au sein du
gouvernement. Certes, on peut penser que c'est un
discours de circonstance, mais chacun sait en Russie
que les relations qui se nouent dans ce milieu de
bourreaux restent vivaces pour toujours. D'ailleurs,
on trouve dans les médias des suppositions selon
lesquelles les attentats ont été organisés par les
services secrets russes. Une information (très vite
étouffée, il est vrai) a révélé que, dans la ville de
Riasan, la police a surpris des gens du FSB qui
installaient des explosifs dans un immeuble
d'habitation. Ceux-ci ont pretexté qu'il s'agissait
d'un entraînement. De toute façon, les démocrates
russes ont montré plusieurs fois par le passé qu'ils
ne craignent pas les fusillades sanglantes et les
meurtres de sang froid...

Poutine a les meilleures chances de gagner les
présidentielles et de gouverner avec la majorité
parlementaire et sociale. Ce qui reste est une
tristesse et un étonnement profonds, devant la
crédulité des hommes et femmes qui se font manipuler,
votant toujours et encore pour les politiciens, les
partis et les projets qui détériorent encore plus la
situation des petites gens et qui ne laissent qu'une
seule issue : compenser cette détérioration par des
réponses encore pires. En Russie, le nationalisme, le
darwinisme social, le fascisme et le libéralisme
moderne vont de pair actuellment. Le capitalisme ne
rime pas seulement avec masochisme social.

Vadim (Moscou) 
Merci à Stef et Ch. E. pour la traduction

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