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(fr) Insoumissions

From lulurev@club-internet.fr
Date Wed, 28 Jun 2000 16:00:37 -0400


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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[En France, le service militaire est suspendu, l'armée
devenant professionnelle. À partir de 2002, il n'y
aura plus d'appelés. En attendant, les garçons nés
avant 1979 y sont toujours astreints et depuis cette
année, garçons et filles doivent à la place se plier à
une journée de propagande, sous peine de ne pouvoir
passer aucun examen d'État pendant 10 ans. Courant
juin, un collectif, les Sans Nous, a lancé un appel à
la désobéissance civile et 56 personnes (nées avant
1979 donc) ont signé un texte pour annoncer quelles
n'iront pas effectuer le service militaire.
Ci-dessous, texte de plusieurs insoumis anarchistes
qui précisent le sens de l'insoumission pour eux, et
qui critique l'appel des Sans Nous. Ce dernier se base
en effet avant tout sur "l'injustice" liée au fait
d'être né avant ou après 1979 et exige que tous et
toutes fassent la journée prévue par l'armée en
remplacement du service militaire.]


POUR UNE DÉSOBÉISSANCE INCIVILE

" Ne me parlez pas des tyrans, moi je ne vois que des
esclaves : là où personne n'obéit, personne ne
commande. "

Insoumis et déserteurs de différents pays, nous avons
refusé le service militaire ainsi que son prolongement
citoyen nommé service civil. Sans nous, ça c'est
clair. Mais pourquoi ? Est-il suffisant de revendiquer
juste une égalité de traitement par rapport au service
national ? Est-il nécessaire de vérifier sa propre
date de naissance pour décider de ne pas partir ?
Est-ce cela, l'insoumission ? À une époque, lorsque le
service militaire était obligatoire pour tous les
citoyens et que la machine de guerre étatique et
capitaliste avait besoin d'enrôler les pauvres dans
ses armées, le refus de tout uniforme possédait une
véritable force subversive. Pendant au moins un
siècle, la pensée et l'action antimilitaristes ont
représenté le terrain où se sont réalisées les plus
sublimes insurrections (de mutineries en sabotages, de
défaitisme subversif en fraternisations armées) ainsi
que les pires abdications nationalistes. Il n'y avait,
encore au milieu des années 80, que les amants de la
liberté pour se solidariser avec tous les gestes
d'insoumission et de désertion. Du côté citoyen - la "
citoyenneté ", cette idéologie typique de la classe
moyenne -, la servilité était partout. Pour les uns,
c'était un devoir sacré de défendre la " Patrie "
(c'est ainsi que l'Etat se fait appeler lorsqu'il se
prépare à massacrer) ; pour les autres, c'était
l'idéologie de l'armée populaire " révolutionnaire ".
En somme, il n'y avait guère d'intellectuels, en ces
temps-là, pour défendre les réfractaires à tous les
ordres, et c'était tant mieux. Les temps ont changé.
Aujourdíhui, l'armée a ses assassins de profession ;
ses casernes se font plus " discrètes ", ses appareils
de recherche et de contrôle se confondent avec
l'ensemble de la production marchande et étatique, ses
massacres s'appellent " opérations humanitaires ". Des
prisons aux centres de rétentions, du nucléaire à la
surveillance informatique des populations, des
narcotiques électroniques aux manipulations
génétiques, cette société et sa propagande sont une
immense machine de guerre. Cependant, aujourd'hui
encore, ce sont ses esclaves qui la font tourner.

Qui paye ses impôts ? Qui construit toutes ses cages
où l'on enferme les pauvres ? Qui produit ses mille
poisons industriels ? Qui élit ses députés, ses
administrateurs, ses syndicalistes ? Qui conduit les
trains de l'abjection sur lesquels on embarque ses
clandestins ? Qui permet à ses troupes de se déplacer
? Refuser sa propre participation à cette entreprise
de domestication nommée " société civile " : voilà
l'insoumission, que l'on soit né avant comme après
1979, et quelles que soient les lois en vigueur.
Seulement après ce refus on se rendra compte que ne
pas participer (" sans nous ") ne suffit pas, puisque
toutes les soumissions qui s'incarnaient en bloc dans
l'armée se sont désormais autonomisées sous forme de
technologies, appareils de contrôle, savoir répressif,
cages... et qu'il faudra bien passer à l'attaque. Leur
machine de mort marche déjà sans nous. L'armée, d'ici
peu, n'aura plus besoin de nous dérober dix mois de
notre vie pour nous faire accepter l'autorité. Et
alors ? L'école, le travail, la foire aux
divertissements de masse se sont déjà chargés de
prendre la relève. Les soumissions quotidiennes ne
sont-elles pas un " oui, chef ! " continuel ? Les
rejetons de la bourgeoisie qui ne veulent pas perdre
dix mois de plus avant de passer aux affaires le
savent bien. Les prolétaires récalcitrants à l'armée
comme au salariat, aussi. Si la non-collaboration
ralentit le sablier, il n'y a que la subversion pour
le détruire. Comment s'y prendre ? Pour l'instant, on
ne sait qu'une chose. Dans une société d'arrivistes,
l'important, c'est de ne pas partir.

                              Des insoumis sans patrie


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