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(fr) AGIR CONTRE LE NÉOLIBÉRALISME ET LA MONDIALISATION (2)

From worker-a-infos-fr@lists.tao.ca
Date Sun, 18 Jun 2000 12:05:50 -0400


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TÉMOIGNAGE 
Seattle Novembre 1999

Nous étions deux adhérents à The national offices of
the Fellowship of Reconciliation à être allés à
Seattle pour participer à la manif contre le sommet de
l'OMC (...) Les quatre jours pleins que nous avons
passés, nous les avons vécus dans les rues de la
ville, à défiler pacifiquement, à participer à des
réunions et à être confrontés à des attaques au gaz
lacrymo, à des poursuites des policiers anti-émeute et
à l'éventualité d'une arrestation... en recevant des
tirs de balles en caoutchouc, des coups de matraque ou
des jets de poivre. 

Le 30 novembre vers midi - le premier jour du sommet -
il devenait évident que la police, en arrêtant les
manifestants, avait comme but principal de disperser
les gens avec force et armes. Ce soir- là, l'état
d'urgence a été dé claré associé d'un couvre-feu à
partir de 19h. À l'approche de la nuit, les soldats de
la Garde Nationale qui étaient de corvée, ont
débarqué. Toutes les télés du monde ont relayé les
ima- ges de violence de rue de ces journées. 

Il y a eu une large condamnation des actes de
destruction commis par les jeunes vêtus de noir qui
ont saccagé les entreprises situées dans un
quadrilatère de 15 à 20 rues. Les participants au
sommet (dirigeants d'entreprises et de gouvernements),
la presse écrite (des journaux locaux aux quotidiens
nationaux comme le New York Times et le Wall Street
Journal) et les télés... ont tous "égratigné" les
émeutiers, en les décrivant comme des criminels, des
hooligans, des bandits. 

Et les militants progressistes (curés, écolos et
syndicalistes) ont fait de même. Nous ne soutenons
certainement pas la violence ou la destruction de la
propriété, déclara Naomi Walker, la porte-parole du
syndicat AFL-CIO. Et Carl Pope, directeur général du
Sierra Club d'ajouter : Nous déplorons la violence qui
s'est produite au centre ville de Seattle en ce
qu'elle dépouille de leur sens la masse des 50.000
personnes qui se sont regroupées pour revendiquer le
respect des droits des travailleurs et de la nature.
La violence ne fait que brouiller notre message. Une
poignée d'anarchistes ne devrait pas étouffer le
message délivré par des centaines de manifestants
pacifiques. 

D'autres encore, ont été plus véhéments à l'encontre
de cette violence sur la propriété. Medea Benjamin, un
leader de Global Exchange, un groupe basé à San
Fransisco, déclara : Nous sommes ici en train de
protéger Nike, McDonald's, Gap et tout le reste, où
est la police ? Ces anarchistes devraient être arrêtés
(New York Times, 2 décembre 1999). 

Mike Dolan du groupe Public Citizen de Ralph Nader va
dans le sens de ces déclarations : Ces actions
non-violentes ont été interrompues et détournées dès
le début par des petites bandes de vandales qui ont
renversé des distributeurs de journaux et ont
manifestement brisé quelques vitrines du centre-ville.
La police a été incapable d'identifier et d'arrêter
ces quelques individus asociaux. Pourquoi la police
n'a-t-elle identifié et arrêté ces vandales plus tôt ?
Si elle l'avait fait, cela m'aurait évité ce vilain
après-midi et ce sentiment d'être mal à l'aise. Nous
ne sommes pas venus pour détruire Seattle, nous sommes
là pour mettre au jour l'effet destructeur de l'OMC
(World Trade Observer, 1er décembre 1999). Depuis
lors, il y a eu d'autres accusations et spéculations
parlant des anarchistes comme d'agents provocateurs du
gouvernement. 

Personne ne va-t-il défendre les anarchistes ? Leurs
actions étaient-elles répréhensibles comme semblent le
dire ces critiques ? Ou bien ces jeunes rebelles
sont-ils nos frères et nos sœurs, qui, loin d'être des
saboteurs du mouvement, sont des esprits
révolutionnaires dont nous devrions nous inspirer pour
exprimer une juste colère et un juste désaveu d'un
ordre social basé sur la cupidité, sur une violence
intrinsèque et une oppression de la plupart d'entre
nous ? 

La désobéissance civile massive comme nouveau niveau
de lutte peut transformer la profonde rage du ghetto
en une force constructive et créative. Disloquer le
fonctionnement d'une ville sans pour autant la
détruire peut être plus efficace qu'une émeute parce
que cela peut avoir un effet à plus long terme, un
effet coûteux pour la société, mais sans être pour
autant une destruction sans limite propre. Finalement,
c'est un moyen d'action sociale que le gouvernement
peut moins facilement réprimer. 

Il y avait trois principaux groupes d'actions lors des
manifestations et des événements de Seattle. L'un
était une large coalition composée de syndicalistes,
de pacifistes, d'écolos et de groupes religieux. Ces
groupes représentaient la masse des manifestants, en
particulier le jour de la marche officielle des
syndicats lors de laquelle quelque 30.000 participants
sont descendus du centre de Seattle jusque dans les
quartiers commerçants proches du sommet de l'OMC. Les
plus présents parmi les manifestants syndicalistes
étaient les dockers, les employés de l'industrie et
les sidérurgistes. 

Ensuite, il y avait le Direct Action Network (Réseau
d'Action Directe), composé de beaucoup moins de gens,
plutôt jeunes, mais avec la volonté de venir perturber
la rencontre officielle par une protestation
symbolique et non-violente, autrement dit pour tourner
en ridicule le sommet de l'Organisation Mondiale du
Commerce. 

Enfin, il y avait ces petits groupes d'anarchistes,
venus de l'Oregon selon les dires, dont le but était
de prendre d'assaut la vache sacrée de la culture
américaine. Parce qu'à ce stade de l'histoire, aucun
groupe de citoyens n'est en mesure d'entraver
directement les prises de décision des puissants.
Presque tous ceux engagés dans les mouvements sociaux
en sont réduits, dans une certaine limite, pour
exprimer leur protestation aux actions symboliques.
Les riches et les puissants tirent les ficelles
pendant que nous sommes réduits à l'état de témoins de
nos propres plaintes. 

Alors qu'une large partie des manifestants de Seattle
était en faveur d'une protestation symbolique, d'un
désaveu politique clair (syndicalistes, religieux,
ceux en faveur d'un commerce équitable et les écolos),
et alors qu'un autre groupe était en faveur d'une
action symbolique visant à interrompre la rencontre
ministérielle par une désobéissance civile
non-violente (même seulement pendant l'espace d'une
journée), les anarchistes mettaient en avant une
confrontation symbolique et directe avec l'avant-garde
du capitalisme, l'économie basée sur le profit et
représentée par les entreprises. Leur action était un
appel à un changement par delà les frontières, un
changement radical de notre mode de vie quotidien. Ils
ont en partie atteint ce but en détruisant des
symboles de l'oppression, les façades publicitaires
des entreprises. Leur mot d'ordre est l'action directe
et non, seulement, une dissidence symbolique. En un
sens, leur discours anticipe sur l'image d'une société
emprisonnée que contient le titre du dernier livre de
David Korten, The Post-Coporate world : Life after
Capitalism (Le monde après les entreprises : la vie
après la capitalisme). 

C'est la raison pour laquelle les anarchistes, réunis
en groupes affinitaires, s'en sont pris aux centres
commerciaux, à Nike Town, The Radisson, Sheraton,
Starbucks, The Gap, FAO Schwarz-Barbie Center,
McDonald's, les lieux où les marchandises sont
exposées et mises en vente, les endroits qui nous
poussent à participer à cette culture de consommation
(malheureusement, le campus de Microsoft était très
éloigné, de l'autre côté du Lac Washington). 

Je me souviendrai encore longtemps de cet après-midi
bruineuse à Seattle, près du Marché de la Place Pike,
sous les jets de gaz lacrymo et poursuivi par la
police, quelques instants après qu'on m'ait lu la loi
anti-émeute. À la fois terrifiant et émoustillant, ce
fut un moment pendant lequel les gens prenaient
possession des rues, revendiquant l'espace urbain
d'habitude accaparé par des intérêts commerciaux ou
par l'État. Pendant quelques jours à Seattle, cet
espace leur fut repris, la chose publique (res
publica) a été réappropriée. Merci au Direct Action
Network et aux anarchistes, grâce à eux la démocratie
était dans la rue. 

Est-ce que les anarchistes étaient des aventuriers
extrémistes mettant en danger le succès de la contre
manifestation de l'OMC ou étaient-ils au contraire des
prophètes ? On peut penser sans aucun doute que leurs
actions ont tracé les grandes lignes de cette semaine
anti-OMC. 

Depuis de nombreuses années, les mouvements qui
agissent sur des mots d'ordre de paix, de justice et
de respect religieux se sont manifestés pour la
justice sociale, rejetant le matérialisme, la culture
du profit et une société de consommation sans âme,
pour des relations humaines égalitaires. Ce sont des
revendications "prophétiques". 

On peut penser que le cœur des anarchistes, toujours
laïques, est empli de ces idées et qu'ils mènent des
attaques concrètes contre les lieux symbolisant le
consumérisme et l'aliénation, des actions directes
contre la culture de la consommation. Ironiquement,
leur pratique, leurs actions, ont pour but de railler
le culte de la consommation, un matérialisme qui
confère plus de valeur aux marchandises qu'aux hommes
et le marché déifié. Que presque tout le monde ait
désavoué ces attaques contre la propriété, certains
appelant même l'État à arrêter ces jeunes rebelles,
révèle une espère de consensus à propos de la
propriété privée (certains manifestants s'étant même
proposés pour nettoyer les graffitis laissés sur les
vitrines). 

Les anarchistes sont allés plus loin que l'appel à une
réforme du libéralisme à la Clinton ; ils ont lancé
une enchère symbolique sur un changement total et non
partiel. La lutte contre la propriété privée préfigure
un futur que beaucoup d'entre nous souhaitent : un
monde sans plus aucune exploitation à la fois au Nord
et au Sud, sans pouvoir économique concentré entre
quelques mains, sans patron, sans classe, sans
salariat et respectueux de la nature. 

Leur critique ne se limite pas à remettre en cause
l'OMC, la Banque Mondiale ou le pouvoir des
gouvernements, mais un système économique et social de
marché basé sur la seule course au profit maximum
immédiat. 

Pour beaucoup d'entre nous, leur actions ont plus
d'attraits que les protestations "légitimes" ; leur
imagination allait beaucoup plus loin que de
simplement réformer une entité patronale ou de bloquer
le processus d'une institution néfaste. Jeunes,
audacieux, courageux, purs, presque beaux dans leurs
vêtements noirs, les jeunes anarchistes ont tenté leur
chance sans en appeler à aucune aide ou solidarité des
autres manifestants (qui les critiquent). Ils nous ont
remis en mémoire l'esprit de la rébellion de Watts en
1965, les feux de Détroit de 1967, Paris et Chicago en
1968, Los Angeles en 1992 et aussi bien sûr, les
larges désaccords que les rues précédentes engrangent
en permanence (...). 

Méthodes et motivations

Il y avait un contraste fort entre l'atmosphère et les
attitudes au sein des chapelles pacifistes
institutionnelles dans les quartiers commerciaux de
Seattle et le point de ralliement du Direct Action
Network sur la colline du Capitole, entre les voix
"raisonnables et pragmatiques" des syndicats, des
églises, des pacifistes, des écolos, des voix d'âge
moyen et de classe moyenne d'un côté, et de l'autre,
les groupes anarchistes (dans le sens d'autonomes et
auto-organisés) de jeunes défiant le déroulement de
l'OMC, la propriété privée et les propriétés
collectives (toujours organisées selon un ordre
injuste). 

Le DAN a tout de même réussi, avec quelque habilité et
selon une logique bien connue, à interrompre la
chorégraphie planifiée et sans heurt des manifestants
dont l'orchestration était approuvée par le pouvoir,
chorégraphie officielle et routinière. Les actions
étaient vivifiantes et rafraîchissantes dès lors
qu'elles subvertissaient les modes classiques de
manifestations où tout est préparé avec le chef de la
police jusqu'au chargement du dernier bus transportant
les derniers manifestants arrêtés. 

La réponse de la plupart des pacifistes aux violences
policières était complètement inappropriée. Cela s'est
illustré lors d'une scène particulièrement décevante
qui se produisit mercredi matin au niveau de la rue
Seneca et de la Cinquième rue, le lendemain des plus
importantes actions de rue. Une procession religieuse
silencieuse, arrêtée juste devant une rangée de
policiers, est passée au travers dans une attitude
conciliante, voire de soumission. Peut-être est-ce la
seule chose possible aujourd'hui, mais peut-être que
ceux d'entre nous qui sommes plus investis dans le
système, plus institutionnels, peuvent encore soutenir
les actions de jeunes voulant une confrontation
directe avec les valeurs de ce système. Il est
possible que nos échecs à refuser des choses telles
que les porte-feuille d'actions, les subventions, les
prêts, les structures hiérarchiques et autres, peuvent
nous empêcher d'agir directement au nom de la justice
; mais cela ne nous empêche pas de soutenir ceux qui
sont prêts à engager la lutte de façon plus militante.


Finalement, les manifestations n'appartiennent
exclusivement ni aux gardiens de la paix, ni aux
écolos, ni aux syndicats, ni aux religieux, ni aux
anarchistes : personne n'a de droit de propriété sur
les rues. À Seattle, il y avait beaucoup
d'organisations, mais tout sauf une coordination
minimum ou un programme pré-établi ; on ne pouvait
rien prévoir de ce que les manifestants allaient
faire. Public Citizens a fait l'annonce à l'avance
d'aller manifester contre l'OMC, mais ce sont les gens
qui, agissant d'eux-mêmes, ont spontanément et
concrètement ouvert les espaces publics. À certains
moments, il semblait qu'il n'y avait pas de leaders
officiels, seulement des foules (...). 

Lors de la nuit de la destruction de Starbucks dans la
rue Stewart, on pouvait entendre un argument parmi des
centaines au sein du cortège. Une femme, charpentière
de profession, portant chapeau et chaussures,
critiquait l'attaque du magasin : Ce magasin aurait pu
être un de ceux que j'ai construits ! Tout dans
Seattle a été construit par le travail d'hommes et de
femmes ! Seattle est une ville aussi syndicaliste que
ceux qui y sont venus. En 1919, quelque 60.000
travailleurs ont lancé une grève générale pour la
défense de leurs droits, entraînant une immobilisation
totale de la ville. La ville a aussi été le terrain de
luttes acharnées contre la firme Boeing. Dans le
futur, si le mouvement est capable de se construire et
de se développer, il saura prendre l'arme puissante
des travailleurs réunis pour mener une réelle
révolution contre le capital, et non seulement des
actions de rue d'une opinion minoritaire au milieu
d'une contre culture minoritaire. La question est de
transformer cette équation. 

Pourriez-vous, anarchistes, être comme ceux de
l'Espagne, ceux de la Confédération Nationale du
Travail de Catalogne dans les années 30 ou bien ceux
du IWW ? (...) Il est nécessaire que vous, les
anarchistes, vous expliquiez plus vos actions, les
pourquois de vos actions. Votre défi est de rendre
votre message lisible par tous et toutes. Si vous
n'avez aucun dialogue avec les autres, vous
continuerez sans aide à cogner vos bras contre les
murs de notre prison commune. 

Comme le reste des protestations à Seattle, le Direct
Action Network et les anarchistes étaient
majoritairement des blancs, pointant encore une fois
le fait que les mouvements radicaux sont polarisés. Il
me paraît clair que si les participants de la bataille
de Seattle avait été des mangeurs de tortilla, de riz
ou de maïs, ou d'origine africaine, il y aurait eu des
morts ; il y a un passé historique clair montrant en
quoi le risque de mort est présent lorsque des gens de
couleurs agissent en masse de leur propre chef. La
peau blanche demeure à ce propos un privilège. 

Et c'est vrai que c'était un honneur pour moi, membre
de la classe ouvrière et homme de couleur que d'avoir
été présent pendant ces jours bruineux à Seattle, au
côté de révoltés empreints d'idéalisme, mais ayant
compris la signification d'un rassemblement de
personnages officiels et leur volonté de préparer pour
vous et moi un agenda pour le futur. 

La bataille de Seattle a été une superbe manière
d'achever cette année, ce siècle et ce millénaire ;
cela représente un espoir ferme pour l'avenir. 

Megan Earls - Andres Mares Muro
Racial and Economic Justice Program, le 9 décembre
1999, rej@forusa.org 

[Extrait d'un dossier publié dans le mensuel
Belgo-français Alternative Libertaire
(http://users.skynet.be/AL/). Ne pas confondre avec
l'organisation politique française du même nom (!)]

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