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(fr) AGIR CONTRE LE NÉOLIBÉRALISME ET LA MONDIALISATION (3)

From worker-a-infos-fr@lists.tao.ca
Date Sun, 18 Jun 2000 12:04:56 -0400


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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COMMUNIQUÉ 
Le Black Bloc s'explique...

Le but principal de ce communiqué (ndlr: dont nous
reproduisons des extraits) est d'éclairer le mystère
qui entoure le Black Bloc et de rendre ses motivations
plus transparentes puisque nos masques ne peuvent pas
l'être. 

Le 30 novembre, plusieurs groupes d'individus du Black
Bloc ont attaqué différents objectifs dans le centre
ville de Seattle (...) Cette activité dura plus de 5
heures et entraîna la destruction de vitrines et de
portes de magasins ainsi que la dégradation de
façades. 

Des frondes, des distributeurs de journaux, des
marteaux, des maillets, des pinces ont été utilisés
pour détruire de façon stratégique la propriété
privée. Des jets d'œufs, des boules et pistolets de
peinture ont également été utilisés. 

Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organisé
de groupes et individus réunis par affinité qui se
balladent dans le centre ville, attirés parfois par
des devantures de magasins vulnérables et éminents,
parfois par la vue d'un groupe de policiers.
Contrairement à la majeure partie des activistes qui
ont été gazés et atteints par des balles de caoutchouc
à plusieurs occasions, la plupart des membres du BB
ont évité les blessures graves en restant constamment
en mouvement et en évitant la bagarre avec la police.
Nous sommes restés groupés et nous regardions toujours
derrière nous. Ceux qui étaient attaqués par les
bandits fédéraux ont été rapidement libérés par des
membres du BB, organisés et préparés. Le sens de la
solidarité était impressionnant. 

! Les activistes "gardiens de la paix".
Malheureusement, la présence et la persistance de
services d'ordre a été perturbante. Au moins à six
occasions, des soi-disant activistes "non violents"
ont attaqué physiquement des individus qui voulaient
s'en prendre à la propriété privée. Certains sont même
allés jusqu'à se tenir devant la grand magasin
NikeTown pour attaquer et repousser le BB. En fait,
ces "gardiens de la paix" comme ils se nomment
eux-mêmes ont été bien plus menaçants vis-à-vis du BB
que les chiens de garde de l'État en uniforme,
notoirement violents (des policiers ont même utilisé
la couverture des activistes "gardiens de la paix"
pour stopper ceux qui commençaient à détruire la
propriété privée). 

! La réaction contre le Black Bloc. La réaction contre
le BB a mis en lumière certaines des contradictions et
des oppressions internes présentes parmi les
"activistes non violents". En dehors de l'hypocrisie
évidente de ceux qui se sont montrés violents avec des
membres du BB des individus masqués (nombre d'entre
eux ont été frappés bien qu'ils n'avaient pas
l'intention de s'en prendre à la propriété privée), il
apparaît aussi un racisme d'activistes privilégiés qui
peuvent ignorer la violence perpétrée contre la
société et la nature au nom de la propriété privée.
L'attaque des vitrines a concerné et inspiré beaucoup
des personnes parmi les plus opprimées de la ville de
Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles
marionnettes géantes ou costumes de tortues de mer (ce
qui ne remet pas en cause leur utilisation par
d'autres groupes). 

! Quelques mythes à propos du Black Bloc. Quelques
réflexions dont l'objet est d'aller à l'encontre des
mythes qui circulent à propos du BB. 
Ils ont transformé un manifestation pacifiste en une
guerre ce qui a mené au gazage des manifestants non
violents. Notez que les tirs de grenades lacrymo, les
jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont
tous commencé avant les actions du BB. En plus, nous
devons aller à l'encontre d'une tendance qui établit
une relation de cause à effet entre la répression
policière et la protestation sous toutes ses formes,
qu'il s'agisse de s'attaquer à la propriété ou non. La
police a chargé dans le but de protéger les intérêts
de quelques possédants et ceux qui s'attaquent à ces
intérêts ne peuvent être accusés de violence. 

Inversement : Ils ont agi en réponse à la répression
policière. Bien que cela puisse constituer une
meilleure image de ce qu'est le BB, c'est faux dans
tous les cas. Nous refusons d'être désignés comme une
simple force de réaction. Bien que la logique du BB
puisse échapper à certains, c'est dans tous les cas
une logique en faveur de l'action. 

Ils sont un groupe de jeunes garçons en colère. En
dehors du fait que dire cela revient à faire preuve de
condescendance de l'âge et de sexisme, c'est faux. La
destruction de la propriété n'est pas une libération
fondée sur une agitation machiste et nourrie de
testostérone. Ce n'est pas non plus une colère
réactionnaire et en décalage. C'est stratégiquement et
spécifiquement de l'action directe dirigée contre des
intérêts privés. 

Ils ne recherchent que la bagarre. C'est proprement
absurde et c'est une façon commode d'ignorer l'ardeur
des activistes "gardiens de la paix" à nous attaquer.
De tous les groupes engagés dans l'action directe, le
BB était peut-être le moins enclin à provoquer les
flics et nous n'avions certainement aucun intérêt à
nous battre contre les autres militants anti-OMC
(malgré de grands désaccords dans la tactique à
mener). 

C'est un groupe chaotique, désorganisé et
opportuniste. Bien que nombre d'entre nous pourraient
passer des jours à discuter du terme chaotique, nous
n'étions certainement pas désorganisés. L'organisation
est peut-être apparue comme fluide et dynamique, mais
elle était serrée. Quant à l'accusation
d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui
parmi tous ceux qui participaient n'a pas essayer de
tirer avantage de l'opportunité créée à Seattle et
d'avancer ses idées. La question devient alors :
avons-nous créé cette opportunité ?... et la plupart
d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui mène au
mythe suivant). 

Ils ne connaissent rien à ce qui se passe ou Ce ne
sont pas des militants qui s'intéressent à la
question. Bien que nous ne soyons pas des militants
professionnels, nous avions préparé ces actions depuis
des mois à Seattle. Certains ont réfléchi chez eux,
d'autres se sont rendus à Seattle plusieurs mois à
l'avance pour se préparer. Il est certain que nous
revendiquons la présence de centaine de personnes
sorties dans les rues le 30 novembre : seule une petit
partie n'avait rien avoir avec le BB. La plupart
d'entre nous avaient déjà réfléchi aux effets de la
mondialisation de l'économie, du génie génétique, du
pillage des ressources naturelles, des transports, des
conditions de travail, de la suppression de
l'autonomie des indigènes, des droits des animaux et
des hommes et nous faisons des actions sur ces thèmes
depuis des années. Nous ne sommes ni mal informés ou
inexpérimentés. 

Les anarchistes masqués sont anti-démocratiques et
camouflés parce qu'ils veulent cacher leur identité.
Bon, soyons clairs (avec ou sans masque), nous ne
vivons pas actuellement en démocratie. Si cette
semaine n'a pas rendu les choses très claires,
laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un
État policier. Il y a des gens qui disent que si nous
étions sûrs de ce que nous avons raison, nous ne nous
cacherions pas derrière des masques. Cela sous entend
que La vérité vaincra. Si c'est un juste et noble but,
cela ne marche pas dans l'actuelle réalité. Ceux qui
menacent sérieusement les intérêts du capital et de
l'État seront persécutés. Certains pacifistes
voudraient nous voir accepter cela joyeusement.
D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en
vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. 

Nous ne croyons pas que nous avons le privilège
d'accepter la persécution comme un sacrifice : la
persécution est pour nous quotidienne et inévitable et
nous tenons à nos maigres libertés. Accepter
l'incarcération comme une sorte de flatterie est
l'apanage d'un privilège d'"occidentaux". 

Nous pensons qu'une attaque de la propriété privée est
nécessaire si nous voulons reconstruire un monde qui
serait utile, sain et joyeux pour tous. 

Sur la violence de la propriété

Nous affirmons que la destruction de la propriété
n'est pas un geste violent si cela ne met pas en cause
de vie ou n'entraîne aucune blessure. 

La propriété privée - en particulier la propriété
privée collective - est infiniment plus violente que
toute action portée à son encontre. On doit distinguer
la propriété privée de la propriété personnelle. En
effet, la seconde est basée sur l'usage alors que la
première est basée sur l'idée d'échange. L'intérêt de
la propriété personnelle est que chacun d'entre nous
dispose de ce dont il a besoin ou désire. 

Dans une société fondée sur le droit de la propriété
privée, ceux qui ont la possibilité d'accumuler plus
que les autres disposent de plus de pouvoir. Par
extension, ils exercent un contrôle plus important sur
ce que les autres perçoivent comme des besoins et des
désirs, en général pour accroître leur seul profit
personnel. Les défenseurs du "libre échange"
prolongent ce raisonnement jusqu'à sa conclusion
logique : un réseau de quelques monopoles d'industrie
disposant d'un pouvoir total sur la vie de toutes et
tous. Les défenseurs du "commerce équitable"
souhaiteraient que ce processus soit tempéré par un
contrôle des gouvernements dont le but serait
d'imposer superficiellement des normes de base en
matière de droits humains. 

En tant qu'anarchistes, nous récusons ces deux
positions. La propriété privée - et le capitalisme par
extension - est intrinsèquement violente et répressive
et ne peut donc être ni réformée ni atténuée. Que le
pouvoir de toutes et tous soit dans les mains de
quelques groupes ou réparti par un système de
régulation dont le seul but est d'atténuer les
désastres causés par les précédents, personne ne peut
être libre comme ce serait le cas dans une société
sans hiérarchie. Quand nous brisons une vitrine, notre
but est de détruire le vernis de la légitimité qui
recouvre la propriété privée. Dans le même temps, nous
exorcisons toutes les formes de relations violentes et
destructives qui imprègnent tout autour de nous. 

En "brisant" la propriété privée, nous transformons sa
valeur d'échange limitée en une valeur d'utilité plus
large. Une devanture brisée devient un trou laissant
passer de l'air frais dans une atmosphère oppressive,
celui de la vente de marchandises (au moins jusqu'à ce
que la police ne décide de lancer des lacrymos sur une
barricade toute proche). Un distributeur automatique
de journaux devient un outil pour percer de tels
"trous", ou un petit blocus pour revendiquer l'espace
public ou nous donner un avantage sur le terrain. Une
benne à ordures empêche les flics anti-émeutes
d'avancer et devient une source de chaleur et de
lumière. 

Une façade d'immeuble devient un tableau sur lequel on
peut écrire des idées en vue d'un monde meilleur.
Après le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont
plus une vitrine ou un marteau de la même manière
qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace
urbain se sont multipliées par 100. Le nombre de
vitrines éclatées est ridicule comparé au nombre de
vies brisées - vies bousillées par l'hégémonie qui
nous écrase et qui nous pousse à oublier toutes les
violences commises au nom de la propriété privée et
tout ce qui serait possible si elle n'existait pas. 

Les vitres brisées peuvent être rebouchées (avec un
gâchis en bois toujours plus grand) et éventuellement
remplacées, mais le fracas de notre arrogance et de
nos espoirs persistera heureusement pour quelque
temps. . 

Contre le capital et l'État. 
Le collectif ACME 
5 décembre 1999
Contact P.O. box 563, Morgantown, wv, 26 507,
jeff@tao.ca 

NB : ces observations et analyses sont énoncées par le
collectif ACME et ne doivent pas être jugées
représentatives du reste du BB ou de toute autre
personne qui aurait participé à l'émeute ou à la
destruction de la propriété le 30 novembre. 

[Extrait d'un dossier publié par le mensuel
Belgo-français Alternative Libertaire
(http://users.skynet.be/AL/) . Ne pas confondre avec
l'organisation politique française du même nom]

Note d'Alternative Libertaire:
MERCI au bimestriel Cette semaine, journal indépendant
et sans publicité, dont ces textes sont extraits.
Cette Semaine a pour but de rendre compte et
d'analyser l'actualité sociale et politique, en
particulier les luttes sociales quelles que soient
leurs formes, dans une optique libertaire et critique.
Cette Semaine est indépendant de tout parti politique,
organisations ou structures instituées et a banni de
ses pages la publicité. Vous pouvez vous abonner pour
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