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(fr) Nicolas Walter n'est plus

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Date Fri, 14 Jul 2000 13:27:12 -0400


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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Note d'A-Infos: Quelque fois, mieux vaut tard que
jamais... Excusé nous le retard. Cet article est
extrait du Monde libertaire n°1201. 

Beaucoup de lecteurs du Monde libertaire connaissent
Nicolas Walter par sa plaquette "Pour l'anarchisme"
("About Anarchism"). Cette introduction à l'anarchisme
connut un grand succès dès sa parution en anglais en
1969 et fut traduite non seulement en français, mais
aussi dans une bonne vingtaine de langues. 

Nicolas est né le 22 novembre 1934 à Londres, et il
était toujours fier de pouvoir se situer dans une
tradition familiale de gauche : son grand-père, Karl
Walter, ami de Kropotkine et de Malatesta, fut en 1907
un des deux représentants anglais au Congrès
anarchiste international d'Amsterdam, tandis que son
autre grand-père, le journaliste S.K. Ratcliffe, fut
l'une des grandes figures de la libre-pensée en
Angleterre. Son père W. Grey Walter, un éminent
neurologue, contribua à la presse de gauche et
libertaire et se disait "anarchiste philosophique". 

Après son service militaire (1952-1954), qu'il passa
presque entièrement en Allemagne et en Autriche et
dont il profita pour apprendre le russe, Nicolas a
commencé ses activités politiques dans le Parti
ouvrier (Labour Party). Pendant ses études à Oxford
(1954-1957), il commence à participer aux mouvements
antimilitariste et libre-penseur. En 1959, il découvre
l'anarchisme en lisant une petite revue libertaire
("The University Libertarian"), dans laquelle son
grand-père avait publié des souvenirs sur Kropotkine.
Nicolas y participe et, en 1960-1961, en devient l'un
des rédacteurs. En 1960, il est l'un des fondateurs du
Comité des 100 (contre la bombe atomique) et en 1963
un des huit "Espions pour la paix". Ce groupe (dont
les membres restèrent anonymes) réussit en avril 1963
à pénétrer dans un des lieux que le gouvernement
anglais tenait secret en cas de guerre et il y
photographia un grand nombre de documents. Leur
publication par le groupe causa un scandale et rendit
publique pour la première fois les préparatifs du
gouvernement en vue d'une guerre nucléaire. Bien
qu'arrêté des dizaines de fois lors de manifestations,
Nicolas ne fut condamné qu'une fois, à deux mois de
prison ferme, pour avoir interrompu le Premier
Ministre Harold Wilson dans une église de Brighton,
afin de protester contre le soutien du gouvernement
britannique aux Américains lors de la guerre du
Vietnam (1966-1967). 

Mises à part ses activités antimilitaristes, il
participa dès le début des années 60 à la presse
anarchiste et assura, sous son nom ou sous de nombreux
pseudonymes (Arthur - et Anna - Freeman, Jean Raison,
Mary Lewis, M.H., pour n'en mentionner que
quelques-uns), une présence libertaire dans la presse
en général et de gauche. Il fit partie (1963-1965) des
rédacteurs de "Solidarity" (publié par un groupe
d'amis de Castoriadis qui s'orientaient de plus en
plus vers l'anarchisme), de "Resistance" (1965-1966),
d'"Anarchy" (1971-1974), d'"Inside Story" (1974-1975),
de "Wildcat" (1975), du "New Humanist" (1975-1984), du
"Raven" (1987-1989) et bien sûr de "Freedom". Il a
traduit et édité des ouvrages d'Archinov, Bakounine,
Alexandre Berkman, Diderot, Sébastien Faure, Emma
Goldman, Kropotkine, de La Boétie, Joseph Lane, Rudolf
Rocker, du marquis de Sade, de Shelley, de Charlotte
Wilson... 

Nicolas a commencé sa carrière professionnelle en 1957
comme instituteur, pour s'orienter bientôt vers le
monde de l'édition et de la presse ; il a ainsi
travaillé comme rédacteur du "Good Food Guide", pour
l'Association des consommateurs (1963-1965), et du
"Times Literary Supplement" (1968-1974). De 1975 à la
date de sa retraite en novembre 1999, il occupa
plusieurs fonctions pour la Rationalist Press
Association, une des grandes organisations de la
libre-pensée au Royaume-Uni. Des publications qu'il
produisit pour cette organisation, il faut surtout
retenir les livres "Blasphemy Ancient and Modern"
(1990) et "Humanism : What's in the Word" (1997). 

Dès 1954, il s'était fait une spécialité des "lettres
à la rédaction", adressées à la presse pour provoquer,
commenter, compléter et surtout corriger (de nombreux
rédacteurs le craignait comme un "casse-pied" qui
savait toujours trouver la date, le chiffre ou la
référence correctes). Depuis les années 60
pratiquement aucune semaine ne passait sans qu'une ou
plusieurs lettres de Nicolas Walter ne paraissent dans
le "Times", le "Guardian" ou l'"Independent"... 

En 1974, on avait découvert qu'il était atteint d'un
cancer testiculaire. Guéri de cette maladie après une
radiothérapie, des opérations et des erreurs médicales
l'ont condamné à la paralysie et, depuis 1993, il ne
pouvait se déplacer qu'en fauteuil roulant.
Contrairement aux conseils de beaucoup d'amis, il
refusa de porter plainte contre le service de santé
nationale car "cela coûterait de l'argent dont
d'autres ont plus besoin que moi". Pendant des années,
il souffrit de graves ennuis de santé. Au début de
l'an 2000, la maladie s'étant déjà généralisée, les
médecins diagnostiquèrent un cancer. Informé qu'il
n'avait que six à douze mois à vivre, Nicolas se
rendit à l'hôpital déterminé à survivre jusqu'en 2001,
pour atteindre le nouveau millénaire. Il pensait qu'on
le consulterait sur le traitement à suivre, mais le
système médical ne fonctionne pas comme cela et un
médecin responsable lui répondit : "Il faut avoir
confiance en nous ! Nous sommes des médecins", suivi
des platitudes habituelles sur l'éthique médicale. Il
commença pourtant le traitement en bon cobaye humain
mais, après quelques semaines, ses souffrances furent
telles qu'il ne souhaitait plus que mourir. Quand il
le dit à son médecin, en lui demandant de l'aider à
mourir, celui-ci lui répondit que c'était encore trop
tôt. Mais Nicolas avait pris sa décision et trois
jours plus tard, le 7 mars 2000, il est mort à
l'hôpital de Milton Keynes. 

H.B.

--> On peut trouver Le monde libertaire sur le site
web de la Fédération anarchiste à
http://www.federation-anarchiste.org

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