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(fr) L'«apoligie» de l'anarchiste Nikos Maziotis 1/2

from "Riton & Léo" <ritonleo@club-internet.fr>
Date Mon, 28 Feb 2000 16:58:11 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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[première partie d'un texte piqué à la liste globe_l,
allez faire un tour au
http://www.ecn.org/lists/globe_l la suite suit]

L’anarchiste grec Nikos Maziotis a été condamné, le 7
juillet 99, à quinze ans de prison. Il avait été
arrêté le 13 janvier 98 pour sa solidarité active avec
les habitants de la baie de Strymonikos, dans la
Macedoine grecque, en lutte contre les installations
métallurgiques de traitement de l’or de la
multinationale canadienne TVX Gold. Un mois après son
arrestation, Nikos, à travers une lettre adressée à un
journal, assumait la responsabilité d’une attaque à
l’explosif contre le ministère de l’Industrie et du
Développement, réalisée le 6 décembre 97 à Athènes,
comme acte de résistance et de complicité avec les
villageois qui s’affrontaient avec la police venue
défendre les armes à la main l’or et ses nuisances.
L’action revendiquée par Maziotis - une bombe qui n’a
pas explosé - se liait concrètement à une lutte qui
avait dépassé depuis longtemps les limites de la
légalité et des négociations. La vie contre les
poisons industriels, la révolte contre leurs
ministères, l’auto-organisation des villageois, un
blocage qui arrête les projets d’une multinationale
sur une route de montagne - tout cela nous raconte
cette « apologie », prononcée le 7 juillet devant les
juges. Elle nous parle de solidarité révolutionnaire,
de guerre sociale, des véritables terroristes et de
ceux qui ne veulent plus de leur terreur faite de
travail et de matraques, de plomb et de mensonges
médiatiques. Elle nous parle également de l’histoire
grecque et des conflits d’aujourd’hui, d’une critique
globale de la société étatisée et capitaliste qui
n’oublie jamais - en dépit des tous les avocats du
pouvoir - sa banalité fondamentale : les responsables
existent et on peut les frapper.

Contre toutes les distinctions bâties sur le code
pénal (moins un acte est risqué et plus il est juste,
ou vice versa), la déclaration de Nikos n’est pas
l’apologie d’un acte isolé, mais celle d’une révolte
qui nous dit : l’important, ce n’est pas la bombe,
mais la main qui la pose.



L' " APOLOGIE "
DE L'ANARCHISTE
NIKOS MAZIOTIS

Devant la cour d'assise

Avant tout, je ne veux pas passer pour un garçon comme
il faut dans ce lieu où j'ai été contraint de venir.
Je ne vais pas me disculper car je ne me considère pas
comme un criminel. Je suis un révolutionnaire. Je n'ai
rien à me reprocher. Je suis fier de ce que j'ai fait.
Les seules choses que je regrette, ce sont : l'erreur
technique qui n'a pas fait exploser la bombe sur
laquelle on a trouvé mon empreinte digitale (cause de
mon inculpation) ; et le fait que les armes et la
dynamite trouvées ne devaient pas être chez moi, mais
ailleurs. 

Vous devez prendre en compte le fait que, bien que
vous soyez des juges qui siégez plus haut que moi,
nous, les révolutionnaires, nous vous avons jugés
avant que vous nous jugiez. Nous nous trouvons dans
des camps opposés. Donc ennemis.

Les révolutionnaires, la justice révolutionnaire -
parce que je crois que ce tribunal ne représente pas
la justice : c'est la justice entre guillemets -, les
révolutionnaires, disais-je, souvent jugent beaucoup
plus impitoyablement leurs ennemis quand ils ont
l'occasion de le faire.


Dans mes propos, je remonterai quelques années en
arrière. Ici vous ne devez juger aucun de mes crimes.
Nous parlerons, au contraire, de crimes commis par
d'autres que moi. Nous parlerons des crimes de l'Etat,
des magouilles, de la justice, de la police...

On peut dire que ma politisation commence par ma
participation à une manifestation, en 1985. C'était le
17 novembre. J'avais à l'époque quatorze ou quinze
ans, et un flic, un certain monsieur Melistas, tua un
garçon de quinze ans, Michalis Kaltezas. Assassinat !
Je ne pris pas part aux événements de cette nuit-là,
quand la faculté de chimie fut occupée et les forces
spéciales de la police expulsèrent les anarchistes et
les jeunes présents. Le lendemain, si je me souviens
bien, vu qu'à l'époque j'étais petit et je n'avais pas
d'informations précises, cinq mille personnes
occupèrent l'Ecole Polytechnique. Les occupations
furent organisées justement comme réaction à
l'assassinat de Kaltezas par la main du policier
Melistas.

Cinq ans plus tard, au mois de janvier 1990, la
justice acquitta Melistas. Par cela je veux signifier
que vous, de fait, vous êtes, du moins pour moi, les
responsables moraux du crime. C'est pourquoi j'ai mis
mille guillemets au mot justice.

En janvier/février de la même année, je participai
personnellement à l'occupation de l'Ecole
Polytechnique en riposte à l'acquittement de Melistas.
Il y eut des accidents, des magasins furent détruits,
des pierres et des cocktails Molotov furent lancés...
moi aussi j'étais de la partie. Depuis lors je peux
dire en toute conscience être anarchiste.


Et quand je dis anarchiste, je veux dire que je suis
contre l'Etat et le capital. Que notre but, c'est la
suppression de l'Etat et du régime capitaliste. Que
nous voulons une société sans classes, sans hiérarchie
et sans domination. Que l'Etat soit la société, voilà
le plus gros mensonge de tous les temps. D'après ce
dont je me rappelle, Nietzsche aussi disait que l'Etat
raconte des mensonges, qu'il ment. Nous sommes ceux
qui s'opposent à la division de la société en classes,
la division entre ceux qui commandent et ceux qui
exécutent les ordres. Cette structure de pouvoir qui
façonne la société nous voulons la détruire, soit avec
des moyens pacifiques, soit avec des moyens violents,
même avec les armes, cela ne me pose aucun problème de
l'admettre.

Je démens les propos de mon frère qui disait toute à
l'heure que je n'avais aucune intention d'utiliser
pour la guerre sociale les armes trouvées chez moi. Au
contraire, elles étaient bien pour la guerre. Elles
auraient pu, peut-être, ne pas être employées. Mais ce
n'est pas le type d'armes que l'on garde chez soi
exprès pour ne pas les utiliser, même si cette
dernière éventualité peut se présenter. C'étaient donc
des armes de guerre et pour la guerre je les
emploie... la bombe au ministère fut un acte de
guerre.

Depuis 1990 jusqu'à aujourd'hui, j'ai été condamné
plusieurs fois pour mes activités, mes multiples
formes d'actions.

J'ai été condamné pour insoumission. Non pas parce que
j'avais des problèmes à utiliser les armes ou la
violence, comme je l'ai souligné aussi devant le
tribunal militaire. Le fait même que l'on ait retrouvé
des armes chez moi démontre qu'avoir recours à la
violence ne me pose aucun problème ; je ne suis pas du
tout pacifiste. Puisque ni la société ni l'Etat ne
sont pacifiques. Je subis de la violence, je riposte
par la violence.

J'ai fait sept mois de prison militaire. J'ai été
condamné pour désobéissance et désertion. La deuxième
fois que j'ai été arrêté,  je suis sorti au bout de
cinquante et un jours de grève de la faim. Je fus
arrêté à nouveau en 94 pour l'occupation de la faculté
d'économie et commerce (ASOEE) avec cinquante et un
autres compagnons, tandis que Georges Balafas et
Odysseas Kabouris menaient une grève de la faim. Cette
occupation-là fut aussi un acte de solidarité. Dans
une situation où nous ne pouvions nous rassembler
nulle part, ni manifester, nous décidâmes d'occuper
une faculté universitaire et de l'utiliser comme
centre de contre-information sur la question des
prisonniers Balafas et Kambouris.

Au mois de novembre 95, ils m'arrêtèrent avec cinq
cent personnes lors de la révolte dans l'Ecole
Polytechnique. Cette occupation-là fut réalisée parce
qu'il y avait beaucoup de prisonniers politiques
(Kostas Kalaremas, Odysseas Kambouris, Georges Balafas
- arrêté de nouveau a cette époque-là -, Spiros
Dapergolas, Christoforos Marinos, plusieurs
manifestants de Théssalonique interpellés lors d'un
cortège chargé par les flics, le 14 novembre). Un
autre but de l'occupation était celui d'exprimer de la
solidarité avec les détenus émeutiers de la prison de
Koridallos. Pour cela je fus condamné à un an de
prison avec plusieurs compagnons. Pour toutes ces
actions, mes camarades et moi avons assumé nos
responsabilités.

Donc, pendant cette décennie, à partir du moment où je
me suis défini comme anarchiste, j'ai utilisé
différentes méthodes d'action. J'ai écrit et diffusé
des tracts, j'ai collé des affiches, j'ai participé à
des occupations violentes ou pacifiques. Par exemple,
l'occupation de l'ASOEE n'avait aucun caractère
violent ; malgré tout les forces spéciales de la
police (EKAM) et les CRS (MAT) nous expulsèrent
violemment. Il y avaient même des agents de l'EKAM
cagoulés, avec des pince-monseigneur pour briser les
chaînes.

Par rapport à l'Ecole Polytechnique, même si nous
n'avons pas joué les bons citoyens, nous refusâmes les
accusations portées contre nous. Nous expliquâmes les
raisons pour lesquelles nous étions entrés.

Devant le tribunal militaire, en 98, j'ai assumé la
responsabilité d'avoir brûlé le drapeau grec. Je
considère celui-ci comme le symbole d'un pouvoir qui
est mon ennemi. Chaque fois que je vois un drapeau
grec, je vois mon ennemi, car le drapeau ce sont les
policiers, les militaires qui le portent... C'est le
symbole de l'ennemi.

Notre but, dans le cadre de ce combat anti-capitaliste
et anti-étatique, c'est de nous lier à différentes
luttes sociales. Un autre objectif est celui de
pousser, en participant à ces mêmes luttes, les choses
à l'extrême, c'est-à-dire d'exacerber les
affrontements entre ces parties de la société et
l'Etat avec sa police. De pousser ceux qui luttent à
dépasser les cadres institutionnels, les syndicats,
les autorités municipales, bref, tous ces dirigeants
qui ne sont pour nous que des ennemis de la liberté
humaine. Plusieurs compagnons à moi, avec leurs
modestes moyens, se sont engagés dans beaucoup de
luttes ; je vais en parler de manière plus détaillée.

En 1989, il y eut une lutte de type écologiste à
Aravissos, en Grèce du Nord, parce que les habitants
ne voulaient point que l'Entreprise Publique des Eaux
(EPE) exploite leurs sources pour approvisionner
Thessalonique. Il y eut des affrontements avec la
police et les CRS, des pompes à eau furent incendiées,
le feu fut mis partout, des barricades furent
dressées... Certains de mes compagnons de
Thessalonique participèrent à cette lutte, et ils y
furent même arrêtés.

En 1990, en Grèce, commence à s'imposer le
néolibéralisme (qui s'était développé dans d'autres
pays dès les années 80, avec les gouvernements de
Reagan et de Thatcher), lequel consiste en la
dé-industrialisation, le licenciement massif des
travailleurs,  la privatisation,  la limitation de
l'Etat social, c'est-à-dire coupures des salaires, des
fonds de retraite et de l'assistance médicale...

Le premier plan de restructuration concernait les
entreprises " à risque ". En effet, entre 1990 et
1991, de nombreuses usines du pays furent occupées, à
Mantoudi, à Lavrio et à Patras. Encore une fois, dans
ces luttes-là, des compagnons à nous étaient présents
avec leurs modestes moyens. Notamment dans les mines
de Mantoudi et dans l'usine de textile de
Paraikï-Paraikï de Patras.

Par la suite il y eut le mouvement étudiant de 90-91,
qui fut, à mon avis, un mouvement grandiose. Nous
réussîmes à faire abolir la loi du ministre de
l'instruction de l'époque, Kontogiannopoulos, qui fut
même contraint de démissionner. Le gouvernement de
droite de l'époque, dans sa tentative de réprimer le
mouvement, employa des infiltrés pour briser les
occupations, et le résultat fut l'assassinat du
professeur Temponeras à Patras. Un autre homicide
d'Etat.

Nous sommes en train d'énumérer des crimes d'Etat,
aucun de mes crimes. Comme riposte à l'assassinat de
Temponeras, il y eut une manifestation avec des
milliers de personnes. Nous aussi y prîmes partie afin
d'exacerber le conflit. Il y eut des affrontements
avec la police et l'Ecole Polytechnique fut occupée à
nouveau pendant deux jours. Incendies, barricades,
destructions... Pendant  cette période-là, le 10
janvier 91, un autre crime fut commis. Lors des
affrontements, les CRS provoquèrent un incendie avec
des lacrymogènes dans un grand magasin. Quatre
personnes périrent carbonisées. Une fois de plus ce
crime resta impuni. Pas d'instruction. L'affaire fut
étouffée.

Un an plus tard, mes compagnons - moi,
personnellement, je n'y étais pas, mais cela n'a
aucune importance - participèrent aux affrontements
dans le dépôt des bus de Votanikos, pendant l'été 92,
quand l'Etat voulut privatiser l'EAS (l'agence des
transports publiques d'Athènes). Lors des
affrontements, mes camarades étaient côte à côte avec
les employés de l'EAS. Par la suite des travailleurs
furent incarcérés sous l'inculpation de sabotage...
Ils avaient détruit les bus de la SEP (une compagnie
de salopards qui avaient racheté les bus). Là aussi
les anarchistes étaient présents avec leurs modestes
moyens.

Avant de parler de la lutte des habitants de
Strymonikos, je veux parler des derniers événements
concernant la mobilisation, l'été 98, des professeurs
non-embauchés, et de la mobilisation étudiante pendant
l'hivers 98-99. Une fois de plus nous étions de la
partie. Un compagnon - Vassilis Evangelidis - qui a
témoigné hier a essayé de parler de ça. Il fut arrêté
lors des affrontements qui eurent lieu en janvier 99
au cours d'une manifestation étudiante.

En général, partout où il y a des désordres, des
affrontements, nous voulons être présents pour attiser
les conflits. Pour nous il ne s'agit pas d'un crime.
En vérité, c'est dans les émeutes que s'expriment le "
peuple souverain " dont parlent les politiciens
professionnels, car c'est là que s'exprime la liberté.

Passons maintenant à la lutte des habitants de
Strymonikos. Longtemps avant d'avoir posé ma bombe,
d'autres compagnons allèrent dans ces villages,
parlèrent avec les habitants, publièrent une brochure
concernant leur lutte. Je parlerai tout de suite
après, et dans le détail, de la lutte de Strymonikos.
Avant je veux parler de mon acte même.

A dire vrai, ce qui m'a inspiré, pour poser cette
bombe, c'était la considération suivante : les
habitants eux-mêmes avaient déjà dépassé les limites.
Si c'était une lutte dans le cadre institutionnel,
semblable à celles que les syndicats ou les autorités
locales essayent de garder confinées ; c'est-à-dire si
elle se bornait à une protestation tiède, je n'aurais
peut-être rien fait. Mais les camarades là-haut - qui
ne sont certainement pas des anarchistes, mais cela ne
m'intéresse pas, ce sont des individus qui veulent eux
aussi leur liberté - ont dépassé les limites établies.
Ils se sont affrontés trois fois avec la police - le
17 octobre 96, le 25 juillet 97 et le 9 novembre 97 -,
ils ont brûlé des voitures de flics et des blindés de
CRS, incendié des vrilles de TVX Gold, ils entrèrent
dans les mines d'Olympiade et ils détruisirent ne
partie des installations. Certains ont même mené une
sorte de guérilla. Souvent ils sortaient la nuit avec
leurs carabines de chasse et ils tiraient des coups en
l'air pour effrayer les policiers. Moi, je dis qu'il
s'agit de véritables canailles ; c'est eux qui nous
ont dépassé. La répression s'en suivit, notamment en
97, quand la loi martiale fut promulguée dans la
région. Le chef de la police de Chalcidique émit un
décret qui interdisait les manifestations et les
rassemblements. Dans les villages montèrent les EKAM
et, pour la première fois depuis 1980, même les AURE,
les fourgons blindés de la police. Maintenant ils
avaient envoyé les AURE là-haut, près de la
Chalcidique ! Je pensais qu'il fallait faire quelque
chose, ici à Athènes. Ce n'était pas possible que les
autres là-haut subissent la répression tandis que nous
restions les mains dans les poches...

Le Ministère de l'Industrie et du Développement était
l'une des clés de cette histoire. La lutte de
Strymonikos est une lutte contre le " développement ",
la " modernisation " et toutes ces conneries-là.
Derrière de telles expressions, il se cache les
profits des multinationales, les profits de " nos "
capitalistes grecs, les profits des grands chefs de
l'Etat et des bureaucrates, de ceux qui touchent des
pots de vin, des entreprises techniques... et de tous
ceux-là. Le " développement " et la " modernisation "
dont ils parlent n'ont rien à voir avec la
satisfaction des besoins populaires. Rien à voir.
Alors j'ai posé une bombe. La justification de cet
acte se trouve dans le texte par lequel la première
fois j'avais assumé toutes mes responsabilités. Dans
ma déclaration de janvier 98, je dis : placer l'engin
signifiait lancer un double message politique. Tout
est politique. Même si tu utilises ces moyens, de tels
messages sont politiques. La guerre elle-même est un
moyen de pression politique. Dans ce cas mon acte
était un moyen politique, une pratique politique.
Avant tout un message aux habitants des Strymonikos,
disant : " Canailles, vous n'êtes pas seuls, il existe
d'autres individus, fût-ce à six cent kilomètres, qui
s'intéressent à votre situation ". Non pour des
raisons personnelles... Dans ces villages, moi,
contrairement à d'autres compagnons, je ne connais
personne. Finalement cette lutte ne se déroulait pas
au coin de ma rue, mais la question n'est pas là.
Simplement mon principe, et en général le principe des
anarchistes et d'autres révolutionnaires, c'est le
suivant : la liberté sociale est une et indivisible.
Dès lors, au moment où la liberté est attaquée dans sa
partie la plus infime, c'est comme si elle l'était
dans sa totalité. Quand leurs libertés sont bafouées,
c'est donc mes propres libertés qui sont bafouées.
Leur guerre sera aussi la mienne, dans une région où
le " peuple souverain " - c'est encore une expression
employée par les politiciens de profession - ne veut
pas ce que veulent L'Etat et le capital, c'est-à-dire
les mines d'or de TVX Gold.

D'ailleurs je savais, comme je l'ai déjà dit, que
j'allais causer des dégâts. Oui, j'avais l'intention
de faire des dégâts matériels. Mais quels dégâts ? À
la vitrine du dépôt où j'ai placé mon engin ? J'étais
conscient du peu de dommages que j'allais provoquer.
Mais même s'ils avaient été plus graves, cela n'aurait
pas changé grand chose pour moi. Parce que la liberté
ne se mesure pas avec les dégâts matériels d'une
vitre, d'une voiture de l'Etat, ou d'une propriété de
l'Etat. Pour moi le Ministère n'est pas une structure
qui représente un bien commun, comme disent les
accusations. Un bien étatique, oui, un bien social,
non.

Au fond, même si mon engin n'a pas explosé, moi, mon
message je l'ai envoyé quand même. Naturellement j'ai
été arrêté parce que j'ai commis l'erreur de laisser
mes empreintes sur la bombe. Je réaffirme que, même si
la bombe n'a pas explosé, mon message a été néanmoins
entendu. Vous l'avez reçu, mais l'ont reçu également
les habitants de Strymonikos. Ils disent que je suis
l'un des leurs, même s'ils ne m'ont jamais rencontré.
Il ne peut pas exister une chose plus belle.
Naturellement, je le répète, je n'ai point à m'en
repentir.

Maintenant je ferai référence aux aspects techniques.
Je suis un révolutionnaire social, et, à partir du
moment où tu te définis ainsi, cela veut dire que tu
agis pour le bien de la société. Sur la base de ce
principe, donc, je n'aurais jamais fait du mal à des
citoyens. J'aurais pu faire du mal à un policier. Ce
sont eux que je considère comme mes ennemis. Vous
aussi, vous êtes mes ennemis. C'est-à-dire que je fais
ces différences. Je suis en train de faire une
évidente différence de classe. D'un côté il y a les
ennemis de classe, de l'autre côté il y a tous les
autres. Cependant, dans ce cas spécifique, je n'avais
aucune intention de faire du mal ni à monsieur le
policier gardien du Ministère, ni à quiconque d'autre
; surtout pas à un civil.

La méthode employée en général par les organisations
ou les individus, lors d'actions de ce genre, c'est la
suivante : on place la bombe devant la cible choisie
et on téléphone à un journal. Moi, j'appelai le
journal Eleutherotipia et je dis : " D'ici une demi
heure une bombe va exploser au Ministère ", ainsi que
l'indique le dossier ; " Une bombe explosera au
Ministère du Développement pour la question de TVX et
de Strymonikos ". Ainsi, comme il fut démontré
pratiquement, la police arriva sur place ; elle bloqua
une zone de deux mille mètres carrés - comme l'affirme
l'artificier - interdisant l'accès aux piétons comme
aux voitures ; elle attendit l'explosion de la bombe.
Comme ces mêmes messieurs l'ont déclaré, ils
attendaient que le délai de sécurité expire,
c'est-à-dire la demi heure que j'avais moi-même
établie ! Soit qu'elle eusse explosé, soit qu'elle
n'eusse pas explosé, il n'y aurait eu aucun danger
pour la vie humaine. Si elle avait explosé, il n'y
aurait eu que des dégâts matériels. Telle était mon
intention. Il n'y avait aucune possibilité d'erreur,
même si elle avait explosé avant. 

Comme le message était politique et symbolique, je
n'avais aucune intention de provoquer beaucoup de
dégâts matériels ; c'est pourquoi j'ai employé une
petite quantité d'explosif. Même si j'avais eu la
possibilité d'employer cinq, sept ou dix kilos
d'explosif, je ne l'aurai pas fait. Tout cela est
démontré par le fait que l'on a trouvé pas mal de
choses chez moi, et que j'avais donc la possibilité de
causer beaucoup de dégâts, toujours matériels. Je ne
l'ai pas fait. Si j'avais pu détruire entièrement le
Ministère sans faire de victimes, je n'aurais pas eu
la moindre hésitation. La seule chose que je regrette,
je le répète, c'est d'avoir commis une erreur
technique. Maintenant je veux dire autre chose. Cette
action je l'ai accomplie seul, personne d'autre
n'était avec moi. Certes, le message revendicatif
était signé " Guérilleros urbains anarchistes ", mais
cela ne signifie pas qu'il y eût d'autres personnes à
part moi. C'était une phrase qui indiquait seulement
le milieu d'où je venais. Naturellement, je n'aurais
pas signé " Nikos Maziotis ", tout comme je n'aurais
pas dit au journal que c'était moi qui avais mis la
bombe là-bas. J'aurais pu dire " Anarchistes ", par
exemple. Que cela soit clair, j'ai pris tout seul
l'initiative de l'action. Il n'y avait ni groupe, ni
organisation, ni rien de rien. Rien ne démontre
l'existence d'une organisation, ou le fait que
j'aurais fourni tel groupe ou telle organisation.
J'étais tout seul et le matériel était uniquement le
mien.

Maintenant je veux parler d'une façon plus large du
concept de solidarité, des mes motivations, du sens de
cette solidarité. Je crois que les hommes se sont
associés, que la société a été créée sur trois bases :
la solidarité, la réciprocité, le mutualisme. C'est
donc sur ces trois bases que se fonde la liberté
humaine. Quand tu touches à une partie de la liberté
humaine, c'est comme si tu touchais à sa totalité.

Le fait qu'un groupe social, dans un temps et dans un
endroit différents, entreprenne une lutte - que ce
soit des étudiants, des agriculteurs, des communautés
locales ou des travailleurs - relève d'une importance
énorme pour moi et pour les anarchistes en général. Et
cela n'a rien à voir avec le fait que mes intérêts
coïncident ou pas avec ceux du groupe en question. Si
quelqu'un réclame une augmentation de salaire, s'il a
des revendications corporatives, peu m'importe. Pour
moi, solidarité signifie pleine acceptation et
soutien, par tous les moyens, du droit que les hommes
doivent avoir de pouvoir déterminer leur vie comme ils
veulent, sans que d'autres, tels l'Etat et le capital,
décident à leur place.

Dans ce cas précis, c'est-à-dire dans la lutte de
Strymonikos, mais aussi dans toute autre lutte
sociale, ce qui compte le plus pour moi, c'est que les
hommes veulent prendre leur destin en main et
n'acceptent pas qu'un quelconque chef de police,
fonctionnaire ou capitaliste décide de leur vie. Ce
qui compte, c'est qu'ils ne veulent pas l'usine, parce
qu'ils n'aiment pas ce qu'on leur impose par la
violence.

En ce qui concerne la question de la violence
politique, dès le début on a essayé de présenter cette
histoire comme une affaire de " criminels répugnants
", de " terroristes qui posent des bombes à
l'aveuglette ", alors que ce n'est pas vrai du tout.

Si, au niveau théorique, le terrorisme, c'est la
violence contre des citoyens et contre une population
civile, alors cela vaut exclusivement pour l'Etat.
L'Etat seulement attaque les citoyens, ce qui explique
les mécanismes répressifs, les CRS, les EKAM, l'armée,
les forces spéciales ; des mécanisme qui, de plus,
volent le peuple en le taxant pour financer des
professionnels armés, des policiers. Ceux-ci ne
s'entraînent-ils pas à tirer sur des cibles ? Pourquoi
ont-ils des armes, sinon pour les utiliser ? Les CRS
ne sont-ils pas équipés de gaz chimiques ? Pour les
lancer où ? Contre les citoyens lors de manifestation
ou de rassemblement. De fait, seul l'Etat use de la
violence contre les citoyens. Moi, je n'ai usé
d'aucune violence contre un citoyen.

Je dirai précisément ce que signifie terrorisme.

Le terrorisme, c'est lorsque les manifestations, les
occupations, les grèves sont réprimées. Lorsque les
CRS ont matraqué les retraités, il y a quatre ou cinq
ans, devant le palais présidentiel. Lorsque le
policier Melistas a tué Kaltezas. Lorsque Koumis et
Kanelopoulou ont été assassinés par les CRS, le 16
novembre 81, pendant la manifestation à l'Ecole
Polytechnique. Si je me souviens bien, ils n'ont pas
été tués par des balles, mais suite à un tabassage. Le
terrorisme, c'est lorsque Christos Kassimis a été tué.
Je vais en parler de manière détaillée. En 1977, un
groupe de révolutionnaires avait essayé de brûler
l'usine A.E.G. à Agios Ioannis Rentis. C'était un acte
de solidarité. A cette époque-là, des guérilleros de
la R.A.F. avaient été tués dans les cellules blanches
de Stammhein, à Stuttgart, en Allemagne de l'Ouest.
Les cellules blanches à elles seules sont du
terrorisme. Les prisons sont du terrorisme. Voilà les
motivations de l'action solidaire contre A.E.G. Dans
cette tentative, qui a échoué, Christos Kassimis a été
tué par deux policiers gardiens de l'usine. De plus,
d'après ce que j'ai pu lire, il a été abattu de sang
froid, une balle dans le dos.

Le terrorisme, c'est lorsque des forces spéciales de
la police envahissent la faculté de chimie, en 95, en
frappant les anarchistes et les jeunes. Le terrorisme,
c'est lorsque Temponeras est assassiné à Patras.

Terrorisme, c'est lorsque Christos Tsoutsouvis est tué
en 85. Mais cette histoire aussi a quelque chose de
particulier que je veux souligner. A Christos
Tsoutsouvis nous pouvons appliquer la phrase de
Thucydide (si vous le connaissez, c'est l'historien de
l'Antiquité qui a raconté l'histoire de la guerre du
Péloponnèse) : " La mort dans la bataille est un titre
d'honneur accompagnée par l'acclamation des citoyens
". Tsoutsouvis a été tué par des policiers, mais non
sans qu'il en emporte deux ou trois avec lui. Pour
moi, il était un combattant. Je crois que la société
en a besoin d'autres.

Le terrorisme, c'est lorsque les citoyens sont tués
pendant de simples contrôles d'identité. A ce propos
aussi je vais citer quelques exemples. Christos
Moratis, un gitan, a été tué dans un barrage de police
de la route, en octobre 96, à Livadia. Un citoyen sans
armes... Cela est un crime. Mais la justice,
qu'a-t-elle fait ? Tout simplement, elle a félicité le
policier.

Le terrorisme, c'est lorsqu'ils arrêtent Pomaque Ali
Yioumphrase pour ivresse et qu'il est trouvé mort dans
le commissariat de police. Ils prétendirent qu'il
était mort d'un arrêt cardiaque. Quand, en janvier 91,
un réfugié politique turque, Souleiman Akiare, fut
tabassé à mort, le ministre de l'ordre publique de
l'époque invoqua là aussi un problème cardiaque. Selon
le rapport du médecin légiste, pourtant, il était
couvert de bleus.

Le terrorisme, c'est aussi ce même tribunal. Tout
procès contre un militant ou un révolutionnaire, c'est
du terrorisme, un message d'intimidation adressé à la
société. Je l'ai dit hier dans ma déclaration, quand
vous m'avez demandé si j'acceptais les accusations. Je
le répéterai. Ce procès étant politique, son message
doit être clair : quiconque lutte contre l'Etat et le
capital sera criminalisé, sera baptisé " terroriste ".
Pour toute solidarité avec les luttes sociales, un
sort identique : elle sera criminalisée et écrasée.
Voilà le message de ce procès, voilà son terrorisme.
Terrorisme envers moi, terrorisme envers les
anarchistes, terrorisme envers les habitants de
Strymonikos (un message identique lie mon procès à
celui qu'ils sont en train de subir suite à leur
mobilisation). C'est ça le terrorisme, certainement
pas mon acte de solidarité qui n'a blessé aucun
citoyen.

Bien souvent, lors des actes de ce type, par exemple
lors d'explosions de petites bonbonnes de gaz, les
médias répètent, parfois avec plus de zèle que la
police, leur mensonge : " ... peu s'en est fallu que
nous ayons des victimes ", et ainsi de suite. Mais en
vérité une telle chose n'est jamais arrivée. Bien sûr,
tout cela vise à donner des fausses impressions, à
renforcer le consensus social autour de la répression
; à me condamner, par exemple, à une lourde peine. "
Nous avons trouvé quelqu'un qui a commis la faute de
laisser son empreinte digitale et nous l'avons arrêté.
A-t-il revendiqué son acte ? Eh bien, on va lui en
faire voir maintenant ! ".

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