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(fr) L'«apoligie» de l'anarchiste Nikos Maziotis 2/2

from "Riton & Léo" <ritonleo@club-internet.fr>
Date Mon, 28 Feb 2000 16:59:01 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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[deuxième partie d'un texte piqué à la liste globe_l,
allez faire un tour au
http://www.ecn.org/lists/globe_l]

Passons maintenant à la lutte de Strymonikos. Bien que
je ne sois jamais allé là-bas, je vous relate quelques
faits historiques. Les mines que la multinationale TVX
Gold acheta existent depuis 1927 ; Bodossakis en était
le propriétaire. Dans ces mines, où d'innombrables
accidents de travail eurent lieu, plusieurs mineurs
furent atteints de silicose, une grève sanglante
éclata en 77. Les revendications des mineurs
concernaient le salaire, les soins médicaux, les
mesures de sécurité dans les galeries. À cette
époque-là, des blindés de la police furent envoyés
dans la région, des nombreuses arrestations et
condamnations s'en suivirent, le terrorisme de la loi
martiale fut imposé dans la région. Tout comme
aujourd'hui.

À un certain moment, cette compagnie fut déclarée " à
risque ", comme d'ailleurs tant d'autres. À la fin des
années 80, l'Etat - à travers la Société Minière de
Développement Industriel (METVA) - planifia
l'installation d'une usine de traitement de l'or. En
92, la compagnie passa sous contrôle de l'Etat, et en
décembre 95 ce dernier vendit finalement les mines à
TVX Gold. Les habitants de Strymonikos ne voulaient
pas de cette installation. Soixante dix ans d'activité
minière causèrent de graves problèmes
environnementaux. Cette lutte a une importance
immense, cela a été largement prouvé. Les intérêts en
jeu sont internationaux.

Les mobilisations commencèrent au début de 96. Les
habitants bloquèrent la route nationale
Thessalonique-Kavala, ils dressèrent des postes de
garde d'où ils surveillaient l'entrée des
installations minières afin d'empêcher le passage des
véhicules de l'entreprise et le commencement des
travaux de forage. Avec ces pratiques, les habitants
déclarèrent : " Nous sommes ici. Vous ne passerez pas
! "

De cette façon, ils obligèrent la compagnie à
suspendre provisoirement ses activités. Le 21 octobre
96, TVX Gold envoya un ultimatum à l'Etat grec et au
Ministère du Développement disant : " Si les travaux
ne commencent pas immédiatement, nous partons ". L'un
des plus grands investissements du pays (soixante cinq
milliards de drachmes) risquait ainsi de s'enfuir.

Quand les premiers accidents éclatèrent - le 17
octobre - et que les habitants furent parvenus à
refouler les policiers de la région, le président de
la Fédération des Industries Grecques (SEV), Iasson
Stratos, déclara : " Ces accidents nuisent au prestige
du pays à l'étranger " . Il avait raison, parce qu' "
il n'est pas possible que deux milles mufles " - c'est
ainsi que les politiciens parlent du simple peuple -,
" il n'est pas possible que deux milles personnes nous
ruinent nos investissements, en empêchant qu'une
compagnie étrangère puisse s'installer chez nous ; il
faut mettre fin à cette réaction ".

Vous comprenez alors, cette lutte n'avait plus un
caractère restreint et local. Elle avait des
répercussions internationales parce qu'elle créait un
précédent : " Si nous ne pouvons pas garantir un
investissement étranger en Chalcidique, aucun autre ne
sera possible. Si le peuple se révolte et n'accepte
plus la volonté de l'Etat, l'économie est ruinée ".


Un an plus tard, ils recommencèrent les travaux, afin
de permettre l'extraction de l'or. En juillet 97, les
habitants détruisirent un trépan de l'Institut de
Recherches Géologiques et Minières (IGME) et se
heurtèrent à la police. Au mois de novembre, ils se
rassemblèrent et manifestèrent en direction des mines.
Mais depuis le mois de septembre, si mes souvenirs
sont exactes, l'Etat avait envoyé sur place des
centaines des policiers de Thessalonique, prévoyant
les vives réactions des gens. Des CRS d'Athènes, des
EKAM, des véhicules blindés furent déployés dans la
région (rien de tel ne s'était vu depuis 80). Toute
une armée d'occupation fut installée en permanence.
Malgré cette force répressive, l'Etat n'est pas venu à
bout de la résistance. Le 9 novembre, il y eut des
incidents (comme je l'ai dit tout à l'heure, des
voitures de police, des cars des CRS furent détruits,
un trépan de la compagnie brûlé, des coups furent
tirés en l'air pour intimider les policiers).

Je le répète, c'est ce contexte qui a inspiré ma
décision de placer la bombe au Ministère de
l'Industrie et du Développement. La lutte avait déjà
dépassé tout caractère local.

Pour nous, les anarchistes, les luttes et la
solidarité ne respectent pas les frontières. Pour mes
compagnons et pour moi, les luttes qui se déroulent à
l'étranger ont une importance immense.

La guérilla des Zapatistes, qui continue au Chiapas
depuis 94, est pour moi très importante. C'est une
lutte de plus contre le néolibéralisme, une lutte qui
se fait avec des armes, avec des masques... une
véritable guerre. Il s'agit d'une violence politique à
laquelle je ne suis certainement pas opposé. Je n'ai
jamais déclaré être contre, n'étant pas ce qu'on
appelle un bon citoyen.

Le mouvement des sans terre au Brésil - des paysans
pauvres qui occupent la terre des grands propriétaires
pour la cultiver collectivement - a aussi pour moi une
importance immense.

Très important également, le mouvement des chômeurs en
France pendant lequel il y eut de nombreuses
occupations et des heurts avec les forces policières,
l'hiver 97-98.

Une lutte tout aussi significative est celle qui se
déroula en Turquie, lutte analogue à celle de
Strymonikos. Une autre multinationale, Eurogold, voulu
s'implanter à Pergamos, et plus précisément au village
Ovantchik, si ma mémoire est bonne. Les paysans turcs,
exactement comme les habitants de Strymonikos, ont
empêché jusqu'à présent l'installation de l'usine
métallurgique. Ils ont fait échouer l'investissement
d'Eurogold, en bloquant la route Izmir-Istanbul, en
s'affrontant avec la gendarmerie et l'armée.
Remarquable coïncidence, quelqu'un aussi posa une
bombe au bureau de la compagnie à Izmir, exactement
comme moi. Alors, comme vous voyez, toutes ces
pratiques sont partie intégrante des luttes sociales,
partout. Nous sommes fiers de ces pratiques.

En ce qui concerne l'usine de Pergamos, les médias
grecs, le Ministère de l'Aménagement du Territoire,
des Travaux Publics et de l'Environnement (YPEHODE) et
le Ministère de l'Egée déclarèrent hypocritement que
la construction de l'usine à Pergamos polluerait la
mer Egée. Mais ils ne disaient pas la même chose pour
la baie de Strymonikos. Ce qui vaut pas pour la
Turquie, ne vaut pour la Grèce ! Ici apparaît
clairement l'hypocrisie de l'Etat grec, des médias,
des politiciens.

Je ne crois pas qu'en réalité vous me jugiez pour "
terrorisme ", ni pour ma prétendue " intention de
nuire à des vies humaines ". Cela n'est qu'un
prétexte. En réalité, vous me jugez pour tout ce que
j'ai dit jusqu'à présent, pour ce que je suis. Parce
que je suis anarchiste, pour mes convictions et mon
passé. Parce que tous ses éléments sont pour vous des
circonstances aggravantes : " Eh bien, puisque tu
étais à l'occupation de l'ASOEE, puisque tu étais
insoumis, puisque tu étais ça et là...". Selon vous,
bien sûr, je n'ai pas une vie honnête, mais pour moi
je suis un homme honnête. Naturellement, l'histoire
des victimes que prétendument j'aurais pu faire n'est
qu'un vil prétexte. Au fond, l'Etat a prouvé qu'il ne
se soucie pas des citoyens. Au contraire, quand il
veut consolider sa domination, il supprime des vies
humaines. Au fond, la seule chose que l'Etat veut,
c'est garder le monopole de la violence (" moi seul,
l'Etat, je peux supprimer des vies humaines "). Seuls
les agents de l'Etat, les policiers, tant en uniforme
qu'en civil, les CRS, les EKAM s'arrogent le droit
d'assassiner. Qui que ce soit d'autre, est jugé comme
criminel. L'Etat, lui, est intouchable. Chaque fois
que des citoyens sont tués, la justice accepte les
allégations de la police. Non parce qu'elle les croit,
mais pour des raisons d'intérêt. Elle accepte ceci : "
la balle a accidentellement dévié de sa trajectoire ",
" le coup du policier est accidentellement parti ", il
" était en état de légitime défense ",
accidentellement ceci et cela... tout un tas d' "
accidentellement " . Mais, en réalité, tous les
exemples cités (et d'autres plus précis j'en
ajouterai) sont des assassinats de sang froid. Très
peu de policiers se sont trouvés au banc des accusés.
Tous sont dehors, fiers. Fiers!

Un témoin de la défense a déjà parlé de l'affaire
Panagoulis. C'est tout à fait vrai que l'attentat de
Panagoulis contre le dictateur Papadopoulos, le peuple
grec l'avait approuvé. C'était un attentat. Et alors,
qui pouvait-il tuer ? Un dictateur !

Sur ce point, on pourrait facilement argumenter qu'à
cette époque-là, c'était une dictature militaire, et
qu'il était justifié d'utiliser la violence comme
moyen de pression politique, tandis que maintenant
nous avons une " démocratie parlementaire ", nous
avons des " libertés " et des " droits " ! Je ne pense
pas que ce soit comme ça... Après tout ce que j'ai
dit, je ne pense pas qu'il y ait de droits. Sur le
papier peut-être, mais en réalité, il n'en est rien.
Je vais citer des exemples se situant après la chute
de la dictature, la période de la prétendue démocratie
- démocratie entre mille guillemets, à mon avis -,
période pendant laquelle il y eut des assassinats pour
réprimer les luttes sociales. Cela démontre que pour
le peuple rien n'a changé après la fin du régime des
colonels (1974). Les faits parlent d'eux-mêmes. Les
premières émeutes, si je me souviens bien, se
déroulèrent en juillet 75. À Athènes, en mai 76, les
véhicules blindés de la police apparurent une fois de
plus dans les rues. Une loi anti-ouvrière et
anti-grève, la loi 330, fut promulguée par Laskaris,
ministre du Travail dans le gouvernement de droite de
l'époque. Une grande manifestation ouvrière s'ensuivit
le 25 mai 76. Il y eut des affrontements, une attaque
contre les locaux du journal Vradyni, des feux, des
cocktails Molotov... Un véhicule blindé de la police,
en poursuivant des manifestants, tua une femme de 67
ans, Anastassia Tsivika. Aucun policier ne s'est
trouvé au banc des accusés. Dans d'autres cas, des
projets de loi sont votés sans que personne ne soit
consulté. Par exemple, en 90, l'accord pour les bases
militaires américaines fut renouvelé. Le peuple de
Hania, en Crète, ne l'a pas accepté. En juin 90, il y
eut une manifestation ; les manifestants, frappés par
les CRS, réagirent en attaquant la police et en
brûlant la préfecture d'Hania.

En 1991, si mes souvenirs sont exacts, les
agriculteurs du département d'Hêraklion, toujours en
Crète, ont brûlé la préfecture. Comme vous pouvez le
constater, la violence politique est exercée par tous.
Par toute la société, par toutes ses composantes et
toutes les classes. Par tous ceux à qui l'Etat porte
atteinte. Ce que l'Etat recherche, c'est de réprimer
chaque individu de manière isolée. Vous connaissez
bien sûr cette expression que le premier ministre,
Simitis, utilise chaque fois que des luttes sociales
éclatent : " l'automatisme social ". Et cela afin de
dénigrer ces mobilisations - les barrages des routes,
les occupations, et tous ces actes - comme si elles
s'opposaient aux intérêts du reste de la société, qui
selon vos dires réagit automatiquement contre elles.
Ce qui n'est pas vrai. Il s'agit simplement de la
tactique " diviser pour régner ", c'est-à-dire semer
la discorde pour étouffer la solidarité. Car la
solidarité a une importance immense. Chacun est
réprimé plus aisément quand il est isolé. Quand il y a
une grève et qu'il n'y a pas de solidarité, elle est
plus rapidement brisée. Le pouvoir parle toujours
d'une " minorité ". L'argument de l'Etat est le
suivant : " c'est une minorité corporatiste avec des
intérêts rétrogrades qui sont axés contre la
modernisation, le développement, les réformes " et
toutes ces conneries. Et alors ! Il n'y a pas de
groupe qui ne soit entré en conflit avec l'Etat,
surtout pendant les années 90, qui n'ait pas été
réprimé de manière isolée et qui n'ait pas été
confronté aux arguments : " vous êtes une minorité ",
" votre lutte s'oppose aux intérêts du reste de la
société ". Dans tous les cas, c'est ce qui se déroula
avec les travailleurs des entreprises " à risque " qui
occupèrent leurs lieux de travail en 1990-91. Avec les
élèves qui firent des occupations en 1990-91 et plus
récemment en 1998-99. Avec les employés de l'EAS en
1992. Avec les barrages sur les routes nationales des
agriculteurs en 1995 et en 1996. Avec les
mobilisations de profs précaires qui luttèrent contre
la suppression de la liste prioritaire dans les
embauches et contre les examens du Conseil Suprême de
Choix de Personnel (ASEP). Et naturellement, avec les
habitants de Strymonikos.

Au fond ce qui est visé, c'est la solidarité. Et c'est
ce qui est visé aussi, ouvertement, dans mon procès.
Pour l'Etat la répression est chose plus aisée
lorsqu'elle s'abat sur des individus isolés.

Bien sûr, la violence policière ne peut suffire pour
la répression. Finalement, j'ai abouti à cette
conclusion - pour revenir à mon propos - que la
différence entre dictature et démocratie parlementaire
(ou plutôt devrais-je dire oligarchie capitaliste),
c'est que la dictature militaire s'impose par le biais
d'une violence non dissimulée, tandis que la "
démocratie " s'impose plutôt à travers le contrôle
mental des citoyens, grâce à l'arme des médias, grâce
au mensonge. Car je ne pense pas que le peuple, en
élisant ses maîtres tous les quatre ans, soit libre.
Il les élit, mais quand ils ne tiennent pas leurs
promesses, il ne peut pas se débarrasser d'eux.

Dans l'Athènes de l'Antiquité, ce n'était pas comme
ça. Chacun pouvait parler dans l'agora, chacun
exprimait ses idées, qu'elle que fût sa position
sociale. Et à tout moment, quiconque occupait une
fonction publique, pouvait être révoqué.

Mais la démocratie a prouvé également qu'elle n'a
aucun problème, lorsque le mensonge et le contrôle
mental ne suffisent plus, à utiliser aussi la violence
policière, à tuer, à torturer et à terroriser.

Finalement je ne suis jugé ni parce que j'ai placé une
bombe, ni parce que je possédais trois armes et dix
kilos de dynamite. Au fond, l'armée et la police ont
beaucoup plus d'armes que moi et elles les utilisent.
Il n'y a pas de comparaison.

Je n'ai rien d'autre à dire, si ce n'est que je n'ai
aucun regret, quelle que soit la peine que vous
m'infligerez - et vous le ferez. Je demeure ce que je
suis. Je peux même dire que la prison est une école
pour le révolutionnaire. Son endurance, ses idées sont
mises à rude épreuve. Et s'il résiste à cette épreuve,
il devient plus fort et sûr de la justesse de la cause
pour laquelle il a été emprisonné. Je n'ai rien
d'autre à dire.

Tribunal d’Athènes, le 7 juillet 1999

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