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(fr) D'autres salutaires réflexions sur la violence au lendemain de la "Bataille de Québec"

from worker-a-infos-fr@lists.tao.ca
Date Mon, 28 Feb 2000 06:15:46 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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[Le texte qui suit vient de commencer à circuler dans
le mouvement anarchiste québécois]

L’après Seattle sera violent ou ne sera pas

--> un texte de FYJ

Voilà que les luttes, les batailles menées par bien
des gens nous démontre quelque que chose de bien
tangible. L’après Seattle conduit indubitablement à
une prise de position politique des gens, et cette
prise de position se fait en faveur de l’action qui
peut parfois être violente. Nous voyons ainsi que les
arguments démagogiques des non-violents ne nous
atteignent plus.

Le Sommet de la Jeunesse y était pour quelque chose.
Les manifestations brutalement réprimées ont du moins
servi à montrer une chose : la violence peu être
employée comme solution lorsqu’il est impossible de
faire autrement, et voilà que l’on remarque bien que
l’autrement n’existe pas!

Et si les jeunes avaient décidé d’agir? Chronique de
la non-violence déboulonnée :

Les arguments non-violents que l’on entend ne riment à
rien, on le sait bien. Mais pourquoi? Voyons voir de
près ce qu’on peut entendre de la bouche des membres
de ces sectes, dont le CANEVAS est leur Vatican
idéologique et Duhamel le grand pape gâteux.

1. « On ne peut changer les choses avec les même
moyens que nos adversaires » : cette phrase est
souvent employée pour dire que si le gouvernement est
violent, en étant nous-même violent, on devient comme
lui.  Il est tellement facile de mélanger les concepts
et les choses. Mais allons plus loin : en aucun cas
notre violence serait celle du gouvernement. Nous ne
voulons pas organiser une force policière pour
contrôler les gens. On se démarque de nos adversaire
dès cela. Nos moyens sont différents : nous ne prônons
pas l’utilisation de la force pour réprimer la
contestation. Nous ne sommes pas payés pour faire
cela. Les flics agissent violemment parce qu’ils en
ont reçu l’ordre. Si on leur demandait de pelleter de
la neige à la place, ils le ferait. Nous agissons par
nécessité, pas eux; que ce soit pour notre survie,
pour se défendre ou pour faire changer une situation
que nous considérons intolérable. Personne n’oblige
quelqu’un à devenir flic; nous somme pauvres par
obligation, pas par choix. La violence devient alors
non pas un choix, mais une nécessité tactique.

2. « On ne répond pas à la violence par la violence »
: sentence clef du mouvement pacifiste qui tend à
démontrer (en conséquence de la première affirmation)
que la violence ne fait qu’engendrer d’autre violence.
À cela, on n’a qu’à répondre : oui, et puis? Il n’y a
aucun problème à vouloir qu’une violence de la part
des autorités engendre une réponse violente de notre
part. Et puis, la violence, on la subit quand même,
alors elle est présente, nous ne décidons pas
unilatéralement d’utiliser la violence de n’importe
quelle manière et sans raison. Nous sommes capable de
justifier son emploi ; que ce soit en cas
d’autodéfense ou parce que c’est la seule façon de
faire changer les choses.

3. « Il faut être conséquent : nous désirons une
société non-violente, alors nous employons des moyens
non-violents. » Oui, nous sommes conséquent, c’est un
fait, mais qui a dit que nous désirions une société
non-violente? Oui, nous désirons la fin des guerres,
la fin de la violence organisée par l’État. Mais nous
désirons surtout une société où les gens vont être 
capable de répliquer à la violence, et de s’organiser
en fonction de la violence des autres, pour la
minimiser, pour jouir du plus de liberté possible.
Cette affirmation, de la part des pacifistes, dénote
une coupure radicale entre la théorie et la réalité.
Même si nous croyons que dans une société idéale,
personne ne devrait employer la violence contre
quelqu’un d’autre, cela ne veut pas dire que cette
visée de l’esprit peut s’appliquer ici et maintenant.
Il ne faut pas oublier que ce sont les intérêts de
grands capitalistes qui justifient qu’ils emploient la
violence pour arriver à leur fin. Tant que ces
conditions vont exister, il sera impossible d’enrayer
la violence, de leur part comme de la nôtre.

4. « Laissons à l’État le soin d’agir violemment. »
Cette affirmation de la part des non-violents est
terrifiante. Cela veut dire que nous acceptons illico
de ne pas nous battre à armes égales. Sous quels
prétextes? Simplement que nous voulons une société
non-violente (voir #3). La société capitaliste tire
une grande partie de sa force dans le monopole de la
violence et en ce sens, c’est bien plus jouer son jeu
d’accepter ce monopole que de le dénoncer en agissant.
Ne faisons rien de ce que l’État veut, plutôt que de
ne rien faire comme eux. Personne ne peut prétendre
que toutes les fonctions de l’État sont négatives et à
rejeter. Nous prétendons plutôt que l’État ne devrait
pas exister parce qu’il a le monopole de discours, de
représentativité, d’action sur ces fonctions et qu’il
agit selon ses propres intérêts et non dans les
intérêts des gens concernés. Nous voulons que chaque
personne, chaque groupe d’affinité, chaque
collectivité puisse décider du bien qui lui est
propre, et cela inclu aussi l’usage de la violence.
Une collectivité qui décide de s’organiser violemment 
contre une agression extérieure est légitime. Une
collectivité qui décide d’en agresser violemment une
autre ne l’est pas, et cela finit là. Il n’est pas
besoin d’être bien renseigné pour voir la différence
entre les deux types de violence.

5. « Toute violence est mauvaise, parce qu’elle est
violente ». Souvent, les non-violents regroupent sous
une bannière toutes sortes de phénomènes qu’ils
qualifient ainsi de violence. Le problème, c’est que
souvent, tout ce qui va à l’encontre de leur position 
politique est considéré comme violent. C’est un moyen
que ces gens utilisent pour agir d’une manière
beaucoup moins radicale qu’ils ne veulent le laisser
croire. Le CANEVAS en est un bon exemple. Il est
théoriquement contre l’État, le capitalisme, etc. Mais
dès que vient le temps d’apporter une critique plus
globale de l’État et du capitalisme, critique qui
implique qu’on agisse contre ces phénomènes, on se
retrouve au banc des accusés parce que nos tactiques
sont considérées comme violentes. Si on regarde un peu
plus loin, on se rend bien compte que les
revendications de ces groupes restent tout à fait
réformistes sans grande envergure et surtout, ne sont
pas du tout révolutionnaires. Ainsi, la destruction de
la propriété privée devient violente. Le fait de crier
des noms aux flics que l’on déteste est 
violent. Le slogan « la police au service des riches
et des fascistes » est même considéré comme violent
par le CANEVAS! Pourtant, ces gestes n’entrent pas
dans leur définition plus générale de la violence. On
catalogue après coup les actes qui sont mal vus de la
part des leader du mouvement. En fait, toute action ou
parole subversive, ou qui peut entraîner un
débordement ou une perte de contrôle de l’action par
les organisateurs est stigmatisé du sceau de la
violence, même si ça n’a rien à voir. C’est à se
demander si une femme qui assomme ou tue ses violeurs
pour ne pas être violée est considérée comme violente.
D’ailleurs, dans ces cas, on voit bien toute la
contradiction d’un tel système de pensé. Il ne 
faut pas nier la source initiale de violence, celle
qui déclenche notre propre violence, car c’est toute
la différence. Les personnes qui déclenchent la
violence sont d’accord pour l’employer et donc la
trouve d’avance justifiée et justifiable. En
répliquant violemment, nous nous battons avec des gens
qui acceptent l’usage des ces moyens. Nous sommes
forcés de les employer, alors que ceux-ci ne le sont
pas. Ils sont les seuls coupables de notre propre
violence.

6. « Être non-violent est l’action la plus radicale
qui soit ». Cette idée court souvent, pour dire que
cela demande plus de courage et de radicalité de
s’asseoir devant une ligne de flics et de se faire
arrêter et même tabasser que de s’en aller devant une
forte pression. Il est assumé ainsi qu’il est plus
utile de tenter par tous les moyens de résister
pacifiquement, et donc que l’efficacité de l’action
est plus grande en restant assis, que de reculer
devant l’anti-émeute. Mais revenons sur terre. Si
notre objectif est d’empêcher une conférence, de
bloquer la rue, etc., ce n’est pas une fois dans le
panier à salade que nous sommes efficace. L’efficacité
d’une action dépend de notre capacité à tenir le plus
longtemps possible. En reculant en temps voulu, en
revenant à la charge, en détruisant les lieux
physiques, nous gagnons en force, nous faisons
perdurer une situation au-delà du temps permis par les
autorités. Nous ne donnons pas le pouvoir aux forces
de l’ordre de décider du moment où l’action doit
prendre fin, nous agissons selon notre propre agenda,
nous gardons notre liberté d’action. Une personne est
rarement plus utile en prison que libre.

7. « Résister pacifiquement crée un « empowerment »
incroyable » On emploi souvent cette phrase pour dire
que l’action pacifique permet aux gens de reprendre
confiance en eux et qu’elle apporte une prise de
conscience de la possibilité de résister. En fait, la
résistance, qu’elle soit violente ou non, crée cet «
empowerment ». Cependant, se faire arrêter démontre
très bien qui possède le gros bout du bâton, tandis
qu’être capable de défier impunément les cannons de
l’ordre établi encourage à recommencer. Une personne
sous mandat ou qui fait face à des procédures légales
voit son autonomie d’action restreinte par rapport à
d’autres qui peuvent jouir de leur pleine liberté.
Voilà pourquoi il est ridicule d’accepter de se faire
arrêter. La première phase de l’intériorisation de la
répression passe par le consentement que l’on donne
aux forces répressive d’agir à leur guise sur notre
personne.

8. « L’action non-violente attire la sympathie
contrairement à l’action violente qui est tout de 
suite dénoncée. » Il est vrai que dans la plupart des
cas, l’action non-violente ne sera pas autant
stigmatisée que l’action violente. Mais derrière cette
dénonciation/acceptation, il y  a tout un système
médiatique et légal qui agit selon ses intérêts. Si
l’action pacifique est mieux présentée dans les
médias, c’est parce qu’elle dérange moins. Il ne faut
pas oublier que La Presse, Le Journal de Montréal, la
Gazette, le National Post, appartiennent à des 
grands capitalistes qui n’ont pas envie que l’on s’en
prenne à eux. Une action violente est par définition
incontrôlée (par un groupe restreint, on s’entend) .
Donc ces gens vont vouloir que les manifestations
restent sous le contrôle de personnes qui ne désirent
pas s’attaquer à leurs intérêts. On l’a bien vu, dès
que les intérêts privés sont ciblés (i.e : Conseil du
Patronat) la répression et la couverture médiatique
change du tout au tout même pour une action
non-violente. Il s’agit donc de ne pas laisser aux
journaux bourgeois le soin de déterminer pour nous ce
qui est bien et ce qui ne l’est pas. On l’a vu à 
Seattle, les manifs violentes ont aussi entraîné la
sympathie de bien des gens partout dans le monde,
parce que ce qui se passait touchait la planète
entière et que les intérêts de classes se
manifestaient. Les médias ont censuré, dénoncé, etc.,
mais la population (du moins une partie) a gardé sa
sympathie envers le mouvement.

9. « La répression dans le cas d’une action
non-violente ne peut que nous être favorable. Dans le
cas où les autorités ne réagissent pas, nous
atteignons notre objectif, et dans le cas où les
autorité réagissent, nous entraînons sur nous la
sympathie populaire qui fera grossir le mouvement. »
Cette affirmation est loin de s’être réalisée par le
passé. D’abord, il faut se questionner sur les
objectifs. Bloquer pendant une journée un édifice
gouvernemental (ex. : complexe G) ou tenter de bloquer
une conférence quelconque (opération SalAmi) ne
représente pas une énorme victoire. Ce sont des
actions sans lendemain. Obtenir vraiment quelque chose
nécessite un travail plus long. Évidemment, si notre
seul objectif est de bloquer tel ou tel endroit
pendant une journée, la victoire peut être possible.
Mais il semble que les revendications de ces actions
étaient plus importantes... Et si les autorités
réagissent et réprime l’action, un mouvement de
sympathie jaillira de la population outrée? Non, ce
n’est jamais arrivé. Les arrestations à l’opération
SalAmi n’ont jamais abouti sur rien. Cette idée n’est
qu’une vue de l’esprit sans lien avec la réalité. Il
ne faut pas oublier que pour attirer la sympathie, il
faut que les gens soient au courant des dessous de
l’action, et ce ne sont pas les médias qui vont le
faire, mais ce
doit être les gens qui participent à ces actions, par
le biais de journaux, de comités de mob, etc.

10. Enfin, l’argument suprême : « Gandhi et
Luther-King » ont réussi à changer les choses sans
violence. Voilà, voilà, on ressort les fantômes du
passé pour justifier notre action présente, dans un
tour de force de démagogie. Mais en fait, qu’est-ce
qui a vraiment changé? Gandhi a libéré l’Inde?
D’abord, ce n’est pas Gandhi seul qui a fait libérer
l’Inde. Des mouvements pacifistes comme celui-là, il
en existait depuis un siècle en Inde; pourquoi celui
de Gandhi aurait-il libéré l’Inde? La population,
d’ailleurs, était loin d’être unilatéralement
non-violente (ex. : Poulandavie [je ne suis pas
certain de l’orthographe]). L’Angleterre était
d’ailleurs en train de perdre une à une ses colonies,
dont la Chine qui était loin de le faire d’une manière
non-violente), et le coût du système  colonial était
de plus en plus élevé pour la couronne qui ne
jouissait plus des avantages du mercantilisme dans une
société capitaliste industrielle. D’ailleurs, les
grand bourgeois Anglais ne se sont jamais retirés de
l’Inde.  Pourquoi? Tout simplement parce qu’ils
étaient toujours les bienvenus. Et puis en se retirant
de l’Inde, l’Angleterre a laissé un cadeau empoisonné
: la partition du Pakistan, aujourd’hui dictature
religieuse. C’est donc ça la victoire de Gandhi?
Victoire arrachée alors que le système colonial se
démantelait?

Et Martin Luther-King là-dedans? Il aurait été, à lui
seul, l’acteur de l’émancipation des noirs américains,
et ce d’une manière non-violente. Mais faut-il
rappeler que le bon pasteur collaborait avec l’État
qui l’oppressait, et qu’il a gentiment accepté la
répression violente des émeutes noires à Chicago? À
cette époque, des groupes que le Black Panthers Party
étaient en train de déstabiliser le système
capitaliste et de recueillir un énorme support dans la
jeunesse de la classe moyenne blanche, qui elle aussi
se révoltait. Le danger d’une insurrection était bien
réel, et Luther-King a plutôt servi à canaliser les
plus modérés, et surtout les plus conservateurs, pour
empêcher une vrai libération du peuple noir et des
autres peuples. De toute façon, le résultat est
toujours mitigé, plus de 30 ans après. Les noirs sont
toujours un des peuples les plus opprimés en Amérique,
et la pseudo-action de Luther-King n’a que contribué à
empêcher une libération plus totale.

Il ne faut pas plier à la démagogie de la
non-violence. Dans l’espoir que ces quelques arguments
puissent enfoncer un peu leur beau discours dans une
abîme insondable.

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