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(fr) Donner du fil à retorde au diable pour se faire passer pour des anges

from roger.noel@skynet.be
Date Tue, 22 Feb 2000 01:45:51 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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La sociale-démocratie n’est pas à une contradiction
près. Les faits le prouvent. Alors que Berlusconi
flirte avec les néofascistes italiens, alors que la
Turquie se presse aux portes de l’Europe, la classe
politique se distingue par sa désinvolture. Les O.G.M.
? Ils s’en foutent. Erika ? Ils s’en foutent. A
ignominie égale, on préfère isoler politiquement un
Haider pour inviter cordialement un Bill Gates à venir
partager les secrets d’une réussite planétaire.

Jörg Haider est confiant. Au mois de janvier, dans un
entretien à l’hebdo. allemand Der Spiegel, le
populiste et xénophobe autrichien s’est dit fort peu
préoccupé par le tollé que suscite l’arrivée au
pouvoir de son parti : « Il fallait s’attendre à ce
concert de protestations internationales. Cela dit,
dans quelques semaines, tout sera calmé. » Dans cette
déclaration, il faut lire la confiance absolue du
populiste aux « évidences » économiques Européennes.
Afin que tout puisse rentrer dans l’ordre, le « bon
sens marchand » finira inéluctablement par stériliser
toute forme de protestations. Car s’ils ont supprimé
les contacts officiels avec l’Autriche, nulle
déclaration n’a menacé de sanctions économiques.

Dans un monde où tous reconnaissent le totalitarisme
marchand, les professionels du consensus ne souhaitent
pas remettre en cause cette puissance-sans-visage »
qui occulte le champ du politique. Il est donc
préférable pour le bien-être de tous de s’en remettre
à de stériles condamnations dont le seul bénéfice
revient à ceux qui les ont ratifiées : celui de ne pas
avoir à prendre la responsabilité de perturber la 
circulation de la marchandise.

Dans le même entretien : « ...nous devons être
parfaitement conscients qu’un régime autoritaire,
voire totalitaire, peut très vite émerger d’une
situation démocratique ».

Haider nous met en garde contre ce qui est une
évidence avérée depuis déjà une bonne dizaine
d’années. A savoir que le totalitarisme marchand
prodigue aux consommateurs de toutes bourses, un vaste
assortiment d’aliénations : recours aux
pseudo-alternatives au désespoir (consommation jamais
assouvie de médocs, de culture et de voyage, de sexe
et d’ « amitiés »), participation illusoire aux
processus démocratiques (de droite à gauche, la même
impuissance politique), irresponsabilité tant
politique (vote délinquant pour l’extrême-droite
populiste) que collective (ou sociale : on laisse bien
pourrir les vieillards dans des mouroirs où leurs
petits-enfants, gorgés de Ritaline, les visitent avec
des regards cathodiques ! ) exhortant le pessimisme
beauf du «qu’y-puis-je-seul-devant-mon-écran? », et
l’individualisme militant à la
«moi-ça-me-va-je-mange-bio-au-fond-des-bois-et-toi ?
».

Selon la rhétorique antifasciste, les
national-populismes Autrichien, Suisse, Flamand ou
Italien se nourriraient essentiellement de
l’extrême-droite traditionnelle, des nostalgiques du
IIIe Reich aux hooligans des stades de foot. Cette
interprétation des faits est incomplète et fort
commode. Elle a le double avantage de permettre à
l’Europe sociale-démocrate de redorer son blason en
pleine crise morale et de masquer son impuissance à
lutter contre la mercantilisation non moins
totalitaire de leurs démocraties. Et cela, en refusant
la réalité  : en effet, Haider recrute principalement
chez les jeunes et chez les ouvriers déçus de
l’austro-socialisme. Car enfin, si le FPÖ, le Vlaams
Blok ou la Ligue du Nord (en Italie) connaissent un
aussi grand succès, cela tient avant tout à
l’écoeurement que  provoquent «les démocraties
périmées». Les populistes ont en outre eut le
machiavélisme d’exploiter à fond ce malaise en usant
du seul discours qui vaille à présent d’être écouté :
celui de la marchandise.

Nationalisme et multinationalisme : même public, même
créneau, même combat.

« Face à une classe politique confite dans son ronron
satisfait, Jörg Haider, véritable produit de la
société du spectacle, enfant lifté et bronzé
d’Internet et des culottes de peau, est apparu comme
un play-boy moderniste au parler vrai secouant le
panier des vieux crabes qui se partagent l’assiette au
beurre. » (J.-F.KHAN, Marianne, du 7 au 13 février
2000).

Il faut effectivement reconnaître en Haider, un
parfait mercenaire de la marchandise. Avec le même
apparat et discours de la séduction qu’un hamburger de
chez MacDo, il recrute son électorat chez les
individus acculturés par l’univers marchand : « jeunes
branchés » vouant un culte sans borne à la
consommation et ouvriers dont le désir se mesure en
besoin d’acheter. Ainsi, la vague dialectique
politico-marchande du populiste permet au désespoir
citoyen - en réalité au besoin de résoudre les
frustrations d’une vie vide et aseptisée - de choisir
son camp comme on fait ses courses au supermarché :
sans choix décisionnel véritable et sans s’engager
particulièrement.

A gauche ou à droite, les partis traditionnels ont
fait de l’engagement politique de papa un produit
préfabriqué conformiste et fade. C’est avec la même
logique dépurative que les populistes européens ont
emballé les sentiments nationaux. Dès lors, politique
et sentiments nationaux sont devenus des produits
jetables, dont on fait la publicité, et que la
population considère comme tel, c’est-à-dire avec
étourderie. L’esthétisation de la communication (voir
skier Haider ou Berlusconi donner une recette de
pâtes-maison comme propagande électorale) et l’absence
de jugement critique sont les conséquences inévitables
de la marchandisation de la démocratie. Le message
politique authentique s’est dissous. Ainsi, tout
projet réel de société s’est subordonné à la création
d’un nouveau  type de marchandise : la politique.

Klauski

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