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(fr) Marée noire et capitalisme

From Gile <opossum@free.fr>
Date Tue, 8 Feb 2000 05:53:53 -0500


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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« Le pétrole est à l'océan ce que le capitalisme est à
nos vies »
(dicton populaire de la fin du xxe siècle)

La mort mazoutée qui se répand sur les rivages de
l'Atlantique ne doit rien au hasard, et signifie bien
plus qu'une bavure dans le transport maritime : elle
démontre une fois de plus que le système capitaliste
engendre la destruction de la planète et de l'humanité
sous couvert de progrès scientifique et technique.

La loi du pétrole est toujours la meilleure

Desmaret, célébré il y a peu pour être devenu le
premier patron de France grâce au raid somptueux et
médiatisé de Total sur Elf se révèle n'être qu'un
vulgaire gangster pour qui ne compte que les bénéfices
de sa société. Ceci ne peut surprendre que les
simples, qui distinguent encore capitalisme encadré et
capitalisme sauvage. Thierry Desmaret, lors de sa
victoire sur Philippe Jaffré, n'avait pas non plus
soufflé mot du soutien de la compagnie Elf, à la
sanglante dictature birmane ; ce qui, là aussi,
n'étonnera que quelques naïfs défenseurs des « droits
de l'homme ». Comment continuer d'ignorer que, depuis
toujours et en permanence, les compagnies pétrolières
ont fait et défait des régimes de par le monde, en
fonction de leurs intérêts et au détriment des
populations. Ce que viennent nous rappeler les plages
souillées et les oiseaux mazoutés, c'est que les
pétroliers gouvernent la marche du monde en toute
impunité, grâce au poids stratégique, politique et
financier que pèsent l'exploitation, l'acheminement et
la transformation de l'or noir.

Comment faire payer les pollueurs ?

Aujourd'hui les voix s'élèvent pour exiger réparation.
De Chirac aux Verts en passant par De Villiers, on
tente le ralliement unanime autour du slogan « Total
doit réparer, Total doit payer ». Belle hypocrisie !
Tout ce beau monde sait que Total-Fina ne paiera rien,
car Total-Fina est bien assuré. Ce qui nous offre
l'occasion de souligner le rapport direct qui existe
entre assurance et déresponsabilisation. Les systèmes
d'assurance ont suivi pas à pas le développement du
capitalisme au fur et à mesure que ce dernier
régissait des secteurs de plus en plus étendus de
l'activité humaine. À présent que la communication et
les rapports entre les êtres humains sont devenus
eux-mêmes des marchandises, se développent un espace
infini pour les systèmes d'assurance ; ceci a pour
effets :

-- L'extension d'un secteur particulièrement juteux
pour le capital financier et la spéculation
internationale : fonds de pension, assurances vie ou
vieillesse, etc.

-- Une déresponsabilisation individuelle et collective
accrue qui amplifie davantage dans la tête des gens le
rôle de l'État et des lois. 

Total n'a donc pas à s'inquiêter de la facture de
cette marée noire. Les bénéfices de l'entreprise
réinvestis dans des systèmes d'assurance complexes,
lui permettra de se payer rubis sur l'ongle nombre
d'experts et d'avocats qui, de procédures en
procédures, reculeront indéfiniment la désignation des
responsables et l'indemnisation des victimes. Pour
faire payer Total, ne comptons que sur nous-mêmes et
sur un boycott actif de cette compagnie et de ses
filiales.

Total se fout de nous. Jospin et Voynet aussi !

On aurait tort de voir dans cette nouvelle marée noire
la conséquence d'un capitalisme sauvage qui ne
respecterait pas certaines règles de bienséance comme,
par exemple, celle de vérifier un navire avant de le
faire naviguer. Matignon nous roule dans la farine en
nous affirmant que l'essentiel est de durcir la
réglementation internationale et que cela peut être
long et difficile. Pourquoi l'Erika, à cause de son
mauvais état manifeste, a-t-il été refusé d'escale à
Saint Nazaire et renvoyé en haute mer ? Parce que, en
cas de pépin lors de l'escale, les autorités
portuaires risquaient de graves ennuis financiers,
juridiques et d'assurances, et qu'il valait mieux pour
elles renvoyer le problème ailleurs.

Total-Fina est une compagnie française, on nous l'a
suffisamment seriné. Pourquoi ne pourrait-elle pas
obéir à un gouvernement qui l'obligerait à se faire
contrôler par tel ou tel service plutôt que par un
autre ? Pourquoi ? Tout simplement parce que, partout
au monde, les compagnies pétrolières sont plus
puissantes que les États. Jospin n'y peut rien, c'est
ainsi. Mais il ne le dit pas et en cela il devient
coupable. Tout comme Voynet. Non parce qu'elle a été
absente au moment où elle était censée être au
charbon. À La Réunion où au Croisic, cela n'aurait
rien changé. Mais il est vrai que, privés des pouvoirs
réels, les ministres doivent masquer cet état de fait
par de la prestation symbolique dont les Français-e-s
sont friands. Non plus parce qu'elle a déclaré que les
inondations au Venezuela étaient humainement plus
catastrophiques que la marée noire ; c'est une
évidence si le désastre se mesure au nombre de morts.
En revanche, il est un point qui peut la ranger, et
les Verts avec elle, au rang d'accessoires inutiles et
trompeurs, c'est l'incroyable facilité avec laquelle
elle s'est laissée embobinée par les bobards des
experts et l'idéologie scientiste.

La science prétend nous affranchir de l'incertitude.
L'écologie, au contraire, considère l'incertitude
comme faisant partie de l'écosystème, et à ce titre
devant être acceptée et ne pas être abordée
frontalement comme un ennemi irrémédiable. Deux
visions du monde ! Car s'il est bien un point sur
lequel les écologistes sont censés être critiques,
c'est celui de la confiance aveugle envers les
scientifiques et autres technicien-ne-s et expert-e-s.
Eh bien, à peine entrés dans un ministère, nos Verts
ont mis de côté le b-a-ba de la pensée écologique pour
revêtir au plus vite les habits de la technocratie et
du centralisme.

Qu'y avait-il dans les cuves de l'Erika ?

S'il est une chose sur laquelle la classe médiatique
et politique s'est peu étendue, c'est bien sûr la
nature du contenu des cuves de l'Erika, qui a pourtant
surpris tous nos spécialistes es-marée noire.
Qu'est-ce donc que ce pétrole impossible à pomper, qui
s'accumule en galettes compactes sous l'effet du
brassage du bouillon ? Les résultats des analyses
menées sur des échantillons sont bien sûr en
circulation.

Total nous a expliqué qu'il s'agissait d'un carburant
de basse qualité, dit fioul lourd n° 2, et destiné à
une centrale thermique Italienne. Peut être ? Toujours
est-il que des analyses rendues publiques le 27
janvier par le laboratoire indépendant Analytika
attire notre attention sur deux choses :

-- La haute toxicité en substance cancérigène des
substances analysées, qui font que ce sont
l'équivalent de 7 à 9 tonnes de produits hautement
toxiques qui ont été répandues, puis pour partie
ramassées sans contrôle sanitaire ni protection par
les volontaires et les bénévoles. Ainsi Total n'a à
aucun moment informé de la toxicité particulière de la
cargaison de l'Erika, exposant tous ceux et toutes
celles qui ont nettoyé les côtes à des risques
sanitaires à plus ou moins long terme, tout en
dissimulant les risques durables pour l'écosystème.

-- La comparaison des échantillons issus de l'Erika
avec d'autres échantillons de fioul n° 2 produit par
Total laisse de nombreux doutes sur la nature du
produit. Le laboratoire Analytika avance ainsi que les
cuves de l'Erika contiendrait bien plutôt un résidu
issu du raffinage d'un fuel n°2, soit des déchets
industriels spéciaux (DIS en technolangue), et non du
carburant, que Total aurait tenté d'expédier en douce
en Italie des déchets industriels soumis à une
législation spéciale pour économiser le coût de
l'incinération des dits déchets sur place*.

Ce qui nous ramène à l'inutilité des législations
quand ceux là mêmes qui les signent sont les premiers
à les contourner quand leurs intérêts financiers
l'exigent. Les informations d'Analytika ont bien sûr
été immédiatement démenties
Par Total et par le CEDRE (Centre de documentation
recherche et expérimentation sur la pollution
accidentelle des eaux, subventionné par le Ministère
de l'environnement et par... Total). Nous n'avons bien
sûr pas les moyens de vérifier et de trancher dans les
querelles d'experts. Mais depuis les nuages
radioactifs qui s'arrêtent aux frontières nous avons
appris à écouter par deux fois avant de croire aux
paroles des spécialistes appointés par ceux-là même
dont ils sont censés mesurer les méfaits.

Méfions-nous des experts !

Dans les premiers jours qui ont suivi le naufrage de
l'Erika, les experts et les scientifiques (notamment
du CEDRE) déclaraient partout qu'il y avait peu de
risques de marée noire. Quinze jours plus tard, ils
étaient absolument certains que la marée noire ne
pouvait plus se déverser sur la côte du Finistère, ni
même du Morbihan. Seules étaient menacées les côtes de
Vendée, de Charente, de l'Île d'Yeu et de Noirmoutier.
Au lieu de faire immédiatement appel à l'initiative et
à la mobilisation des côtiers, l'État a voulu, une
nouvelle fois, donner l'impression que hors de lui
n'existait point de salut. Ce sont les avis des
experts et des différents organismes « compétents »
qui ont guidé la stratégie de prévention du
gouvernement et du ministère de l'Environnement. Or
rien, comme c'est souvent le cas, ne s'est passé comme
prévu, si bien que des centaines de kilomètres de
côtes se sont trouvés dépourvus de tout moyen. Pas
assez de pelles et de râteaux ! Nul barrage flottant !
On peut toujours, après cela, faire une confiance
quasi aveugle aux miracles des technologies modernes. 

Les mêmes experts nous disent aujourd'hui que l'Erika
ne fuit plus. Parallèlement les spécialistes en charge
des opérations sous-marine sur l'épave de l'Erika (qui
étaient déjà intervenus sur le Tanio en 80 qui
contenait lui du fioul n°2) disent ne pas expliquer
pourquoi le rejet de l'Erika s'échappe des soutes avec
une telle facilité. Cependant tous s'accordent pour
dire que les opérations de pompages des cuves qui
démarreront bientôt, vont désamorcer la bombe à
retardement qui gît par 200 mètres de fond, et qu'il
n'y aura plus que de l'huile solaire sur les plages
atlantiques d'ici l'été. Toujours est-il que les
nouvelles nappes de pétroles qui détruisent pour la
deuxième fois les côtes des îles bretonnes viennent
bien de quelque part ?

On peut toujours considérer que le couple
État-scientifiques saura nous tirer d'affaire en cas
de catastrophes autrement plus conséquentes, comme une
« excursion » nucléaire. On peut toujours considérer
que le trio État, scientifiques, multinationales
tripatouille le capital génétique des plantes et des
animaux et fabrique des OGM pour le bien être
commun... On peut toujours considérer que le
capitalisme est l'horizon indépassable de
l'humanité... Ou alors on peut tenter d'unir nos
forces contre les pollueurs, les nucléocrates, et les
manipulateurs du vivant en fédérant nos luttes pour
changer ce monde...

OCL Nantes, le 2 février 2000 

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Lisez  " C O U R A N T  A L T E R N A T I F ", mensuel
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