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(fr) Solidarita sur la situation économique, politique et sociale en République tchèque (en)

From "worker a-infos-fr"@ainfos.ca, worker-a-infos-fr@ainfos.ca
Date Fri, 22 Dec 2000 14:13:17 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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Une entrevue réalisée en octobre 2000 avec le journal
anarchiste russe " autonomiste " publié par Action
autonome. Tiré du site de Solidarita
(http://flag.blackened.net/revolt/inter/solidarita.html)

1) Dit nous deux mots sur la situation économique,
sociale et politique en République Tchèque.

Bon, la classe ouvrière tchèque passe par une période
très difficile du développement capitaliste. Une crise
économique a commencé en 1997 et a mit fin à une
période dans laquelle l'économie capitaliste nationale
protégée fut construite. Cette crise a accéléré
l'intégration de l'économie tchèque dans le système
capitaliste global. Ça veut dire, bien sûr, que les
industries traditionnelles font faillites et que le
chômage a explosé et atteint les 10%. Les capitalistes
tchèques en difficultés ont décidé d'essayer la "voie
russe" et de ne pas payer les salaires de leurs
salariéEs pendant des mois. Par exemple, à Noël l'an
dernier, à peu près 130 000 salariéEs étaient sans
revenus. Le secteur public souffre de manque d'argent.
Des dizaines de milliers de salairiEs du rail et de
l'acier sont en danger.

Au niveau politique, cette nouvelle période économique
à mit fin une période de gouvernements de droite qui
étaient fortement liés au industriels et aux banquiers
tchèques. Il y a un nouveau gouvernement
social-démocrate au pouvoir depuis 1998 qui introduit
des mesures néolibérales pas mal douloureuses.


2) Parle nous un peu de l'anarchisme dans ton pays.

Dans la République tchèque l'anarchisme a
comparativement une tradition forte qui date de la fin
du XIXe siècle et du début du XXe. Mais cette
tradition a été détruite et enterré par les léninistes
dès 1925. Donc, après 1989, le mouvement anarchiste
tchèque à dû recommencer de zéro. Sa formation fut en
effet spontanée, mais ça a pris pas mal de temps avant
d'émerger des activités contre-culturelles et
d'atteindre une réelle forme organisationnelle et
politique.

Ajourd'hui, il y a à la base 3 différentes
organisations anarchistes dans notre pays.
Premièrement, il y a la Fédération anarchistes
tchécoslovaque, qui est une organisation synthésiste.
Elle semble en déclin rapide aujourd'hui.
Deuxièmement, il y a la Fédération des anarchistes
sociaux, la section tchèque de l'AIT (l'internationale
anarchosyndicaliste) qui a quelques 30 membres et une
activité éditoriale assez productive. Troisièmement,
il y a l'Organisation des anarchistes révolutionnaires
- SOLIDARITA, à laquelle j'adhère personnellement.
Nous avons quelques 12 membres et une cinquantaine de
sympathisantEs et nous publions un journal appelé
"Solidarité". Nous éditons également plusieurs
publications sur l'anarchisme mais nous sommes surtout
très activement impliqués dans les conflits
industriels et autres luttes sociales.


3) Nous entendons parler de squatters et
d'antifascistes en République tchèque. Que peux tu en
dire? 

Oui, il y a toujours deux squats à Prague (maintenant
expulsés suite au S26, ndlt). Au moment où ils furent
ouverts ils étaient, au moins dans une certaine
mesure, politiques mais maintenant ils servent
principalement de lieu pour des activités culturelles.
Pour ce qui est des antifascistes tchèques, ils se
sont organisés dans AntiFasciste Action (AFA). Le
développement de leurs idées n'est pas encore terminé
mais ce sont principalement des anarchistes, donc il
est très probable que AFA devienne un groupe
antifasciste révolutionnaire et libertaire, rejetant
et combattant consciemment le léninisme.

4) Et comment se passent les luttes ouvrières? 

Bon, comme je l'ai déjà dit, la classe ouvrière passe
par une période très douloureuse. Donc, il y a
quelques mois, plusieurs conflits industriels majeurs
se sont développés contre le non-paiement des salaires
et d'autres problèmes. Au début, ces luttes évoluait
dans les syndicats mais à cause d'une position
absolument pro-capitaliste des directions syndicales
elles ne sont jamais allé plus loin que des
manifestations, des assemblées de protestation, des
votes de grève et des grèves d'avertissement d'une
heure. Les bureaucrates syndicaux se battent également
pour une recapitalisation de certaines compagnies en
difficultés mais pas pour l'emploi et les salaires,
qui sont des questions centrales pour les salariéEs.

Un grand ressentiment parmi les syndicalistes de la
base et les salariéEs non-syndiqués dans certaines
compagnies a mené à une série de manifestations
spontanées et de tentative d'auto-organisation. Un
pattern de spontanéité de classe et
d'auto-organisation fut lancé par les mineurs et les
machinistes qui, non seulement défiaient leurs patrons
mais aussi leurs bureaucrates syndicaux. Les mineurs
de la mine de Kohinnoor ont formés le premier comité
de grève indépendant de la bureaucratie syndicale et
de cette façon ont réussi à radicaliser leur
dirigeantEs syndicaux locaux. Ils ont aussi mené la
première grève avec occupation de notre pays. De cette
façon, ils ont inspirés les machinistes de CKD DS, qui
ont spontanément piquetés des bureaux gouvernementaux
protégés par la police anti-émeute.

À partir de cet exemple, l'ORA-SOLIDARITA fut capable
d'élaborer sont programme d'action pour les luttes
ouvrières et est intervenue dans deux autres conflits
industriels. Nous avons au moins partiellement réussi.
Dans deux usines des Groupes d'action ouvrier (GAO)
ont été mis sur pied par les salariéEs les plus
militants. Dans une d'elle, le GAO, fortement
influencé par nos idées, a tenté l'élection d'un
comité de grève autonome et près de 1000 salariéEs ont
pris part à l'assemblée générale qu'il a organisé.
Malheureusement, cette tentative fut supprimée par une
alliance de la direction de l'usine et des dirigeantEs
syndicaux. Néanmoins, cette action à terrifiée la
direction, les bureaucrates syndicaux et même le
gouvernement : ils ont donc décidé de faire taire ces
salariéEs en cédant sur leurs revendications. Le
président de la plus grosse confédération syndicale a
averti les autres qui voudraient faire la même chose
qu'il ne les supporterait pas et que "l'anarchie n'a
pas de place dans notre pays".

Dans la deuxième usine, le GAO et l'ORA-SOLIDARITA ont
organisés une manifestation conjointe de quelques 300
salariéEs et plusieurs assemblées réussies. Mais,
comme ce conflit était déjà enclenché depuis trop
longtemps et comme la multinationale qui possède
l'usine a officiellement déclarée faillite, plusieurs
salariéEs se sont démoralisés et ont simplement
commencés à chercher un nouvel emploi.

Il est très probable que de nouvelles luttes s'en
viennent et nous espérons que nous seront capable de
faire encore beaucoup plus pour populariser les idées
anarchistes d'action directe et de démocratie directe.


5) Parle nous de ton groupe. Qu'est-ce que vous
considérez comme le plateformisme? 

Bon, l'ORA-SOLIDARITA est une organisation politique
révolutionnaire. Ça veut dire que nous ne prétendons
pas être un syndicat "révolutionnaire" ou que nous ne
voulons pas en devenir un. Nous sommes simplement une
organisation d'anarchistes qui ont joints leurs forces
pour être plus efficaces à propager les idées
anarchistes dans toutes les luttes de la classe
ouvrière et de cette façon essayer de construire un
mouvement de classe autogéré et basé sur l'action
directe et un anticapitalisme libertaire. 

Nous basons nos politiques sur des documents comme "la
Plate-forme organisationnelle des communistes
libertaires" de Nestor Makhno, Piotr Arshinov et Ida
Mett, un manifeste du groupe des Amis de Durruti et le
"Manifeste du communisme libertaire" d'un
anarcho-communiste français célèbre, George Fontenis.
Ces documents sont le noyau dur d'une tradition dite
plateformiste dans l'anarchisme. Bien sûr, nous ne les
considérons pas comme le mot final du développement de
la théorie anarchiste, mais plutôt comme un point de
départ.

En résumé, le plateformisme signifie pour nous qu'une
organisation anarchiste pour être efficace a besoin
d'une stratégie révolutionnaire et d'un programme
révolutionnaire commun et ces membres ont besoin de se
mettre d'accord sur une autodiscipline volontaire.
Beaucoup d'anarchistes croient que ça veut dire en
fait un nouveau parti politique centralisé, mais rien
ne peut être plus loin de la réalité. Une organisation
plateformiste est une fédération basée sur la
démocratie directe et toutes ces politiques et ces
activités viennent de la base. Les membres ont le
droit d'avoir leurs propres idées et des critiques sur
des décisions ou des politiques en particulier, mais
on leur demande de préciser que ce sont leurs idées et
pas celles de l'organisation. Si une organisation veut
être efficace, elle ne peut simplement pas parler de
deux voix différentes et créer de la confusion pour
les gens sur ce que nous voulons et ne voulons pas.


6) Est-ce que c'est l'ORA-SOLIDARITA qui a organisé
l'action contre Madeleine Albrigth (le lancer des
oeufs)? 

Pas exactement. Ce fut une action directe spontanée de
deux de nos membres qui fut supportée par l'ensemble
de l'ORA-SOLIDARITA. C'était pensé comme une
protestation contre l'impérialisme américain qui se
manifeste non seulement dans des guerres contre l'Irak
et la Serbie mais également dans des institutions
transnationales du capitalisme global comme le FMI, la
Banque Mondiale ou l'OMC. Cette action directe fut
hautement populaire parmi les salariéEs tchèques et a
eu beaucoup d'attention médiatique grâce à laquelle
nous avons pu familiariser plus le public avec les
manifestations anticapitalistes à venir contre le FMI
et la Banque Mondiale à Prague.


7) Parle nous du rôle de Solidarita dans les actions
contre le FMI.

Au début, l'ORA-SOLIDARITA supportait l'idée que les
anarchistes lutte-de-classistes tchèques forment une
organisation parapluie pour les manifestations. Nous
espérions qu'ensemble nous serions capable de rendre
ça aussi anticapitaliste et libertaire que possible.
Mais malheureusement, nous sommes resté seul dans cet
effort, seulement soutenu par quelques camarades de la
Fédération anarchiste tchécoslovaque. Néanmoins,
plusieurs membres de l'ORA-SOLIDARITA se sont joint à
l'Initiative contre la mondialisation économique
(INPEG) pour ouvrir là un espace pour les idées
anarchistes révolutionnaires et nos méthodes
organisationnelles.

En plus de ça, l'ORA-SOLIDARITA a appelé à une
mobilisation de classe indépendante et unie parmi la
classe ouvrière pour les manifestations du S26 à
Prague. Encore, malheureusement, seulement quelques
anarchistes, radicaux et des antifascistes locaux
étaient intéressés à quelques actions pratiques en
particulier. Nous avons aussi essayé de mobiliser les
anarchistes à un niveau international pour soit venir
à Prague ou organiser leur propres manifs locales.
Nous avons demandé aux anarchistes de venir participer
aux manifs de Prague pour former un "bloc rouge et
noir révolutionnaire et anticapitaliste".

Dans notre pays, nous avons organisé des tables
d'information anarchiste, nous avons tenté de
convaincre les salariéEs de se joindre aux manifs,
nous avons distribué un numéro spécial de notre
journal en face des usines dans lesquels nous avions
déjà un peu de reconnaissance et nous avons organisé
une campagne de pression internationale sur les
syndicats tchèques pour qu'ils se joignent aux
manifestations. Dans au moins deux grandes usines,
nous avons été capable de gagner un soutien des
salariéEs de la base qui ont demandés aux dirigeantEs
syndicaux une participation collective du syndicat aux
manifestations du S26. Bien sûr, les dirigeantEs ont
refusés.

Je dirais que les anarchistes tchèques de toutes les
organisations qui se sont impliqués dans ces trucs ont
réussi beaucoup de choses. Il y a eu un contingent
anarchiste uni, quoi qu'un peu désorganisé, de 4 à
5000 personnes le 26 septembre qui a réussi à
perturber concrètement la conférence du FMI et de la
Banque mondiale. Aussi, plus de 2000 jeunes salariéEs,
sans-emploi ou étudiantEs tchèques se sont jointEs aux
manifs de Prague. Et grâce aux efforts
organisationnels internationaux des anarchistes et à
l'action directe, nous avons été capable d'au moins
réduire les trotskistes et les staliniens à une
insignifiance complète, si ce n'est ces réformistes du
capitalisme "antimondialisation" des diverses ONG.

Traduction : Phébus pour A-Infos, www.ainfos.ca
Pour rejoindre l'ORA-Solidarita : mixam@volny.cz ou
solidarita.intsec@post.cz


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