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(fr) Israël : Un Etat théocratique, raciste et colonialiste

From "Courant Alternatif" <ocl_relex@hotmail.com>
Date Fri, 22 Dec 2000 14:10:07 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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Note d'A-Infos : quoi que nous ne supportions
absolument pas le nationalisme et l'idéologie dite de
" libération nationale ", nous pensons que, côté
information, le présent article à beaucoup à offrir.
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[Extrait de Courant Alternatif, un mensuel édité en
France par l'Organisation Communiste Libertaire]

Les intégristes musulmans et les sionistes veulent
nous faire croire que la nouvelle guerre en Palestine,
qui a débuté voici plus de deux mois, est une guerre
de religions, tentant ainsi de nous entraîner sur les
terrains plus que glissants dont ces idéologies se
nourrissent. NON ! Le peuple Palestinien se bat encore
et toujours pour sa libération nationale contre l'Etat
d'Israël qui continue et intensifie sa colonisation de
peuplement malgré tous les pseudos accords de paix.
Celle-ci ne pourra être réelle que lorsque cette
colonisation sera enfin reconnue pour ce qu'elle est !


Le contexte ayant abouti aux accords d'Oslo

Les accords d'Oslo de 93 étaient l'aboutissement d'un
processus enclenché deux ans auparavant à Madrid. La
"conférence de paix" de Madrid du 30 octobre 91 sous
l'égide des U.S.A., sans lesquels l'Etat d'Israël
n'aurait jamais pu se perpétuer, faisait suite à deux
événements internationaux majeurs : L'effondrement du
bloc de l'Est et la guerre du Golfe. Jusqu'aux débuts
des années 80, Israël était la seule tête de pont des
U.S.A. au Moyen-Orient  dans les rapports
internationaux dominés par la rivalité entre L'Ouest
et l'Est. Fin des années 80, l'Est s'écroule. Aux
U.S.A., le lobby pro-israélien qui élaborait depuis
des décennies la politique américaine dans cette
région du monde perd de l'influence au profit d'une
politique cherchant des appuis plus solides dans les
pays arabes. Avec la guerre du Golfe, les U.S.A.
réussirent à concrétiser leur implantation/ domination
sur les monarchies en particulier en Arabie Saoudite.
Israël sent qu'il est temps d'entamer des
négociations, d'autant plus que sur le terrain, même
si sa suprématie militaire ne peut être contestée dans
la région, elle est bien incapable de vaincre la
révolte des pierres qui a débuté en 1988(1). Cette
Intifada a donné une mauvaise image d'Israël dans le
Monde et au sein même de cet Etat naît une
contestation de type humanitaire (non négligeable
numériquement) voulant "la paix maintenant". Depuis la
création de l'O.L.P., Israël essayait par tous les
moyens d'affaiblir cette organisation nationaliste
laïque et plus largement le mouvement associatif
palestinien. Son côté laïque l'indisposait autant que
son côté nationaliste, ce qui est logique pour un Etat
 théocratique. D'ailleurs cette laïcité et cette
démocratie, même de type parlementaire, prônées par
l'O.L.P., en ont d'ailleurs gêné bien d'autres. Tous
les Etats arabes qu'ils soient des dictatures
monarchiques ou laïques (Syrie, Irak...) ont toujours
eu une méfiance vis à vis du mouvement palestinien par
peur de la contagion que cela pouvait entraîner au
sein même de leur population. Pour affaiblir ce
mouvement, Israël a eu la même stratégie que 
n'importe quel Etat colonialiste : Diviser l'ennemi
afin de régner. Cette stratégie a même été jusqu'à
favoriser l'émergence au sein du peuple palestinien
des islamistes. Cela peut paraître curieux mais pour
les sionistes déplacer la lutte de libération
nationale du peuple palestinien sur le terrain d'un
affrontement religieux était et est encore un moyen
garantissant à terme sa propre théocratie. De plus il
s'agit de l'intégrisme musulman, l'ennemi de
l'occident qui a succédé au capitalisme d'Etat dit
"communisme", le pire que l'on puisse rencontrer dans
ces dernières décennies dans la panoplie des
dictatures. Malgré la progression d'une organisation
comme le Hamas qui s'est  appuyé, comme ailleurs, sur
la détresse vécue par les populations et en
particulier chez les jeunes, sur la déroute du
nationalisme arabe, l'O.L.P. a su de 91 à 93 s'imposer
aux U.S.A. puis en Israël comme étant une force
incontournable. Cela était d'autant plus possible que
dès 1988, Arafat avait condamné le terrorisme pratiqué
majoritairement par les islamistes et reconnaissait à
l'Etat d'Israël le droit à l'existence en proclamant
la création virtuelle, de l'exil, d'un Etat
palestinien.


Les fameux accords d'Oslo

Ces accords n'étaient en fait qu'un processus devant
amener soi-disant une paix  durable dans les 5 ans
(donc en 1998) ; ces 5 années étant jalonnées de
négociations sur des points bien précis. Une autorité
intérimaire palestinienne de l'autonomie élue par les
Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza se
mettait en place. Dès fin 1993, les forces militaires
israéliennes devaient se retirer de la bande de Gaza 
et de la zone de Jéricho en Cisjordanie. Au plus tard
en juillet 94 l'autorité palestinienne dans les
territoires devenus autonomes devait s'étendre aux
domaines de l'éducation, la santé, affaires sociales,
le tourisme...et une police palestinienne qui
deviendrait progressivement "puissante" serait alors
créée. Mais il était bien clair qu'Israël gardait la
responsabilité de la défense contre les menaces
extérieures et la sécurité globale des israéliens,
sous-entendu donc des 160 000 colons de cette époque
installés dans les Territoires Occupés. Ces accords
reflétaient le rapport de force complètement favorable
à Israël. Etant flous, ils pouvaient être interprétés
de diverses  manières. Arafat a bien eu du mal à les
faire accepter au sein même de l'O.L.P. ;  8 membres
sur 18 du comité exécutif l'acceptant, les autres
démissionnant, votant contre ou s'abstenant. Arafat
voyait dans ces accords un processus devant amener
dans les 5 ans à la création d'un Etat palestinien
dont il serait le premier Président. Quant au pouvoir
travailliste d'Israël, il voyait en ces accords le
moyen de pérenniser son développement colonial en
parquant les Palestiniens résidant encore en Palestine
dans des sortes de bantoustans gérés par eux-mêmes
mais complètement dépendants de l'Etat d'Israël.
Aujourd'hui, on parle d'"accords de paix ayant
suscités l'espoir". Apparemment l'espoir a bien existé
du côté des israéliens partisans de leur tranquillité
; pour les palestiniens, confrontés à la réalité, cet
espoir fut de très courte durée. Ces accords étaient
dès leur création un marché de dupes où le fait
colonial, même celui datant de 1967, n'était pas
reconnu. En effet il n'a jamais été question de
l'évacuation de toutes les colonies israéliennes de la
bande de Gaza et de la Cisjordanie. N'était pas abordé
non plus le retour au pays des réfugiés palestiniens
des différents faits d'armes des sionistes de 1948 et
de 1967. Quant au statut de Jérusalem, c'était le
silence ! 


L'application des accords d'Oslo

D'après des témoignages de diverses personnes s'étant
rendues dans les Territoires Occupées et  dans les
territoires devenus autonomes depuis 93, nous pouvons
lister quelques conséquences de ces accords. Une
autorité palestinienne s'est effectivement mise en
place. Arafat s'installa dans la bande de Gaza. Des
villas cossues pour les cadres de cette autorité
furent construites. Une police palestinienne se 
constitua avec une majorité de palestiniens extérieurs
aux territoires occupés. Les prémices d'une
bureaucratie étatique se mit en place. La corruption 
dans l'autorité palestinienne nouvellement élue ne
tarda pas à éclater au grand jour. Mais malgré les
divergences idéologiques et politiques, les luttes de
classe , ce ne fut pas la guerre civile parmi les 
Palestiniens, guerre civile tant espérée par les
sionistes. Toutes les étapes prévues par ces accords
prirent du retard du seul  fait des israéliens. Toutes
les libérations de prisonniers Palestiniens  furent
pour le moins laborieuses. Ils lâchèrent quelques
pourcentages de territoires occupés en se gardant bien
de donner des bonnes terres. Le seul point vraiment
positif pour les Palestiniens vivant dans ces
territoires devenus autonomes est qu'ils ne risquent
plus de voir à tout moment l'armée israélienne
débarquer chez eux pour détruire leurs habitations,
embarquer et tabasser des adultes et des enfants...
Dans  les bantoustans, véritables créations des
accords d'Oslo, on peut donc survivre ! Merci Israël !

La colonisation de peuplement a triplé depuis ces
accords. Autour de Jérusalem, les villages
palestiniens sont devenus des îlots arabes  noyés dans
une mer de colonies juives. Même dans la bande de
Gaza, la colonisation s'est développée. Quant à
Jérusalem-Est, Israël fait tout pour la "désarabiser".
En effet, tout est fait pour faire partir les
Palestiniens de cette ville afin qu'elle devienne une
ville totalement israélienne. Il leur est quasiment
interdit de construire ou de  rénover. Les
Palestiniens sont soumis depuis l'occupation de 67 au
regroupement familial ! En cas de mariage, le
regroupement familial ne sera possible dans cette
ville que si les deux membres du couple l'habitent
déjà ! Si une personne de Jérusalem épouse quelqu'un
qui habite hors des limites  de la commune, elle est
obligée de quitter la commune. 

Au niveau économique, Israël instaure un véritable
garrot autour des territoires autonomes. Le commerce
extérieur se fait via Israël, qui contrôle totalement
les ports, les frontières, l'aéroport de Gaza... Les
bonnes terres sont systématiquement expropriées grâce
à un processus administratif rôdé depuis des dizaines
d'années et qui n'a pas changé depuis 93. Israël
contrôle l'eau qui est réservée en priorité aux 
colons et se permet toujours d'en voler 500 millions
de mètres cubes par an du sous-sol palestinien. Toute
activité économique est impossible dans les
territoires autonomes. Par contre près de vingt
millions de dollars ont été dépensés depuis  1993 pour
animer des initiatives d'"amitié" entre les Arabes et
les Juifs,  et psychologiser les tensions politiques
qui existent entre les communautés. Au lieu d'appeler
un chat un chat, il s'agissait de faire intérioriser à
chaque Palestinien la problématique coloniale sous un
angle subjectif  et psychologique.

Les accords d'Oslo étaient bien la continuation de la
guerre coloniale menée par Israël par d'autres moyens.


Ce qui devait arriver... arriva

Pendant ces 7 ans (93/00) que durèrent ces accords, ce
ne furent que d'interminables négociations entre
l'autorité palestinienne et l'Etat d'Israël sans que
ne soit abordées les questions essentielles relatives 
à la colonisation de peuplement qui s'amplifiait quel
que soit le pouvoir en place en Israël. La fonction
assignée à l'autorité palestinienne par l'Etat
d'Israël se limitait à une fonction de gendarme. Les
U.S.A. "offrirent" même les services de la C.I.A. afin
de déjouer les projets d'attentats suicides des
islamistes mais aussi de palestiniens "pétant les
plombs", de contrôler tous ceux qui refusaient ce
processus dit de paix. Des révoltes ponctuelles de
Palestiniens eurent lieu, la plus importante fit en
septembre 86 une centaine de victimes, en majorité,
comme toujours, palestiniennes ! Le P.I.B./habitant
pour les  palestiniens des territoires occupés ou
autonomes se dégrada notablement, ce qui signifia
constamment une augmentation de leurs difficultés
matérielles. Dans ce contexte, il était évident que
les révoltes palestiniennes ne pouvaient que
s'amplifier. Il suffisait donc d'une étincelle qui eut
lieu le 28 septembre 2000  avec la parade militaire de
Sharon sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem.
Sharon est pour tout Palestinien un boucher, un
criminel de guerre qui fut le principal responsable
des massacres de plusieurs milliers de Palestiniens
dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila au
Liban en 1982. Cette parade de Sharon fut au départ
présentée comme étant une manoeuvre électoraliste de
ce chef de la droite israélienne alors qu'elle
n'aurait jamais pu avoir lieu sans la protection d'un
millier de policiers israéliens obéissant au pouvoir
de Barak qui ne l'a  d'ailleurs jamais désapprouvé.
Cette provocation ne fut en fait que celle de l'Etat
d'Israël.


Un Etat raciste où l'armée est constamment au pouvoir

L'Etat d'Israël a pour fondement de regrouper tout le
peuple Juif, c'est ainsi que tout Juif peut émigrer
dans cet Etat et obtenir dans des délais défiant toute
concurrence la nationalité israélienne (encore plus
rapide que les sportifs de très haut niveau dans nos
Etats occidentaux!). Si tous les Juifs décidaient
d'émigrer en Israël, les frontières virtuelles du
Grand Israël devraient être encore déplacées... et la
guerre au Moyen-Orient serait totale !  Le Grand
Israël c'est quoi ? D'après certaines interprétations
des "saintes écritures", le Grand Israël devrait
s'étendre des rives de la Mer Rouge aux frontières de
l'Irak. Du délire ? Mais les "illuminés" qui émigrent
en Israël aujourd'hui pour grossir les rangs des
colons baignent dans ce délire intégriste ! C'est un
Etat théocratique, au même titre que le Vatican et les
Etats islamistes. Mais, en plus, en Israël, un ancêtre
pourra plus facilement obtenir la nationalité qu'un
Juif pratiquant dont la filiation par le sang ne
serait pas prouvée ! Un Etat dont la citoyenneté
réelle repose exclusivement sur le droit du sang ne
peut être qu'un Etat raciste! Tous les dirigeants de
l'Etat d'Israël sont et ont toujours été des gradés de
l'armée. Que ce soient les politiciens de droite
(Sharon, Netanyahou...) ou de gauche (Pérés, Rabin,
Barak...), ce sont tous des ex-commandants en chef,
hauts gradés de "Tsahal". L'Etat d'Israël ne peut être
qu 'en guerre, c'est sa raison d'être. Comme le disait
un dissident Juif israélien : "En Israël, il n'y aura
jamais de coup d'Etat militaire car c'est une armée
qui possède un pays(2)".


Une haute considération des Palestiniens

Les Palestiniens qui sont restés à l'intérieur des
frontières de l'Etat d'Israël (appelés
"arabes-israéliens") ont effectivement, sur le papier,
la nationalité israélienne mais sont, dans les faits,
des citoyens de seconde zone. Hormis le fait qu'ils
ont des distinctions signalétiques différentes des
Juifs Israéliens (comme les plaques minéralogiques,
permettant un contrôle très strict au niveau de leur
circulation...), ils sont exclus de toute la Défense
Nationale d'Israël. Les antimilitaristes que nous
sommes n'y verraient aucun inconvénient sauf que dans
l'Etat d'Israël, l'armée a un rôle primordial et en
être exclu pour des raisons de sang entraîne d'autres
exclusions dans la vie de tous les jours, dans le
travail, le logement... Un exemple parmi d'autres :
des petites villes de 10000 habitants d'Arabes
Israéliens n'ont toujours pas d'adduction d'eau alors
que les villages avoisinants, exclusivement Juifs, ont
le tout à l'égout ! Ces Arabes Israéliens représentent
aujourd'hui  plus d'un sixième de la population
israélienne (plus d'un million de personnes sur les 6
millions d'habitants que compte cet Etat) et élisent
leur quota de députés à la Knesset. A-t-on déjà vu un
élu Arabe-Israélien au pouvoir en Israël ? C'est
impossible et impensable ! Même quand les 
travaillistes cherchent une majorité pour gouverner,
ils préfèrent se tourner vers les partis religieux
pour faire l'appoint.

Ces Arabes-Israéliens ont manifesté leur soutien à
cette deuxième Intifada. Ce soutien fut pour la
première fois massif et il fut tout à fait pacifique.
La réaction des intégristes Juifs, avec la complicité 
de l'armée et de la police ne s'est pas fait attendre
: des massacres ont eu lieu début octobre dans des
quartiers arabes d'Israël en particulier à Nazareth
(au moins une douzaine de morts). Cette situation
vécue par les Palestiniens qu'ils soient à l'intérieur
d'Israël ou dans les territoires occupés est pire
qu'une situation d'apartheid car le but ultime
poursuivi par la majorité des Juifs israéliens n'est
pas d'exploiter les Palestiniens mais bien de les 
virer. ET CELA DURE DEPUIS 50 ANS !

Dans les livres de l'Histoire officielle d'Israël, les
Palestiniens n'existent pas et n'ont jamais existé en
tant qu'êtres humains. Aujourd'hui encore, ils sont
bien souvent considéré comme des animaux. Une histoire
"drôle" circulait dans les milieux Juifs israéliens :
"Il y a un siècle lorsque nos pionniers sont arrivés,
il y avait des terres incultes, des moustiques et des
palestiniens. Nous avons travaillé. Nous avons mis en
culture les terres, asséché les marais, éradiqué les
moustiques mais hélas il y a toujours des
palestiniens(2)... "


La "Terre Promise"

Cette "terre promise" par les "saintes écritures",
c'est à dire par l'Ancien Testament, est tout à fait
discutable même d'un point de vue religieux. En  effet
c'est beaucoup plus compliqué qu'on pourrait le croire
! C'est ainsi qu'en 48 lors de la création de cet
Etat, certains Juifs défendaient l'idée d'un Etat
laïque où les rabbins devaient rester dans leurs
synagogues. En effet, pour eux, la "terre promise" ne
pouvait que venir du messie et les
"politico-terroristes" Juifs qui sévissaient en
Palestine enfreignaient et enfreignent toujours, de
fait, l'Ancien Testament ! Les religieux ont
d'ailleurs été majoritairement, jusqu'en 56, contre la
création de cet Etat. Aussi paradoxale que cela puisse
paraître, on trouve encore aujourd'hui, en Israël
même, des religieux  qui ne reconnaissent pas cet Etat
; c'est une des tendances de l'orthodoxie. Quant aux
Juifs, ils sont loin de s'identifier majoritairement à
cet Etat. Certains y ont cru et en sont repartis plus
que déçus. Des centaines de milliers de Juifs de par
le monde condamnent l'Etat d'Israël en tant qu'Etat
colonisateur. Des centaines de milliers ne se
reconnaissent pas dans le "rabbinat" et en France, ce
"rabbinat" est  loin de représenter la communauté
juive dans son ensemble, contrairement à  ses
prétentions (reconnues par l'Etat français) même s'il
y a dans cette communauté, comme dans beaucoup
d'autres, un retour en force du refuge religieux..
D'autres, très minoritaires (voir encarts 1 et 2)
vivent en Israël et essaient avec leurs maigres
moyens, dans un espace plus que réduit, de lutter
contre leur Etat. Ils se retrouvent d'ailleurs
périodiquement en prison. Nous pouvons faire un
parallèle avec ce qui  s'est passé en France pendant
la longue période coloniale en Algérie... où quasiment
toute la classe politique était colonialiste (les
partis socialistes ont même été le fer de lance
politique du colonialisme comme les créateurs de
gauche de l'Etat d'Israël) ainsi que l'immense
majorité des français. Les Juifs qui émigrent en
Israël aujourd'hui pour grossir les rangs des colons
(plus de 400 000 dans les Territoires Occupés), sont
dans leur immense majorité des intégristes religieux
venant par petits groupes des Etats-Unis, d'Australie
mais aussi d'Europe Occidentale (dont la France) dont
le but essentiel avoué est de virer concrètement les
Palestiniens de la Palestine. Ils sont, dans les
faits, bien accueillis par l'Etat d'Israël (ils
bénéficient de logements à tarif très réduit, sans
oublier les aides financières à l'installation sur des
bonnes terres où l'eau et l'électricité ne manquent
pas sans oublier non plus la protection de "Tsahal").
Mais gardons-nous de tout amalgame : Tous les rabbins
ne sont pas des agents recruteurs à travers le monde
de l'Etat d'Israël pour l'extension de ses colonies.


Quand l'Histoire sert d'alibi

Attaquer l'Etat d'Israël, c'est se condamner à être
considéré comme antisémite par ses défenseurs. Il y a
encore peu de temps, se proclamer antisioniste
revenait à être considéré comme antisémite dans une
certaine intelligentsia. L'antisémitisme est bien
synonyme d'anti-Juif même si les Arabes (donc les
Palestiniens), les Syriens, sont des peuples
sémites... Le racisme anti-juif a existé pendant des
siècles et existe toujours aujourd'hui au même titre
que d'autres racismes. Le peuple Juif a connu pendant
des siècles bien des pogroms et un génocide perpétué
par les nazis. Nous ne l'oublions pas !

Mais l'Histoire sert les défenseurs de l'Etat d'Israël
pour justifier l'injustifiable ! Ils ont constamment
recours à leur Mémoire comme si l'Holocauste pouvait
couvrir leurs faits coloniaux, les massacres qu'ils
perpétuent depuis 50 ans contre les Palestiniens.
Soyons clairs : Israël n'a rien à voir avec
l'Allemagne nazie. Les Palestiniens ne subissent pas
un génocide comme le prétendent les intégristes
musulmans. Mais une partie des héritiers proclamés du
génocide du peuple Juif continue depuis un demi-siècle
à se comporter  en prédateur d'un peuple : Le peuple
palestinien ! Il ne s'agit pas d'une extermination,
d'une solution finale mais d'une déportation. C'est
une colonisation de peuplement  avec toutes ses
atrocités, dont le fondement est religieux et dont le
but final est bien de chasser de leurs terres tous les
Palestiniens. C'est la principale conséquence du
sionisme, idéologie qui fut toujours portée par
quasiment toute la classe politique juive israélienne
et qui est l'essence même de cet Etat. C'est ainsi
qu'Israël fait tout pour faire croire au Monde qu'il
s'agit là d'une guerre de religions où les éternelles
victimes de l'Histoire, proches de l'Occident, veulent
vivre en paix sur leur terre ancestrale (qui n'est pas
que la leur, c'est le moins que l'on puisse dire, mais
ils se gardent bien de le reconnaître!) et en sont
empêchés par des terroristes intégristes musulmans.
Leur stratégie rejoint en tous  points celles du Hamas
et du Hezbollah.


Que peut-il se passer ?

Il est certain qu'aucune négociation portant
uniquement sur un cessez-le feu ne pourra déboucher.
La première chose qui  peut venir à l'esprit est une
nouvelle guerre au Proche-Orient dont le but serait
encore une fois de virer un peu plus les Palestiniens
de Palestine. Mais d'autres projets s'élaborent.
Certains sionistes commencent à avancer l'idée d'un
Mur séparant deux Etats. D'autres vont plus loin en
proposant l'échange des 400 000 colons des Territoires
Occupés contre l'évacuation des 1,2 million d'Arabes
vivant actuellement en Israël (les "Arabes
Israéliens"). Nous n'en sommes pas encore là, mais...
Nous pouvons toujours espérer dans les contradictions
au sein même de l'Etat d'Israël. Mais, malgré
celles-ci, l'Etat sioniste s'en est toujours sorti
depuis 50 ans... Nous sommes donc dans l'expectative
la plus totale tout en étant persuadés que la
résistance palestinienne ne faiblira pas mais qu'elle
paiera encore une fois un lourd tribu dans sa lutte
d'indépendance  nationale. 


Que faire ?

Que faire concrètement en dehors des traditionnels
leitmotivs des démocrates défenseurs de l'Ordre
Mondial(3) ? : Dénoncer sous toutes les coutures cette
colonisation guerrière de peuplement. Témoigner pour
ceux et celles qui ont eu l'occasion de se rendre dans
cette région du Monde (encart 3). Faire circuler les
informations. Refuser les amalgames qui permettent de
justifier l'injustifiable. Aider si nous en avons la
possibilité l'extrême minorité juive israélienne
anticolonialiste et bien entendu les associations
laïques de base des Palestiniens. C'est peut-être peu
mais, dans la situation actuelle, ce sont déjà des
gestes nécessaires.

Ce soutien propagandiste ne doit pas nous faire
oublier qu'un peuple colonisé, déporté de ses terres,
est traversé par des rapports de classe où une
bourgeoisie résistante à l'occupant est toujours prête
à prendre le relais de l'oppression et de
l'exploitation coloniales, sans oublier non plus que
dans cette région du monde une oppression théocratique
peut en remplacer une autre. Cette colonisation de
peuplement a débuté alors que la décolonisation
commençait à être à l'ordre du jour pour les empires
coloniaux. C'est paradoxal ! Mais quand on lit les
témoignages actuels, on a bien l'impression que rien
n'a fondamentalement changé par rapport à  d'autres
situations coloniales vécues par des peuples au XIXe
et XXe siècles.

Denis, Reims le 22 /11/00

1. Cette première Intifada durera 5 ans et fera plus
de 1000 morts parmi les Palestiniens, des dizaines de
milliers d'estropiés à vie...

2. Histoires juives israéliennes de dissidents
racontées par Maurice Rajsfus, d'origine juive
polonaise, auteur de 4 livres sur cette colonisation,
qui s'est rendu plusieurs fois en Israël, et
signataire de la déclaration : "En tant que juifs..."
paru dans le journal "Le Monde" du 18 octobre 2000.

3. Comme ceux de proclamer l'intervention de l'O.N.U.
et l'application  du Droit International, éternelles
chimères depuis 1948 pour les Palestiniens. Si ces
droits n'ont pas été appliqués c'est bien parce qu'il
n'y a jamais eu de rapport de force suffisant
obligeant les dirigeants de ce Monde à le faire et en
particulier les U.S.A.


ENCADRE 1

Pogroms en Palestine
Un anarchiste israélien sur la résistance juive à
l'Etat d'Israël

La couverture médiatique des pogromes meurtriers lance
par l'Etat d'Israël contre les Palestiniens laisse de
côté une partie de l'histoire. Les soit-disant
"processus de paix" comme celui d'Irlande du Nord sont
basés sur l'institutionnalisation du sectarisme plutôt
que sur son abolition. Il y a des citoyen-ne-s
d'Israël et de Palestine, d'origine juive comme
musulmane, qui recherchent quelque chose d'autre que
les deux états sectaires rivaux. Ironiquement,
l'idéologie derrière les pogroms est le sionisme - la
croyance que les juifs ne seront à l'abri des pogroms
que dans un pays dirige par des juifs. Indymedi
Israël* a rapporté qu'un certain nombre de
manifestations conjointes, incluant "4 000 juifs et
palestiniens-israeliens se sont rassemblées à Haifa le
soir du 21 octobre pour un rallye sous le slogan "Pour
une paix juste et la pleine égalité"". L'article dit
que "les orateurs, entre autres points, ont appelé à
la fin de l'occupation d'Israël de la Bande de Gaza et
des autres territoires occupés, le retrait de tous les
colons, et la fin des tirs de l'armée israélienne,
sanctionnés officiellement, contre des civils
palestiniens désarmés  dans les territoires occupés et
en Israël, et la pleine égalité entre les Israéliens
juifs et palestiniens". Nous avons parlé avec Ilan
Shalif,  un anarchiste israélien qui est actif depuis
plusieurs années dans "une opposition de principe
persistante au sionisme".

"Avant l'actuelle ronde de pogroms, environ 200
israéliens étaient réellement actifs - principalement
autours de manifestations liées à la démolition de
maisons palestiniennes. Dans les deux dernières
grosses manifestations contre la suppression des
palestiniens, il y avait environ 500 personnes. Parmi
les 500, moins de 50 peuvent être regardées comme très
radicales (incluant des anarchistes et d'autres
communistes libertaires). 

"Jusqu'à il y a peu, le drapeau de gauche antisioniste
était brandi seulement par le groupe communiste
libertaire Matspen, et nous ne furent jamais plus de
30 militants - juifs et palestiniens. En 1972, un de
nos membres fut le premier à résister à la
conscription à partir d'une position antisioniste.
Cette lutte fut à l'origine de résistance politique
subséquente à la conscription et au refus de servir
dans les régions occupées."

"En février 1968, quand nous avons eu la première
manifestation contre la guerre de 1967, seulement 19
personnes y ont participé - incluant un membre du
Parti communiste** qu'ils ont essaye d'expulser à
cause de ça. Même lors des manifestations de mai 1970
du Parti communiste auxquelles nous avons participé,
ils nous ont menacés de nous attaquer si nous
n'arrêtions pas de crier "A bas l'occupation".
Cependant, juste après la guerre du Liban de 1982, le
mouvement anti-occupation fut finalement rejoint par
la gauche sioniste. 

"Un facteur inconnu en Israël et à l'étranger est le
changement dans le rapport de force a l'intérieur de
la classe dirigeante en Israël. Les capitalistes qui
veulent exploiter les travailleurs palestiniens et les
travailleurs des pays voisins du tiers-monde arabe
commencent à gagner une hégémonie sur les vieux
capitalistes et bureaucrates sionistes. 

"Egalement, les récentes manifestations des
palestiniens israéliens  sont enracinées dans un
processus contradictoire. Premièrement, le moral des
palestiniens est remonté à cause de la défaite du
projet sioniste ; plus clairement le fait qu'ils
soient forcés de se retirer d'une partie des terres
occupées. Deuxièmement, le statut légal des
palestiniens israéliens est passé d'à peine légal et
du risque  permanent d'expulsion à un statut de
citoyen de seconde zone. Plusieurs ont perdu leurs
illusions quant au petit état (statelet) palestinien
et ont commencé à préférer une citoyenneté même de
seconde zone d'Israël, et  leur lutte pour la
citoyenneté pleine et entière s'est par conséquent
intensifiée.

"La seule solution à court terme qui serait capable de
stabiliser la région est la fin des occupations de
1967 - une solution acceptable pour la majorité des
palestiniens, une solution au problème des réfugiés,
et l'égalité pour les Israéliens palestiniens. Aussi
longtemps qu'Israël utilisera son pouvoir pour forcer
les Palestiniens à la soumission en les terrorisant,
aucune stabilité ne sera possible.

"Dans le plus long terme, Matspen avait adopté dans
les années 1960 une position selon laquelle le conflit
entre les colons sionistes et les autochtones
palestiniens ne pouvait être résolu que par un
Moyen-Orient socialiste (i.e. communiste libertaire)
et non pas seulement par un arrangement entre les
juifs et les Palestiniens israéliens. Le nom de notre
nouveau groupe, le "Collectif anarchiste de la
Méditerranée orientale" reflète cela. Le terme
géographique "l'est de la mer Méditerranée" est libre
de toute couleur sioniste israélienne ou nationaliste
palestinienne. C'est également diffèrent du terme
eurocentriste "moyen orient" ou "proche orient". En
plus, sa signification en arabe est "ta mère".

* http://indymedia.org.il
** "Le Parti communiste ne s'est jamais o


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