A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Català_ Deutsch_ English_ Français_ Italiano_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ All_other_languages
{Info on A-Infos}

(fr) L'affaire Mumia Abu-Jamal et le facteur Bush

From "Cyrille Poullet" <poullet@montrouge.tt.slb.com>
Date Fri, 22 Dec 2000 13:51:19 -0500 (EST)


 ________________________________________________
      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
 ________________________________________________

L'affaire Mumia Abu-Jamal et le facteur Bush

Par Julia Right
(Cosimapp)


Texte sur le web:
> http://www.cosimapp-mumia.org/af2.htm

"Nous savions depuis pas mal de temps que Bush allait
être le prochain président mais, le problème pour les
Républicains c'était de présenter le fait accompli
d'une façon légalement acceptable à la nation. "Ainsi,
parlait le 12 décembre 2000, quelques heures avant que
la nouvelle de la décision de la Cour Suprême des
Etats-Unis en faveur de Bush, une militante
africaine-américaine pour la libération de Mumia
Abu-Jamal à Washington.

En tant que coordinatrice du COSIMAPP, j'ai pu évoquer
avec Mumia Abu-Jamal, lors d'une de mes visites dans
le couloir de la mort ( le 12 août 2000), l'arrivée
probable de Bush au pouvoir. Mumia a répondu alors :
"Imaginez l'Etat du Texas étendu à la totalité des
Etats-Unis". Il y a quelques jours, le 7 décembre
2000, lors de la visite du Député-Maire de Bobigny
dans le couloir de la mort à celui qu'il a adopté en
tant que citoyen d'honneur de sa ville, Mumia
approfondissait sa pensée sur les élections
présidentielles en comparant l'échec du système
électoral américain avec celui du système pénal
américain, et en particulier, l'administration de la
peine de mort dans son pays. Mumia parle de ces deux
systèmes comme les faces d'une même médaille, celle
d'une démocratie moribonde. Chacun de ces deux
systèmes tant l'électoral que celui par lequel l'état
donne "légalement" la mort ont des liens et des
ressemblances structurelles qu'il faut, à l'instar de
Mumia, regarder de près.

D'abord, on ne le sait que trop aujourd'hui, la
plupart des exécutions prennent place dans les anciens
états esclavagistes du Sud : le Texas, la Virginie, la
Floride, la Louisiane et la Caroline du Sud, pour ne
citer que ceux qui sont en tête - Etats où les
descendants des anciens esclaves et les autres
"minorités" raciales sont ciblées prioritairement par
la peine de mort. Le fait que le grain de sable qui a
fait déraper le système électoral américain se soit
manifesté dans un état du sud où le vote des noirs a
été assujetti à de graves dysfonctions n'est pas dans
cette optique un hasard. On se souvient également que
le système tant décrié des Grands Electeurs avait
servi à renforcer la ségrégation dans ces mêmes Etats
du Sud où la peine de mort prolifère aujourd'hui.
Quant au Texas, le pré-carré de l'ancien Gouverneur
Bush, il suffit de rappeler que sur les 84 exécutions
ayant eu lieu aux Etats-Unis cette année, près de la
moitié ont eu lieu au Texas ous le feu vert de celui
qui sera le prochain Président des Etats-Unis. C'est
la plus grande quantité d'exécutions en une année dans
un seul Etat, dans l'histoire des Etats-Unis.

Il faut remonter à 1862 pour trouver un nombre presque
équivalent quand l'armée des Etats-Unis a exécuté 39
Indiens qui s'étaient rebellés au Minnesota. Avec
l'arrivée du Gouverneur Bush au pouvoir présidentiel,
il faudra donc s'attendre à ce que le nombre des
exécutions fédérales augmente malgré des études
récentes sur les disparités raciales et géographiques
qui les caractérisent. Quant aux condamnés à mort qui
relèvent des Etats, ceux des gouverneurs qui étaient
déjà en faveur de la peine de mort se prévaudront de
la caution Bush pour contrer les campagnes pour un
moratoire alors que les sondages et l'opinion publique
se montrent de plus en plus abolitionnistes.

Poussons plus loin encore la comparaison entre les
deux systèmes - celui qui est incapable de donner un
droit égal de vote à tous et celui qui cible
légalement la vie des noirs et des pauvres. Aux
Etats-Unis, tous ceux qui sont tombés directement ou
indirectement  sous le système pénal perdent le droit
de vote automatiquement et de façon quasi permanente.
C'est une réalité dont on ne parle pourtant pas assez.
Ainsi, rien que pour la ville de New York, 150 000
noirs et latinos, ayant eu à un moment donné maille à
partir avec la loi, ne peuvent plus voter. En
Californie, c'est  près de la moitié de la population
basanée qui est interdite de scrutin pour les mêmes
raisons. Imaginons ce que ces chiffres peuvent
totaliser extrapolés à l'échelon national et l'on ne
sera pas surpris qu'avec l'absentéisme massif de la
jeunesse en général, le Président des Etats-Unis est
élu par seulement 25 % de la population en âge de
voter.

La comparaison que nous suggérait Mumia quelques jours
avant la décision de la Cour Suprême rendant "légale"
l'accession de Bush à la présidence, ce parallèle
entre le système électoral et la machine à tuer donne
un éclairage intéressant aux opinions écrites par les
quatre juges minoritaires qui votèrent en faveur du
décompte des bulletins en Floride. Ainsi le juge
John-Paul Stevens écrivit-il que la décision de la
Cour Suprême favorisant la victoire de Bush "ne peut
que donner crédit à une réaction tout à fait cynique
vis-à-vis du travail des juges dans toute la nation.
Même si nous ne saurons jamais de façon certaine
l'identité du vainqueur des élections présidentielles,
l'identité du perdant nous apparaît de façon claire :
c'est la confiance de la nation en ses juges". Dans le
même esprit, fin 1999, en exergue d'une de ses
nombreuses tribunes en défense de l'un de ses
co-détenus, Mumia citait ce paradoxe du journaliste H.
L. Mencken : " Un juge est un étudiant en droit qui
s'arroge le droit de corriger ses propres papiers
d'examen".

Poursuivons la comparaison. Tous les détails relevés
sur le caractère obsolète des machines à voter -
certaines étant de véritables antiquités remontant au
début du 20e siècle sinon avant - ne nous
rappellent-ils rien ? Ces manivelles qui vous restent
dans la main ou ces trous perforés au mauvais endroit
"invalidant" le vote - ces défaillances techniques
n'ont-elles pas un air de déjà vu ? Si, bien sûr. La
Floride est justement connue pour son attachement à
une autre antiquité, sa chaise électrique en bois
cirée vieille de 80 ans que l'on surnomme avec
affection "Old Sparty" ("vieille allume-feu"). On se
souvient du condamné à mort qui avait brûlé vif sur
cette chaise il y a quelques années tant et si bien
que le Gouverneur avait ordonné une enquête sur le bon
état de fonctionnement de la machine, enquête qui
conclut que puisque l'un des gardes avait "oublié" de
mouiller l'éponge qui s'insère entre le crâne et le
casque, il s'agissait d'une "erreur humaine". La
chaise étant innocentée, les exécutions reprirent.
Sachant qu'en Floride, plus les localités sont pauvres
et ghetto-isées, plus les machines à voter sont
obsolètes et que la vieille chaise accueille à son
tour une grande majorité des habitants des ghettos -
le parallèle que nous décrit Mumia s'impose avec une
logique imparable. Qu'il s'agisse de voter ou de
mourir des mains de l'Etat, les minorités et les
pauvres n'ont pas besoin de technologie dernier cri.

L'autre parallèle auquel nous invite Mumia est celui
entre Gore et Bush. Pamela Africa, la coordinatrice
d'International Concerned Family and Friends of Mumia
Abu-Jamal, commentait ainsi, le 13 décembre, la
victoire de Bush : "L'opposition Bush/Gore, je n'y
crois pas. Tous deux sont déterminés à tuer Mumia. Je
ne peux que continuer de plus belle le travail pour
faire libérer Mumia". De son côté, l'avocat principal
de Mumia, Leonard Weinglass me déclarait au téléphone
le même jour : "Pendant les quatre prochaines années,
le climat ne sera guère favorable pour ceux qui sont
dans le couloir de la mort dans ce pays. En ce qui
concerne les rapports entre l'Union Européenne - dont
la France assure la présidence pendant quelques jours
encore - et les Etats-Unis, je dirais que les
Etats-Unis sont attachés à leur peine de mort parce
que le concept de punition a toujours caractérisé la
nature du pouvoir et de la société dans ce pays. Rien
ne changera de façon significative dans ce pays tant
qu'il y aura la peine de mort. Tant que ce pays ne
sera pas sensible à la valeur intangible de la vie,
les Etats-Unis continueront à rejeter le traité
interdisant les mines anti-personnel, continueront à
rejeter le traité international régissant les droits
de l'enfant, continueront à s'opposer au Tribunal
International sur le génocide et ainsi de suite".

Enfin, une porte-parole pour le Leonard Peltier
Defense Committe, Gina Chiala, me disait tout
simplement : "Si Leonard Peltier est libéré, vous
pourrez compter sur lui pour Mumia". 

Dès 1996, Mumia me disait avoir perdu confiance dans
les Tribunaux de son pays mais avoir gardé entière
confiance dans la mobilisation pour lui ainsi que pour
tous les prisonniers politiques. Mais quel impact le
facteur Bush aura-t-il sur la mobilisation tant à
l'intérieur des Etats-Unis qu'à l'extérieur ? D'ores
et déjà, il est clair que l'objectif du Gouvernement
choisi par la famille Bush sera d'empêcher que les
manifestations contre la globalisation, les brutalités
policières, la peine de mort et pour les prisonniers
politiques tels Mumia et Peltier ne prennent l'ampleur
de la résistance contre la guerre du Vietnam. Colin
Powell qui vient d'être nommé Secrétaire d'Etat
n'a-t-il pas été à l'origine de la FEMA - la Federal
Emergency Management Agency ou Agence Fédérale pour la
Gestion des Etats d'Urgence ? Rappelons que le
développement des armes "non létales", la
militarisation de la police et les techniques de
contrôle des manifestations surnommées "émeutes
urbaines" seront une préoccupation sinon une
obsession.

Rappelons enfin que "Operation Garden Plot"
("Opération Complot Interne") et l'opération
"Carnivore" destinée à surveiller les courriers e-mail
de suspects mal définis prendront un envol certain.
Les groupes abolitionnistes, les coalitions contre les
brutalités policières et la peine de mort s'accordent
à dire que les mois qui nous sépare de l'entrée de
Bush à la Maison Blanche doivent être utilisés pour
multiplier initiatives et revendications avant que la
prochaine administration n'ait pu mettre en place ce
qui est perçu comme une fin-de- non-recevoir à l'égard
des défenseurs des droits de l'homme.

A l'extérieur des Etats-Unis, la prise de position de
plus de cent gouvernements contre la peine de mort,
les positions du Parlement Européen, des Nations
Unies, d'Amnesty Internationale contre les exécutions
capitales aux Etats-Unis, pour la révision du procès
de Mumia et pour une clémence fédérale pour Leonard
Peltier  doivent s'affermir et résister à l'attentisme
ou à la tentation d'une cohabitation d'apaisement
(rappelons-nous Munich !) avec des forces qui oeuvrent
déjà à détruire la magnifique mobilisation
internationale pour "l'abolition pure et simple de la
peine de mort" comme l'écrivait Victor Hugo à l'époque
où, le 2  décembre 1859, John Brown fut exécuté pour
des raisons éminemment politiques : pour avoir voulu
abolir purement et simplement l'esclavage.

Julia Wright
New York - Philadelphie

17 décembre 2000

------------------------------------------------------
   C.  O.  S.  I.  M.  A.  P.  P.
  Comité de Soutien International
  à   Mumia    Abu-Jamal  et  aux
         Prisoniers Politiques

  Rassemblements tous les mercredi
  de 18H à 20H, devant le consulat
  américain à l'angle de la place de
     la Concorde rue de Rivoli,
           métro Concorde

   http://www.cosimapp-mumia.org

cosimapp@cosimapp-mumia.org


                       ********
               The A-Infos News Service
      News about and of interest to anarchists
                       ********
               COMMANDS: lists@ainfos.ca
               REPLIES: a-infos-d@ainfos.ca
               HELP: a-infos-org@ainfos.ca
               WWW: http://www.ainfos.ca
               INFO: http://www.ainfos.ca/org

 To receive a-infos in one language only mail lists@ainfos.ca the message
                unsubscribe a-infos
                subscribe a-infos-X
 where X = en, ca, de, fr, etc. (i.e. the language code)



A-Infos
News