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(fr) Un an après Seattle : où en sont les mouvements sociaux aux Etats-Unis ?

From "Courant Alternatif" <ocl_relex@hotmail.com>
Date Thu, 21 Dec 2000 12:59:55 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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[Extrait de Courant Alternatif, un mensuel édité en
France par l'Organisation communiste libertaire]

Cet interview de Loren Goldner(1), réalisé en octobre
2000, montre que les espoirs exprimés précédemment
(voir CA n° 102) ne se sont pas concrétisés lors des
rassemblements qui suivirent (Washington,
Philadelphie, Boston...). Dans un pays où les
élections ne sont un enjeu que pour la moitié la plus
riche de la population - moins de 50 % y participent -
un énorme mécontentement s'exprime pourtant
périodiquement.

 
* Un an après les événements de Seattle, comment
analyses-tu cet événement ? Ton point de vue a-t-il
changé(2) ?
 
Oui, avec un an de recul, je suis sans doute amené à
revoir ce que j'ai pu dire à l'époque. Quand j'ai
écrit cet article - quelques semaines après Seattle -
je voyais ça comme un dépassement de l'époque
antérieure : le mouvement ouvrier, ou plutôt le
mouvement des ouvriers syndiqués, soit 10 à 15 % de la
population active, qui était jusque-là resté
indifférent aux autres mouvements sociaux, les a, à
Seattle, en quelque sorte rejoints dans la rue. Les
camionneurs, les ouvriers de l'automobile, autrement
dit les secteurs classiques du mouvement ouvrier, les
mieux représentés à Seattle, se sont retrouvés côte à
côte avec les écologistes, les féministes et un
mouvement anarchiste significatif. Jusque-là, ces deux
mouvements semblaient suivre des trajectoires bien
séparées, mais, dans les rues de Seattle, un dialogue
s'est établi pour la première fois. Pourtant, à un an
de distance, et après cinq ou six tentatives de
répéter la chose - à Washington, aux conventions de
Philadelphie et de Los Angeles, et tout récemment à
Boston - le phénomène apparaît plus éphémère que je ne
l'avais analysé à l'époque.
 
 
* Est-ce parce que la stratégie de Seattle peut
difficilement se répéter ou parce que la conjonction
de ces deux courants qui n'est que superficielle ?

Sur le plan pratique, pour employer une métaphore un
peu militaire, l'élément de surprise ne se produit
qu'une seule fois : malheureusement toutes les
tentatives de reproduire Seattle ont échoué. Mais ce
qui a surtout pesé, c'est l'absence de l'élément
ouvrier dans les mobilisations ultérieures. Il faut
rappeler que sur les 50 000 manifestants présents à
Seattle, 30 000 environ étaient des ouvriers
syndiqués, et qu'à un moment décisif, ceux-ci ont
refusé de suivre les mots d'ordre des syndicats - qui
voulaient quelque chose de calme et d'organisé - et
choisi dans leur écrasante majorité de s'allier
directement aux mouvements sociaux, à la grande
consternation des bureaucrates syndicaux. Je crois que
l'absence relative de ce courant ouvrier dans les
rassemblements suivants s'explique par le fait que les
bureaucrates de l'AFL-CIO, ayant bien compris l'enjeu
de Seattle, ont dit à leurs troupes de rester chez
elles.
 
 
* Cet enjeu, ce serait donc la conjonction durable
entre mouvement syndiqué et nouveaux mouvements
sociaux?
 
Oui, mais pas seulement ça... Ce qui a marqué les
ouvriers de la région Boston qui s'étaient rendus à
Seattle et avec qui j'ai parlé, ça n'est pas seulement
de s'être retrouvés dans la rue avec des groupes -
lesbiens, écolos ou anarchistes - très actifs, très
militants, mais aussi d'avoir fait la connaissance de
centaines de délégués, dont des délégués ouvriers des
pays du tiers monde : tout à coup, la fameuse
«globalisation» prenait un visage concret. Cette
possibilité de mettre un visage humain sur un
phénomène jusque-là impersonnel semble avoir eu un
impact bien plus important que n'importe quelque
conférence syndicale officielle. On pouvait donc
envisager une véritable internationalisation des
perspectives.

 
* Les «nouveaux mouvements sociaux» auxquels tu te
réfères sont nés à la fin des années 60. Mais ceux qui
étaient présents à Seattle étaient portés par une
nouvelle génération. Vois-tu vraiment une continuité
entre les deux générations ?

Oui. Pas forcément à travers les individus, mais parce
que les mouvements d'aujourd'hui n'auraient pu exister
sans les mouvements antérieurs. Ces mouvements ont
survécu pendant des décennies de façon éparpillée,
mais ce qui était nouveau à Seattle, c'était le fait
de faire ensemble, dans la rue, l'expérience concrète
de son pouvoir face à l'Etat, chose qui avait disparu
de la scène depuis 1973. Les manifestants ont
découvert leur force.
 
 
* Peux-tu nous dresser un tableau de ce qui passe dans
le mouvement syndical ?
 
Je crois que depuis dix ans ou vingt ans, il existe un
grand mécontentement en milieu ouvrier, mais un
mécontentement que l'on peut qualifier de populiste.
Le populisme a deux siècles d'histoire aux Etats-Unis,
il permet aux gens de balancer à droite ou à gauche en
fonction des situations et de l'évolution des
idéologies. Le dernier exemple en date étant le
passage du soutien à forte dimension ouvrière obtenu
par un homme de la droite dure comme Buchanan au
populisme nettement plus à gauche apparu après
Seattle. Depuis cinq ou dix ans, les syndicats sont
nettement en perte de vitesse : dans les années 50, un
tiers de la force de travail était syndiquée ;
aujourd'hui, les syndiqués ne sont plus que 10 %. Il
est vrai qu'en 1995, une nouvelle équipe défendant un
programme de rénovation s'est emparée de la direction
de l'AFL-CIO, avec à sa tête Sweeney. Mais cela
n'empêche la persistance de tendances fortement
protectionnistes dans certains secteurs du mouvement
ouvrier officiel, notamment chez les camionneurs - qui
voient un danger dans le pacte
américano-canado-mexicain (ALENA) qui donne accès aux
autoroutes américaines aux camionneurs mexicains,
créant un déséquilibre sur le marché du travail - et
chez les métallos - qui ont vu les importations
d'acier, des pays asiatiques notamment, déclencher une
nouvelle vague de fermetures d'usines en Amérique.
D'ailleurs l'United Steel Workers (le syndicat des
métallos) s'est lancée depuis un ou deux ans dans une
campagne pour une nouvelle législation
protectionniste, ce qui a joué un rôle très important
dans la décision des syndicats de soutenir Gore et non
pas Nader aux élections. On observe actuellement une
nette scission entre protectionnistes et
non-protectionnistes au sein de la fédération
nationale de l'AFL-CIO. Si, à Seattle, des métallos
ont déversé de l'acier dans le port - acte qui,
au-delà de sa référence à l'histoire américaine, était
ouvertement antichinois - c'est aussi parce que le
slogan principal de la manifestation («Fair trade, not
free trade» - commerce équitable, et non pas
libre-échange) était assez ambigu pour que les
ouvriers protectionnistes s'y reconnaissent. Il est
vrai qu'il y a plus d'un cas dans l'histoire où des
privilégiés se sont mis en mouvement pour défendre
leurs privilèges et, dans l'action, ont dépassé cette
motivation de départ pour parvenir à une vraie
solidarité avec les exclus de ces privilèges. Savoir
si la situation américaine va évoluer dans ce sens ou
dans un sens bien plus conservateur, c'est une
question qui reste ouverte. 


* Tu as évoqué le populisme comme une vieille
tradition américaine. Peux-tu préciser ta pensée, car
c'est un terme qui n'évoque pas forcément la même
chose en Europe.
 
En gros, je dirai que le populisme aux Etats-Unis est
un substitut à un marxisme plus classique : au lieu de
parler de capitalisme, de prolétariat, de classe
ouvrière, on parle des riches et des pauvres, de ceux
qui ont le pouvoir contre ceux qui ne l'ont pas - et
ça prend parfois des expressions très radicales. C'est
cette logique qui domine le milieu ouvrier depuis
vingt ans - n'oublions pas que 44 % des ouvriers ont
voté pour Reagan en 1984, sur des bases du même genre
(contre les «bureaucrates de Washington»...). Mais
dans la mesure où ça ne s'appuie pas sur une analyse
de la réalité concrète, que moi j'appelle capitaliste,
ça reste ouvert à toutes les tentations.
 
 
* Ce renouveau syndical que tu as évoqué, comment se
traduit-il concrètement ? 

A mon avis, par une débandade : depuis 1995, la
nouvelle direction n'a réussi qu'à  stopper le déclin
des syndicats, rien de plus. Les syndicats se sont
lancés dans des campagnes de syndicalisation, qui
parfois ont réussi, parfois non(3), mais ce qu'ils
n'ont jamais essayé, c'est une vraie mobilisation de
masse dans la rue. Leurs plus grandes réussites se
font toujours par le biais d'un compromis avec le
système politique. Le cas le plus connu étant celui
des ouvriers mexicains qui assurent le nettoyage des
bâtiments publics de Los Angeles : leur
syndicalisation s'est faite avec le soutien du
gouverneur de Californie, accordé contre une
contribution syndicale de quelques millions de dollars
à son fonds de campagne électorale... Il est vrai que
cela s'est traduit aussi par une augmentation de
salaire non négligeable, mais sans commune mesure avec
ce que les ouvriers, payés au salaire minimum, avaient
eux-mêmes envisagé.
 
 
* Ce processus de syndicalisation se fait-il à travers
des luttes, des grèves ?

Il y a eu des luttes, il y a eu des grèves, oui. Ca
n'a pas été un jeu d'enfant, bien sûr, de créer une
force unie à l'échelle d'une ville comme Los Angeles,
sans compter que cela concernait aussi la région. Mais
la reconnaissance du syndicat s'est jouée au niveau
politique, elle n'est pas le produit d'un
affrontement.

 
* A lire la presse militante américaine, on a pourtant
l'impression qu'il se passe quelque chose qui
ressemble à un renouveau des luttes en milieu ouvrier.
Quelle importance accordes-tu à ce phénomène ?

La première chose qui explique cette effective reprise
des luttes, c'est le changement dans le marché du
travail. La période qui va de 1975 aux premières
années 90 a connu une offensive anti-ouvrière en règle
: les salaires globaux ont chuté de 10 à 15 % pour 80
% de la population. Mais depuis 1995 il semble y avoir
une nette reprise économique, avec un marché du
travail comme on n'en a pas vu depuis trente ans : un
tel contexte ne peut que favoriser la remontée des
luttes. La lutte d'UPS de 1997 a marqué un tournant,
non tant pour les gains matériels obtenus (une
augmentation de 10 cents de l'heure par an, qui ne
semble même pas avoir été appliquée) que pour le
soutien massif de la population : si les piquets de
grève d'UPS ont été massivement renforcés par des
inconnus, c'est parce qu'il s'agissait de la première
lutte ouverte connue contre la précarisation. Depuis,
le renouveau des grèves semble se confirmer :
actuellement on observe des grèves dans les transports
publics, dans l'éducation... On peut presque parler
d'une vague de grèves, chose inconnue depuis les
années 70. L'autre élément nouveau depuis 1995, c'est
la réapparition des vieilles revendications syndicales
collectives, que l'idéologie libérale dominante avait
totalement délégitimées. Aucun homme politique, de
droite ou de gauche, n'oserait dire aujourd'hui, comme
ils l'ont fait pendant des années : tout ça, c'est des
vieilleries, des choses du passé.

 
* Crois-tu que cette remontée des luttes peut se
traduire par un changement significatif dans le
paysage syndical, qui viendrait non plus du sommet,
mais d'une poussée des luttes à la base ?
 
Une autre tendance se fait jour ces dernières années,
à savoir le retour des grèves sauvages. Deux éléments
rendent ces grèves à nouveau possibles : d'une part la
une réduction du taux de chômage officiel à 4%,
d'autre part la généralisation du système prétendument
japonais de «just in time», système qui, après avoir
provoqué le licenciement de milliers de travailleurs,
met ceux qui sont restés en état de bloquer la
production à quelques-uns. Depuis le milieu des années
90, des luttes se développent où l'on découvre ce
nouveau pouvoir : on a vu des grèves réussies dans le
secteur automobile, notamment, qui misent sur la
vulnérabilité de ce nouveau système. Mais, pour
revenir à la question, on est toujours loin de
tendances nationales à la remise en cause des vieilles
structures et des vieilles directions syndicales. A
côté de la tentative de retaper la façade du
syndicalisme venue d'en haut, il y a des tentatives
encore très floues de reconstruire un nouveau
mouvement ouvrier. Mais c'est encore loin d'être mûr,
à mon avis.
 
 
* Crois-tu que ça peut prendre place dans le système
syndical tel qu'il existe ?

Non, ça suppose une transformation radicale. Ce qu'il
faut bien comprendre, c'est que le système syndical
américain a absorbé un tas de gauchistes formés dans
les expériences soixante-huitardes et partis
travailler en usine dans les années 70, comme en
Europe et notamment en France : plusieurs milliers
d'entre eux ont fini dans les couches intermédiaires
de la bureaucratie syndicale. Ils ne sont plus à
l'usine, mais ils pèsent assez lourd dans cette
restructuration syndicale. Pourtant, leurs capacités à
transformer le système syndical sont limitées par le
fait qu'ils jouent le rôle de cadres de ce vieux
système. Je crois qu'un long chemin reste à faire
avant que le syndicalisme américain classique, même
amélioré comme le souhaitent Sweeney et ces gauchistes
recyclés, rompe avec les pratiques localistes et
corporatistes du passé. 

 
* Qu'est-ce qu'il en est des mobilisations en milieu
immigré ? Crois-tu qu'elles puissent changer le climat
social à terme ? 

Oui, forcément. Les ouvriers du nettoyage de
Californie du Sud, par exemple, sont des Mexicains et
des Sud-Américains qui sont arrivés aux Etats-Unis
riches d'une forte expérience, de lutte ouvrière mais
aussi de répression. C'est donc une population assez
différente du monde ouvrier américain. D'ailleurs,
dans l'histoire américaine, chaque moment d'essor du
mouvement ouvrier s'explique en partie par la
mobilisation des immigrés de la dernière génération.
La dernière grande vague d'immigration, à la fois
sud-américaine et asiatique, qui a démarré dans les
années 60 et qui occupe massivement les postes de
travail du bas de l'échelle - les services de
nettoyage, les ateliers de confection organisés selon
le système du capitalisme sauvage - constitue donc à
mes yeux un potentiel explosif. Il me semble difficile
de concevoir un renouveau du mouvement ouvrier
américain sans une participation importante de ces
nouveaux immigrés. Signalons que la nouvelle direction
de l'AFL-CIO commence à revendiquer des droits pour
les travailleurs sans-papiers - ils sont actuellement
2 à 3 millions - chose sans précédent depuis les
années vingt, au moins. 

 
* Comment vois-tu l'évolution du problème racial aux
Etats-Unis ?
 
Disons sans détour que jusque dans les années 60, le
système américain était fondé sur la suprématie des
Blancs - malgré d'importantes différences régionales.
Les Noirs étaient donc les derniers embauchés et les
premiers licenciés, pour ne parler que des
manifestations économiques de cette ségrégation. Mais
ce système a été ébranlé par les insurrections
urbaines noires des années 60, le mouvement des droits
civiques, le «pouvoir noir», le nationalisme noir .
Bien sûr, entre les pôles blanc et noir de ce système,
il y a toute une gamme d'Asiatiques, d'Hispaniques,
qui sont elles aussi entrées en jeu depuis les années
60. Depuis trente ou trente-cinq ans, la crise
économique aidant, le système racial américain semble
donc à la recherche d'un nouvel équilibre. Un
équilibre qui apparemment suppose la création d'une
classe moyenne noire - faible mais non négligeable -
en même temps que l'intégration des Hispaniques - à
peu près aussi nombreux que les Noirs, aujourd'hui -
et, sous une autre forme, des Asiatiques. Pour le
moment, le système semble donc en train, sinon de
dépasser le racisme d'il y a quarante ou cinquante
ans, du moins de lui donner un visage bien plus
subtil. Mais la présence en prison de 2 millions
d'Américains dont 80 % de Noirs et d'Hispaniques
montre bien que la ségrégation se poursuit, même si
c'est sous d'autres formes.

 
* Concrètement, est-ce qu'on assiste à une diminution
des tensions raciales ?
 
C'est difficile à dire, car on n'est plus dans les
années 50 et 60, où les Noirs américains dissimulaient
bien plus qu'aujourd'hui leur colère et leur rage,
jouant pour beaucoup le rôle du «bon nègre» pour qu'on
les laisse tranquilles. Les événements des années 60
ont mis fin à cette mascarade, sauf dans certaines
régions du Sud. Du coup, les relations peuvent
paraître plus tendues, mais c'est simplement que les
Blancs en sont plus conscients. On ne peut nier qu'il
y a maintenant beaucoup plus de contacts quotidiens
entre Blancs et Noirs, au travail et à l'école
surtout, moins dans la vie privée. Sans compter que
l'existence de couches moyennes de couleur joue un
rôle d'amortisseur.


* Les Etats-Unis sont actuellement en période
électorale. Comment interprètes-tu le phénomène Nader
?

La première et la seule chose à dire sur la question
des élections, c'est que seule la moitié de la
population américaine vote, pourcentage bien plus
faible que dans n'importe quel pays d'Europe - et que
c'est la moitié la plus riche, d'après les recherches
sur le sujet. Depuis les années 50-60, on peut donc
dire que les élections ne sont un enjeu que pour la
moitié la plus riche de la population. A côté de cela,
il existe un énorme mécontentement, qui s'exprime
depuis une vingtaine d'années par des expressions,
alternativement de droite et de gauche, de populisme.
Mais aucun de ces défis populistes n'a réussi à
ébranler l'hégémonie des deux partis. Le mouvement
Nader de cette année est un mouvement de la classe
moyenne, un mouvement de consommateurs et
d'écologistes. Mais, comme tous les mouvements de ce
genre qui l'ont précédé depuis cent ou cent cinquante
ans, il est appelé à devenir un parti d'école pour le
parti démocrate (comme le PSU a été le parti d'école
pour le Parti socialiste français) : toujours
critique, mais incapable de rompre véritablement avec
lui. Je suis sûr que la moitié ou les trois quarts de
ses partisans affichés d'aujourd'hui renonceront à
voter Nader s'ils considèrent que ça peut déboucher
sur la victoire de Bush. Ce sont des démocrates mal
dans leur peau, en quelque sorte. D'ailleurs, face à
l'évolution des sondages, Gore s'est mis à faire une
campagne populiste de gauche classique, pour se
rallier les partisans de Nader : contre les grandes
entreprises, les riches... (comme si le Parti
démocrate n'était pas aussi un parti des riches), ce
qui a même fait dire à Bush que Gore «prêchait la
guerre de classe», chose vraiment ridicule quand on
considère les dizaines de millions de dollars accordés
à Gore par les grandes entreprises qu'il prétend
dénoncer... Mais le système américain est tel que le
simple fait de parler de «redistribution des
richesses» expose à ce genre d'accusation... Pourtant,
cela permettra sûrement à Gore de récupérer les deux
tiers des voix de Nader.

 
* Le système d'assurance maladie était un enjeu
électoral aux dernières élections, qu'est-ce qu'il en
est devenu depuis ?
 
C'est depuis les années 40 que le Parti démocrate
parle de la nécessité d'un système universel de santé
aux Etats-Unis. Or celui-ci n'a pas fait beaucoup de
progrès - sauf pour les vieux, qui bénéficient du
Medicaid et du Medicare. La dernière tentative, faite
par Clinton en 1994, a lamentablement échoué, pour
plusieurs raisons. Le système américain compte environ
1500 systèmes d'assurance maladie différents, qu'on
appelle HMO : ce sont des plans de santé privés,
financés soit directement par les individus, qui
payent de 3000 à 5000 dollars par an, soit par les
entreprises, qui prennent plus ou moins en charge 80 %
des cotisations de leurs salariés. Mais ce système,
outre qu'il laisse sans couverture 40 millions
d'Américains, engendre une énorme bureaucratie privée
de quelques centaines de milliers d'employés. Il faut
en outre compter avec la forte résistance des
entreprises pharmaceutiques, qui manifestent leur
mécontentement chaque fois qu'il est question
d'augmenter le prix des médicaments (des millions
d'Américains vont actuellement acheter leurs
médicaments au Canada, où ils sont bien meilleur
marché). Les partis officiels, et notamment le Parti
démocrate, se heurtent donc à un double problème : 1°
l'absence de toute couverture pour 15 % de la
population ; 2° l'énorme coût que ce système
représente pour le patronat et les individus. Mais il
est impossible de trouver une solution sans s'attaquer
de front d'une part à ces HMO, d'autre part aux
entreprises pharmaceutiques. Et les deux partis sont
incapables de s'attaquer à ces intérêts établis, car
ce sont eux qui assurent leur financement.  C'est cela
qui explique la faillite du plan de Clinton, malgré le
fait que 60 % des Américains se sont prononcés en
faveur d'un système à la canadienne (le système
canadien couvre l'ensemble la population en
n'employant que 25 000 personnes). Les deux partis ont
donc provisoirement résolu le problème en l'évacuant
de leurs programmes électoraux... 

Propos recueillis en octobre par N.T.

 
1. Loren Goldner est l'auteur de divers articles (dont
«The remaking of the American working class») que l'on
peut trouver sur le site Web :
www.home.earthlink.net/lrgoldner.

2. Point de vue développé dans l'article «Seattle :
première révolte américaine contre la 'globalisation'
?» paru dans Courant alternatif d'octobre 2000.

3. Il faut rappeler que la syndicalisation n'a, aux
Etats-Unis, rien à voir avec la collecte d'adhésions
individuelles qui se pratique en France. Elle se fait
par le biais de unionization drives sur les lieux de
travail : il s'agit d'abord de récolter un minimum 30
% de signatures demandant la tenue d'une élection
syndicale. Sauf contestation devant les tribunaux,
l'entreprise est alors tenue d'organiser cette
élection. Le syndicat qui obtient 50 % des voix plus
une devient seul représentatif. Les cotisations
syndicales sont alors prélevées directement sur la
paye
des salariés. 


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