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(fr) Mouvement de chômeurs : quelle intervention ?

From "Courant Alternatif" <ocl_relex@hotmail.com>
Date Mon, 18 Dec 2000 12:09:04 -0500 (EST)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
            http://www.ainfos.ca/
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L'analyse du mouvement de l'hiver 97-98, publié en
brochure (1) dans Courant Alternatif n°101, pose la
question de l'intervention libertaire dans un tel
mouvement.

Avec justesse, la brochure présente le dispositif
d'encadrement constitué par la "bande des quatre" (AC
!, APEIS, MNCP, CGT Chômeurs) relayée par les médias
et cherchant une reconnaissance officielle par le
biais d'entrevues avec le gouvernement. De même les
différentes formes de structuration et d'intervention
sont passées en revue, du pôle de Jussieu aux
"garantistes" de Cargo en passant par la tentative de
"coordination nationale des collectifs autonomes".
Aujourd'hui il est difficile à partir de ce constat
d'entrevoir comment intervenir dans un éventuel futur
mouvement : Que faire ?... En effet "pour désamorcer
toute éventualité de réorganisation d'un pôle
contestataire sur la question du chômage, des
moyens... (ont été)... concédés aux associations de
chômeurs pour leur permettre de mieux jouer leur rôle
d'encadrement... (avec)... des subventions non
négligeables aux quatre "orgas de chômeurs" La seule
piste présentée de façon très positive par la brochure
est constituée par des actions du type de l'occupation
d'une agence EDF dans le XVIIIe arrondissement de
Paris, où les chômeurs en mouvement rencontrent des
personnes directement touchées par la précarité, et où
les sans emploi peuvent côtoyer des "actifs" d'EDF.
C'est effectivement un type d'occupation en prise avec
la réalité qui évite de constituer un ghetto très
rapidement, avec de plus des perspectives
intéressantes d'élargissement et de débat avec
d'autres catégories sociales. Néanmoins d'autres
tentatives d'interventions, au regard de l'ampleur de
l'enjeu, méritent que l'on s'y attarde. 

Une place centrale dans le dispositif économique

Le chômage massif a installé la crainte des
licenciements et l'acceptation de la précarité "payée
des miettes". Aussi l'utilité du chômage pour les
détenteurs du capital implique que des mesures
significatives modifiant le sort des chômeurs
remettraient en cause le fonctionnement économique de
l'Etat qui prendrait de telles mesures. De plus des
portes de sortie de conflit et de négociation sont
aujourd'hui en place pour canaliser, contrôler,
reprendre en main, limiter d'éventuels mouvements. Des
avancées substantielles pour les chômeurs ne peuvent
donc être obtenues que par un mouvement animé d'une
volonté politique (et pas seulement une logique
"corporatiste" animant les sans-emploi). Vue
l'inexistence actuelle d'un mouvement politique
susceptible d'une telle volonté, la seule possibilité
réside dans la constitution d'une  structure
horizontale de lutte qui avancerait si possible en
phase avec d'autres secteurs de travailleurs en lutte,
dans un rapport de forces global. Il n'y a alors
qu'une coordination de comités de base ou locaux qui
peut jouer ce rôle. Il est peut-être alors nécessaire
de revoir de plus près ce qui a été tenté dans ce
sens-là. Si les tentatives de coordinations  de
comités autonomes début 98 n'ont pu acquérir une telle
capacité, elles s'orientaient tout de même vers cela.

En Bretagne et dans le Sud-Ouest

Des coordinations régionales dans le Sud-Ouest et en
Bretagne avaient commencé à fonctionner (2). Les
collectifs les composant sont  intervenus de façon
unitaire/simultanée sur différents objectifs pour
dépasser  deux obstacles : la dépendance à l'égard des
médias (qui pouvaient choisir  de taire ou de rendre
compte des mobilisations), mais aussi le fait que
l'existence des comités autonomes ne soit plus passée
sous silence, ou attribuée à la bande des 4. De même
les actions étaient choisies pour être comprises
d'elles-mêmes : il s'agissait de résoudre des cas
particuliers par le biais de l'action collective,
pointer les gestionnaires de la misère comme les
huissiers, intervenir dans les administrations et les
services publics, dénoncer  la politique du tout
économique qui versait  des milliards au Crédit
Lyonnais, obliger les médias polarisées sur le projet
de loi sur les 35 heures à parler de l'existence des
collectifs autonomes, et même bloquer certains rouages
économiques en investissant par exemple simultanément
des aéroports (plus facile à dire qu'à faire). A
l'origine de ces coordinations régionales, il y avait
donc la volonté politique de s'autonomiser des
initiateurs du mouvement, affirmer la primauté de la
vie sur l'économique. La répression a d'ailleurs visé
très précisément certaines villes, successivement,
sans risquer des interventions policières simultanées
: l'action contre les huissiers permit une accusation
rocambolesque de vol contre le collectif de Guingamp,
le collectif nantais fut épinglé à l'occasion d'une
occupation de Crédit Lyonnais, plus tard le collectif
parisien à Cash Converter...

La coordination nationale des comités autonomes

La logique voulait qu'une coordination hexagonale soit
tentée pour essayer, via un changement de taille (?),
de dépasser l'irrésistible "mise en veilleuse" du
mouvement par le spectacle gouvernemental autour des
trente-cinq heures, censées arranger toutes les
misères des sans emploi. La première réunion de la
coordination hexagonale a eu lieu à Nantes dans un
local municipal occupé et elle présentait déjà les
caractéristiques citées dans la brochure :
...mélangeant débats,  actions de récupération
collectives et moments de fête, mais qui, 
reconnaissons-le, n'a pas poussé le désir d'autonomie
jusqu'à chercher sérieusement à concevoir une forme
d'auto-organisation capable de donner au mouvement une
cohérence et une structuration propre qui lui aurait
permis de survivre à ce moment de fièvre. Comme pour
le mouvement "autonome" de  la fin des années 70,
l'autonomie sera pour elle surtout une question
d'identité, masquant une réelle dépendance vis-à-vis
des structures qu'elle conteste." Au-delà de ce
constat lapidaire malheureusement trop exact, il faut
peut-être essayer de pointer les travers qui rendaient
encore plus aléatoire cette tentative de stopper
l'irrésistible recul du mouvement. Le désengagement
des militants associatifs et syndicaux, laissant les
comités autonomes assurer le quotidien de la lutte,
avec la prise en charge des plus galériens d'entre eux
a sûrement lourdement pesé sur l'ambiance qui jour
après jour d'occupation, renforçait les tensions
internes de chaque collectif. La ligne quotidienniste
des "chômeurs heureux parisiens", si elle  prenait
radicalement ses distances avec l'aliénation du
travail était, à terme,  à la fois un obstacle à un
élargissement à d'autres composantes sociales  et une
opposition à la construction d'un rapport de forces
avec le pouvoir politique. Le manque de volonté
politique des composantes libertaires organisées  de
faire émerger un pôle, indépendant de la gauche ou de
la gauche de la gauche, a sûrement pesé sur la
non-émergence d'une structure permanente pouvant être
identifiée par les précaires et sans emplois comme un
lieu de résistance. Que ce soient la CNT, la FA, No
Pasaran ou l'OCL, les situations locales ont
vraisemblablement prévalues sur la volonté de
construire un début d'alternative aux sirènes du jeu
institutionnel. L'article d'analyse sur la
mobilisation autour de la marche mondiale des femmes
(3) pointait déjà cette incapacité de la mouvance
anti-autoritaire de créer ses propres repères pour
exister politiquement. Aujourd'hui la bande des quatre
va constituer une soupape de sécurité pour parer à
toute explosion sociale. D'ailleurs la prochaine
explosion pourrait bien être par exemple la
mobilisation des dizaines de milliers d'"emplois
jeunes" qui verront leurs contrats de cinq ans arriver
à échéance, sans perspective d'une amélioration de
leur sort, sinon la reconduction d'un autre contrat,
un peu moins jeune... Mais peut-être les libertaires
ne se contenteront plus de cortèges unitaires
ponctuant chaque grand sommet international, et
peut-être alors oserons-nous des initiatives plus
permanentes.

Gérald. Nantes le 27/10/00

1. "Entre revendication et subversion : le mouvement
des chômeurs en France" de N. Thé, 10 F. OCL /
Egrégore BP 1213, 51058 Reims cedex.

(2) La première réunion en Bretagne s'est tenue en
janvier dans la mairie de Guingamp occupée. Il y a eu
également une messagerie sur le minitel qui permettait
aux différents collectifs de communiquer et d'échanger
de façon horizontale.

(3) article paru dans Courant Alternatif hors-série
n°5 sur "Libération sexuelle et émancipation sociale".


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